L’imposant défi de Rio
« Il me tient à cœur de remercier le peuple Brésilien pour sa participation décisive dans le projet d’accueillir les Jeux Olympiques au Brésil en 2016 », affirmait le 3 Octobre au petit matin Carlos Arthur Nuzman, le président du Comité Organisateur Rio 2016. Au lendemain de la première victoire d’une ville sud-américaine pour organiser les célèbres Jeux qui ont lieu tout les quatre ans, ce dernier jubilait. Et c’est Rio de Janeiro qui aura cet immense privilège, cet honneur au goût particulier, après une victoire plus facile que prévue en finale face à Madrid (66 voies contre 32), défaite pour la deuxième fois en quatre ans après son échec lors de sa candidature pour 2012. Rarement on avait vu un président ému aux larmes après l’obtention des Jeux Olympiques, le bonheur de Lula reflétait celui de tout un peuple. C’est un Brésil uni, avec une candidature solide qui a séduit Jacques Rogue, et son équipe du CIO. La présence de Pelé symbolisait la double victoire, après celle qui leur a attribué l’organisation de la Coupe du Monde de football en 2014.
Rio de Janeiro
Population : 6 093 472 hab.
Aire urbaine : 12 620 000 hab.
Ce n’est pas que la victoire d’une ville, d’un pays, mais bien d’un continent entier. Le triomphe du Brésil a fait les titres de toute la presse d’Amérique du Sud, du Venezuela jusqu’en Uruguay en passant par le Pérou ou encore l’Equateur. Aussi, 3 autres pays sud-américains peuvent se targuer d’avoir été le théâtre d’une Coupe du Monde : l’Uruguay en 1930, le Chili en 1962 et l’Argentine en 1986, cependant aucun d’eux n’avait imaginé un jour avoir les Jeux Olympiques à la maison. Le Brésil avait parfaitement géré l’organisation de « sa » Coupe du Monde, en 1950, mais c’était il y a si longtemps.
Le Brésil ne part pas dans l’inconnu
L’exploit à accomplir est de taille et il commence dès maintenant, en effet seuls deux pays ont enchainé la réception des deux évènements majeurs de la planète sport. Premièrement le Mexique avec les Jeux de 1968 à Mexico suivi par la Coupe du Monde en 1970, puis les Etats-Unis ayant réalisé la performance inverse, c’est-à-dire d’abord accueilli la Coupe en 1994, et ensuite les Jeux du centenaire en 1996 du coté d’Atlanta. A l’époque le choix de cette ville avait créé une polémique générale, certains insistant sur la légitimité d’Athènes première ville organisatrice en 1896. De plus, les JO d’Atlanta avaient été entachés par l’explosion d’une bombe dans le Parc du Centenaire ayant fait deux morts et cent-douze blessés. Cette fois ci, malgré les quelques réticences de Tokyo, la décision fait l’unanimité. Le Brésil mérite ce cadeau, il reste maintenant à savoir si, comme le souligne Shintaro Ishihara, le gouverneur de Tokyo, le Brésil a « les épaules suffisamment solides pour faire face à deux évènements d’une telle ampleur ». Néanmoins, le Brésil ne part pas du tout dans l’inconnu, il a déjà été cinq fois candidat malheureux, et cela, le, peut être un peu mauvais perdant japonais, ne pourra pas le nier. Il a certes entendu dire que « le président brésilien était venu faire des promesses osées aux représentants africains », mais la pratique est monnaie courante et l’excuse bien peu convaincante. Le pays à la cinquième plus grande superficie du monde et aux plus de 190 millions d’habitants semble lourdement armé et prêt à affronter ce défi qui s’est construit au fur et à mesure pendant six ans.
Tout débute le 7 Mars 2003, lorsque le président de la Fédération Internationale de Football (FIFA), le suisse Sepp Blatter, annonce que la Coupe de Monde 2014 serait organisée en Amérique du Sud. La FIFA est ainsi fidèle à sa nouvelle politique de rotation de la compétition à travers les différentes confédérations continentales. Après l’Asie en 2002, l’Europe en 2006 et l’Afrique qui attend ce moment impatiemment, en 2010, c’est au tour du continent des deux plus grandes stars du football mondial que sont Pelé et Maradona, d’organiser l’évènement, en 2014. Le Brésil ne chôme pas en pourparlers interne, et seulement dix jours plus tard, la confédération sud-américaine de football (CONMEBOL) désigne le Brésil comme unique candidat. Cependant la route vers la victoire fut quelque peu semée d’embuches imprévues. Moins de deux ans et demi plus tard la Colombie dans un sursaut d’orgueil, et non sans fondement, du fait que cette dernière avait organisée et remportée la Copa America en 2001, se porte aussi candidat. Rapidement, les Colombiens comprennent que cela sera impossible, le Brésil étant trop appuyé par le reste des pays du continent. En Avril 2007 le pays des Cafeteros retire sa candidature, le Brésil pense alors tenir le bon bout, c’est sans compter la proposition de denière minute de la Bolivie d’Evo Morales, qui pense requérir les arguments nécessaires au niveau des stades et des conditions de jeu. La polémique enfle vite, et la FIFA met court à tout suspense en rejetant cette candidature. Le président Bolivien est déçu, mais loin d’être abattu, il fait appel à la fédération colombienne, déjà remise de sa défaite, péruvienne et Equatorienne. Ensemble ils menacent de boycotter la Copa America au Venezuela tout comme le Mondial Sud-Africain. Se rendant compte des préjudices que cela pourrait leur causer, les trois fédérations rentrent rapidement dans le rang et laissent là le champ libre au Brésil.
