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Smilja Dabène : Un coup de foudre pour un élève ? « Sans arrêt »

Smilja Dabène

Chargée des relations internationales à Sciences Po Paris, campus de Poitiers.

Smilja Dabène, chargée des relations internationales, est très présente dans la promotion de Sciences Po Poitiers dans les Amériques, mais elle a également un rôle prédominant au sein du 1er cycle, en étant toujours à l’écoute des élèves venus d’ailleurs pour les aider à s’intégrer. Certains d’entre eux l’avaient déjà rencontrée lors de leurs entretiens en cette période d’admissions, il est intéressant de connaître l’envers du décor de la demi-heure décisive. Smilja nous a accordé un entretien, sans langue de bois.

Sara Sentissi : Première question tout d’abord, quelles sont vos impressions par rapport aux entretiens que vous avez fait passer cette semaine – semaine du 1er juin ?

SD : La première impression que j’ai eu – sans parler de la qualité des candidatures – c’est la diversité des candidatures. Nous avons eu des candidats provenant de lycées en dehors du système d’éducation français. Cela prouve que Sciences Po commence à être reconnu au niveau international.

La deuxième impression est la diversité des pays. On remarque aujourd’hui une plus grande demande de la part d’élèves d’Amérique du Nord et des pays européens en dehors de la péninsule ibérique (plus d’Allemands, d’Américains, etc.)

En ce qui concerne la qualité des dossiers, ils sont toujours bons et grâce à la diversité des systèmes secondaires d’origine, on est face à des entretiens différents, ils ne sont pas standards, chaque candidat est différent, de par sa personnalité et son parcours.

SS : La majorité des élèves du campus de Poitiers ont été admis grâce à la procédure internationale, ils sont nombreux à se poser la question de savoir qu’est ce qui a fait la différence ? Il y a-t-il des critères particuliers recherchés chez les élèves ?
« Le concours est très franco français »

SD : Il n’y a pas d’entretiens standards à Sciences Po : c’est vraiment la personnalité, les connaissances et les acquis de toute la scolarité de l’élève qui doivent ressortir pendant cet entretien. Donc en fait, aucun entretien ne ressemble à l’autre, chaque entretien est singulier. Il y a deux parties dans cet entretien : il y a d’abord l’analyse d’un texte, ce n’est pas un résumé. C’est à partir de cette analyse, que l’on se rend compte de la structure de la pensée de l’élève, de ce qu’il a acquis pendant sa scolarité, en termes de connaissances, d’ouverture d’esprit, de curiosité. La deuxième partie de l’entretien permet de voir la motivation de l’élève, et c’est là que son parcours, sa personnalité, son expression orale, sa capacité à capter l’attention de la commission rendent l’entretien singulier. On apprécie quand un élève a la capacité de transformer l’entretien en une conversation agréable avec un jeune qui est ouvert et sensible.

SS : Recherchez-vous un profil particulier ? Ne pensez vous donc pas que ce mode d’admission, jugé subjectif ne générerait pas des sentiments « de se sentir spécial » de la part des élèves chez lesquels vous auriez détecté quelque chose d’exceptionnel qui aurait fait la différence ?

SD : Oui, les élèves admis sont des étudiants qui ont quelque chose de spécial… Il y a déjà eu un premier filtre, leurs dossiers ont été étudiés. Les professeurs ont pu observer dans leurs bulletins, dans les lettres de recommandations personnelles écrites par les professeurs tout ce qui peut être positif. L’entretien est donc la phase finale d’un dossier qui nous a semblé intéressant et de qualité.

SS : Comment se construit l’entretien : les membres du jury jouent-ils un rôle particulier ? L’analyse de l’article a-t-elle une réelle importance ? Il y a-t-il des questions de personnalité « classiques » qui sont posées à chaque étudiant ?

SD : Il n’y a pas de questions standards qui sont posées à tous les étudiants. Dans mon expérience personnelle, je n’ai jamais eu à poser les mêmes questions à 2 candidats qui se suivent.

Par rapport à la commission de sélection, elle peut réunir des universitaires ; des praticiens des entreprises ou de la fonction publique, généralement eux-mêmes anciens étudiants de Sciences Po ; ou toute personne qualifiée ayant une solide connaissance de la zone en rapport avec le campus. Il faut savoir que les membres du jury sont heureux d’être là. Donc, quand ils arrivent, ils ont une telle envie de voir ces jeunes qu’ils vont tout faire pour les mettre à l’aise et que le meilleur d’eux ressorte pendant cet entretien.

