La construction d’un Etat-Nation dans l’exil : le cas du Sahara Occidental
Dans le cas du Sahara Occidental, le sentiment nationaliste nait dans les années 1960. En effet, c’est contre l’occupation espagnole, puis marocaine, que des personnages centraux comme Sidi Mohammed Basiri « réveillent » la Nation sahraouie et initient un mouvement indépendantiste. La guerre menée contre l’occupant à partir de 1975 pendant plus de 15 ans a joué un rôle central dans la constitution de l’Etat National sahraoui puisqu’il s’est agit d’affermir l’unité autour d’une cause commune.
Dans ce cadre, le mouvement nationaliste effectue un véritable travail de socialisation sur la population pour imposer l’idée nationale, pour légitimer la cause sahraouie, et par là même pour délégitimer l’occupant. Ainsi, l’argument principal utilisé par les deux parties pour justifier leur position est celui de l’identité collective, de la nationalité. Depuis l’installation dans les camps de réfugiés dans le désert algérien, la population sahraouie s’est organisée en Etat comme nous allons le voir, et cet Etat a entretenu la Nation. En effet, pour se légitimer, un Etat doit susciter du consentement dans la population. Pour cela, se développe toute une dimension dramaturgique de l’Etat qui lui donne des assises symboliques et contribue au renforcement de la Nation.
Dès lors, l’Etat Sahraoui veille au sentiment national par la production d’une forte idéologie nationale et la mise en place d’un embrigadement de la population à travers différents moyens de propagande. Le processus de socialisation est nécessaire dans le cas particulier de l’Etat Sahraoui en exil cherchant l’appui dans sa quête d’indépendance, puisque la population vivant dans les camps actuellement, conditionnée depuis une trentaine d’années n’a pas connu les territoires du Sahara occidental, n’a pas connu la guerre, donc la « cause » peut apparaitre moins claire dans leurs esprits, d’où la nécessité de « l’entretenir ». Ainsi on observe un discours unique parmi toute la population qui soutient inconditionnellement le Front Polisario, et qui montre l’allégeance à la cause sahraouie. Les principaux vecteurs de cette socialisation intense et émotionnelle sont l’école, l’armée et les différentes associations qui structurent la vie dans les camps. Ainsi, à l’école les enfants apprennent à écrire et à lire avec des textes à connotation patriotique forte, apprennent à dessiner le drapeau national, à chanter des hymnes qui racontent l’histoire de la guerre et de l’occupation, etc. A l’armée, le service obligatoire de trois ans enseigne aux jeunes hommes à se dévouer entièrement à la cause nationale, à être prêts à sacrifier leur vie pour la Patrie. De plus, l’exaltation de la Nation est accentuée par le fait qu’il lui manque son territoire. Dès lors il y a une mythification des terres perdues, la création d’une nostalgie, d’une idéalisation du sol, qui accentue l’attachement émotionnel à cette patrie lointaine.
Néanmoins, la Nation sahraouie cherche aussi à s’organiser et à se constituer en Etat à part entière pour se préparer à l’indépendance future. La population sahraouie, est une population nomade. Avec les migrations engendrées par l’occupation marocaine, elle a été contrainte à vivre dans l’exil et à s’organiser en communauté politique. Il s’agit en effet d’une organisation étatique car c’est une configuration qui correspond à la majorité des éléments qui caractérisent un Etat. l’Etat Sahraoui dispose bien du critère organique : une population bien définie, bien que partagée entre camps de réfugiés et territoires occupés ; du critère fonctionnel : il est organisé en fonction d’une administration et d’institutions qui exercent une autorité et un pouvoir de coercition. Mais l’Etat sahraoui ne dispose pas du critère géographique fondamental puisqu’il s’est construit dans l’exil. Pourtant la RASD a réussit à s’édifier en tant qu’organisation juridique et à se maintenir depuis plus de 30 ans, alors que l’Etat-Nation sahraoui n’existait pas auparavant. Dès lors on observe que ce qui permet la continuité de l’Etat malgré l’absence d’un élément fondamental, c’est le fait national, qui apparait comme ciment de l’Etat.
Mariana Leila COLLIN