Le Maracanazo, une légende pour un stade mythique
Le 30 Octobre 2007, le pays de la samba est désigné comme pays hôte de la vingtième coupe du monde. Pas plus tard qu’en Mai 2009, le nom des douze villes retenues pour disputer les matchs ont été annoncés. On retient notamment Rio donc qui aura là déjà un aperçu grandeur nature de ce que seront surement les Jeux, avec son stade Maracana en cours de modernisation tout comme le Morumbi de Sao Paulo et le Minerao de Belo Horizonte. Et surtout les Brésiliens attendent beaucoup du « Estadio Nacional » construit actuellement dans la capitale Brasilia, stade d’une capacité de 71000 places le deuxième à ce niveau là après le Maracana. Ce stade comptait 200000 places jusqu’en 1990 où sa capacité fut réduite à 77000, et est donc maintenant en voie d’agrandissement. C’est dans celui-ci que s’est déroulé l’un des plus grands exploits du football, lors de la Coupe du Monde 1950. Le 16 Juillet de cette année là, devant 199854 spectateurs complètement acquis à la cause du Brésil et dans une ambiance de folie, l’Uruguay pourtant mené 0-1 à la 65 ème minute, remporte la finale sur le score de 2 buts à 1. « C’est le but plus beau jour de ma vie », avouait à la fin du match Alcides Ghiggia le butteur décisif pour la sélection uruguayenne. Cette victoire est désignée en Uruguay comme le Maracanazo ou « coup du Maracana ». Ce stade, bel et bien mythique, et, mis à part l’accueil plus que certain de la finale du Mondial 2014, il sera aussi le théâtre de l’épreuve de foot tant réputé, pendant les Jeux de 2016. Des Jeux Olympiques dont le rôle d’hôte n’a pas a été aussi aisé à obtenir malgré les apparences.
2 Octobre 2009, carnaval en avance à Copacabana
Dans la lutte pour l’organisation des Jeux Olympiques 2016, de nombreux pays partent rapidement en quête du Saint Graal. Trop rapidement pour certains tants les propositions ou idées fusent de toutes parts. Que se soient Bangkok, Lisbonne ou encore la Havane, au total dix villes retirent prématurément leur candidature. Au Etats-Unis, la situation est un peu plus complexe, mais l’abandon de Philadelphie, San Fransisco et Houston, permet l’élection de Chicago devant Los Angeles, sans aucune contestation possible. Le Brésil propose sa candidature en septembre 2006, tout en sachant que la Coupe du Monde allait lui être attribuée. Il reste en Juin 2008 encore sept villes en course, c’est pourquoi le 4 de ce mois, Bakou, Doha et Prague sont écartées de la lutte pour la victoire.
La finale a lieu le 2 Octobre 2009 en terre Viking, du coté de Copenhague au Danemark. Chicago est le grandissime favori…et à la surprise générale, la grande ville américaine est éliminée dès le premier tour avec seulement 18 voies, Bruce Levin le célèbre commentateur de ESPN, le groupe américain spécialisé dans le sport, parle d’ « humiliation sans précédent ». Il n’attend même pas le verdict final, dépité. Barack Obama, le président américain voit défilé lentement sous ses yeux l’image de son premier échec à la tête des Etats-Unis. Au deuxième tour Tokyo ne fait pas le poids, laissant à Madrid et Rio de Janeiro l’honneur de se disputer le précieux sésame.
Il est 13h51, heure locale, quand le Brésil tout entier, mais surtout Rio commence à verser des larmes de joies pour certains, ou a sauter, hurler et s’embrasser pour d’autres. Rio vient officiellement d’être désigné comme la première ville d’Amérique du Sud organisatrice de Jeux Olympiques. La plage de Copacabana déjà noire de monde est encore plus envahie, les dizaines de milliers de Cariocas présents ne pouvant contenir leur joie, ferveur et fierté. Ils ne cessent de chanter, dans une ambiance de carnaval, les confettis pleuvent et un drapeau de 2200m2 orné du message « Rio loves You » est déployé au dessus de la tête des joyeux fêtards. Le concert de klaxon ne s’arrêtera que tard dans la nuit. Le Dimanche, jour du Seigneur, sera exceptionnellement jour de fête sur les plages de Rio.