SS : Comment le jury délibère-t-il ? Chaque membre a-t-il son mot à dire ? La décision d’admission est-elle prise sur place ou bien en concertation avec Paris ?

SD : Il n’y pas seulement une concertation avec Paris, il y a le jury d’admission à Paris à la suite des entretiens et c’est de lui qu’émane la décision d’admission. Donc, tous les dossiers, ainsi que les commentaires de la commission de sélection qui fait passer l’entretien sont envoyés à Paris. Ainsi, les 3 membres de la commission ont leur mot à dire à travers les commentaires.

SS : Vous est-il déjà arrivé d’avoir un « coup de foudre » pour un élève ?

Sans arrêt, sans arrêt. Là je les ai encore dans la tête. Mais comme je ne suis pas toujours dans le jury d’admission, il y a d’autres personnes donc …

Pedro García : Notre cycle est un lieu d’une rencontre de très diverses nationalités. Mais, est-ce que la nationalité du candidat joue un rôle important dans son admission ? Par exemple, si un candidat d’une nationalité qui n’ait jamais été représentée dans le campus se présente, est-ce qu’il bénéficie d’une sorte de priorité ?

SD : Ce que je peux dire là-dessus, c’est que s’il est excellent [l’élève d’une nationalité rare] et qu’il passe dans les mêmes conditions que les autres, on sera heureux de l’admettre, mais en aucun cas on a des quotas pour les pays.

PG : Par rapport au parcours des élèves une fois admis. Êtes-vous satisfaite des résultats académiques des élèves issus de la procédure internationale ?

SD : Oui, je n’ai pas les chiffres là, mais le campus de Poitiers est parmi les campus ayant les moyennes les plus élevées.

PG : Une critique que l’on entend souvent par rapport à cette procédure, c’est qu’elle est injuste, « trop facile », surtout comparée au concours de Paris. Est-ce que vous voudriez défendre les étudiants internationaux ?

SD : Ah oui … ce sont deux procédures différentes, j’aimerai beaucoup savoir si un étudiant français aurait la possibilité et les capacités de passer un examen tel que las « pruebas de selecion universitaria » dans mon pays. C’est impossible, il n’est pas préparé pour ce type d’examen. Les élèves étrangers ne peuvent pas passer cet examen- le concours- qui est très franco français, parisien, auquel ils n’ont jamais été préparés. De plus, parmi les élèves qui passent le concours, 99 ,5 % le préparent. Comment donner la possibilité à un étranger de préparer cet examen, à cause des barrières linguistiques, du voyage jusqu’à Paris, le prix que cela coûte une préparation à cet examen.

Ce sont deux procédures très différentes. Nous avons écartés des dossiers mentions « très bien » à l’entretien, cela prouve bien que la procédure internationale n’est pas facile.

PG : Une dernière question, pour conclure, de manière plus générale, êtes-vous satisfaite de cette procédure ? A-t-elle d’autres points faibles ?

SD : Non. J’ai été chargé des admissions dans d’autres établissements d’éducation supérieure et je ne pense pas qu’il y ait une procédure plus juste à l’internationale que celle de Sciences Po. Quand on voit toute la procédure et les nombreuses personnes qui y travaillent, la commission composée 3 personnes très compétentes qui connaissent les attentes de l’institution en terme d’ouverture d’esprit et du curiosité mais aussi le marché du travail (ambassadeurs, professeurs de Sciences Po mais aussi d’universités partenaires de 1ère qualité) on peut dire que la sélection est le résultat d’une réelle évaluation.

Un coup de foudre ?
« sans arrêt »

Étant donné qu’on a des candidats de très divers horizons, certains d’entre eux risquent de choisir Sciences Po plutôt que l’une des 10 premières universités du monde telles que Harvard, Princeton, etc. Alors oui, je suis convaincue que cette procédure est juste. Mais bien sûr tout est perfectible et un entretien se fait entre humains donc … mais quand même, la commission de sélection est suffisamment en nombre pour pouvoir prendre une décision juste et objective sur la qualité de l’élève et ensuite défendre cette position au jury d’admission.

Sara SENTISSI et Pedro T GARCÍA
Photo : Pedro T GARCÍA

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