À bas les médias !
La polémique autour de Jean Sarkozy donne décidément de l’imagination au gouvernement. Il semble en effet estimer que la possible (et probable) élection de Jean Sarkozy à la présidence de l’EPAD ne présente aucun problème particulier. Or, premier problème, il est tout de même le rejeton du chef de l’État ; et si a priori il n’est pas seul à avoir des parents influents, cela soulève tout de même la question de savoir s’il ne bénéficiera pas excessivement de cet avantage. Par ailleurs, s’il était diplômé, qualifié, brillant, pourquoi pas. Sauf que Jean Sarkozy n’a pour l’instant que son bac, puisqu’il a abandonné sa classe prépa et prend actuellement racine en licence de droit suite à deux redoublements.
Bien sûr, « il faut s’habituer à ce que les jeunes prennent leurs responsabilités », comme le dit si bien l’intéressé. Bien sûr, le champ politique doit être ouvert aux jeunes pleins de dynamisme et prêts à s’engager. La motivation est essentielle, il est vrai, mais est-elle suffisante quand il s’agit d’un poste plus « technique » ? Il ne s’agit pas de s’amuser avec les jouets que Papa mettrait à sa disposition. Pas besoin d’être un génie pour arriver à la conclusion qu’un minimum de formation et d’expérience est requis avant d’accéder à la présidence de l’EPAD – qui n’est pas une maigre responsabilité. Mais au lieu de reconnaître cela, l’UMP préfère d’office accuser les médias de mener un « procès en sorcellerie » contre Jean Sarkozy. Pauvre bout d’chou.
Que les médias ne soient pas toujours irréprochables et qu’ils aient tendance à faire monter la mayonnaise, sans aucun doute. Que ce ne soit pas justifiable ni forcément très honnête, bien sûr. Que les critiques soient permises, évidemment. Mais de là à les accuser de se lever tous les matins pour « trouver le sujet pour déstabiliser le président », cela semble un peu gros. C’est pourtant les propos tenus sur RTL par Frédéric Lefebvre, qui n’a manifestement pas encore appris à se taire avant de dire une (nouvelle) énormité. Journaux, chaînes de télévision et radios se seraient donc ligués dans le seul but d’atteindre Nicolas Sarkozy à travers son fils, pour mieux « le détruire ». Les médias voudraient remplacer l’opposition absente. Ils calomnieraient sans réfléchir, dans le seul but departiciper à « l’effort de déstabilisation de [l’UMP] organisé par les médias en particulier ».
Mais imaginez Marianne et le Figaro mettre au point, ensemble, un complot dans l’unique but de miner la crédibilité du président : le ridicule de la situation fait monter le sourire aux lèvres. Frédéric Lefebvre s’est d’ailleurs gardé d’accuser un média spécifique. Pas de quartiers, c’est bien plus simple de tout mettre dans le même sac : tous à la poubelle ! Un peu ras-les-pâquerettes tout de même. Mais Frédéric Lefebvre n’est pas connu pour son tact non plus. La technique relève de la vieille habitude récurrente en politique : identifier un ennemi, n’importe lequel, pour se défendre. Au lieu de réfléchir posément à la question, au lieu de trouver des arguments solides et valables pour défendre un choix, pourquoi ne pas simplement diaboliser l’adversaire ? Quoi de plus simple que de lui trouver des intentions cachées ? De rejeter la faute sur les autres en refusant de se remettre en question ? Et puis quand les médias seront vraiment trop enquiquinants, on les censurera. Et puis on les supprimera aussi, tant qu’à faire. Comme ça il n’y aura plus de problème. Sauf que Frédéric Lefebvre n’aura plus de boulot.
Raphaëlle Sardier
Photo : Christophe Grébert (CC)
Très intéressant, merci Raphaëlle !
en route vers le journalisme ma Rafa, c’est simplement épatant! Les médias et la politique et maintenant Jean Sarkozy au milieu des deux, quelle saga!
» en route vers le journalisme ma Rafa » j’adore le commentaire car c’est exactement ce que j’ai pensé en lisant ton article. Un vrai régal: opinion, humour..
Bravo!
- juin 2004 : Jean Sarkozy obtient son baccalauréat littéraire, une mention bien
- septembre 2004 : il entre en classe préparatoire (hypokhâgne) au lycée Henri-IV MAIS IL NE POURSUIT PAS SES ETUDES
- septembre 2005 : il entre en classe préparatoire ENS Cachan au lycée Turgot à Paris, MAIS IL ECHOUE
- septembre 2006 : il s’inscrit à l’université Paris 1 pour suivre des études de droit. Il valide sa première année, MAIS REDOUBLE DEUX FOIS SA DEUXIEME ANNEE.
Bilan? Diplome de fils à papa.
Vive la méritocratie…
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