Une victoire méritée
Ni le Brésil, ni l’Amérique du Sud, ne connaissent cette saveur si spéciale d’organiser des Jeux Olympiques et paralympiques. Les trois autres pays concurrents avaient par contre eu ce privilège dans le passé, en 1964 au Japon, en 1992 en Espagne et en 1904, 1932,1984 et 1996 aux Etats-Unis. Il est clair que si le CIO avait de nouveau omis la proposition brésilienne, tout le continent se serait senti trahi et l’affront aurai été difficile à effacer. La présence de Luiz Ignacio Lula da Silva, le président brésilien n’a pas joué un rôle plus majeur que cela, la preuve en est avec la présence infructueuse d’Obama. La diplomatie brésilienne a très vite comprit qu’il fallait, même avant la finale, persuader le jury des bienfaits pour Rio, pour le Brésil et pour le continent que l’organisation des Jeux pouvait apporter. Cette intense campagne de persuasion a donc été d’une efficacité sans égale. Et Lula, lui, va voir sa popularité encore grimper en flèche et bientôt atteindre des sommets. Il a d’ailleurs déclaré que maintenant « Il pouvait mourir en paix … ». L’orgueil national ne peut que se renforcer, les Brésiliens de l’étranger pouvant vanter aussi les mérites de leur pays d’origine.
Rio est une ville à la fois belle, festive et qui tient le rôle de deuxième poumon du Brésil après Sao Paulo. Cette liesse générale s’est par ailleurs aussi traduite, de manière assez incroyable, au niveau boursier. Alors que les indices baissaient partout dans le monde, le Bovespa (l’indice boursier brésilien) grimpait rapidement. Exemple notable, le titre de Hotéis Othon, châine d’hôtels nationale, montait de 78 %. Au niveau économique il ne faut pas oublier que l’économie du Brésil fait partie du top ten mondial, et il n’est pas impossible d’envisager qu’elle soit dans le top five en 2016. Et quant au financement des 700 millions de dollars nécessaires au projet, le gouvernement présente des garanties plutôt sures jusqu’à présent. De plus les autorités locales veulent mêler le sport au développement de la ville, un enjeu stratégique de taille, en apparence.
Surtout, ce qu’a Rio contrairement aux autres villes brésiliennes notamment, est qu’ils ont la moitié des infrastructures disponibles du fait de l’organisation des Jeux Panaméricains de 2007. Le Marcana sera disponible pour l’épreuve de football, tandis que le flambant neuf stade Joao Avalange verra les épreuves d’athlétisme se dérouler en son sein. Le centre Aquatique Maira Lenk , le Vélodrome Olympique de Rio ou encore le Centre National Équestre sont les preuves que Rio possède de nombreux sites utilisables et de classe internationale. Les zones autour du stade seront également rénovées, et les accès et les connexions de transport seront modernisés dans le cadre de la régénération de tout le quartier en vue de la finale de la Coupe du Monde FIFA en 2014. Les travaux ont déjà été engagés pour l’aménagement du Centre d’entraînement olympique (CEO). Rio s’engage aussi à encourager les 65 millions de jeunes brésiliens à pratiquer du sport, qu’ils s’agissent des disciplines olympiques ou de sports modernes en émergence. L’exemple phare de cette initiative est le projet X Parc, un complexe sportif où les jeunes pourront pratiquer leur sport favori, et construit dans le quartier de Deodoro, zone défavorisée de la ville et où la population est très jeune.
Rio, un pari audacieux et risqué
Alors que les dernières odeurs de Caipirinha se dissipent, une question nous vient tout naturellement à l’esprit : Rio sera-t-il capable de réaliser son défi que les difficultés ne risquent pas d’épargner ?
Rio doit encore doubler sa capacité hôtelière d’ici 2016 pour être en mesure de répondre à la demande d’hébergement. Aussi d’après une étude réalisée par une école de commerce de Sao Paulo, les Jeux permettraient la création de 120000 emplois par an jusqu’en 2016. Mais la mégalopole de 11 millions d’habitants est aussi très chaotique et violente. Pour résoudre le premier problème il faudra moderniser l’infrastructure routière, refondre le système de transports et fluidifier la circulation. Se sont des exigences nécessaires au bon déroulement des Jeux Olympiques.
Les critiques vont aussi fuser, de la part de ceux qui affirment encore qu’avec les « sous dépensés dans les Jeux on pourrait développer d’autres activités », mais le Brésil ne doit guère s’en offusquer.
Une deuxième chance pour la ville
Le deuxième problème est bien plus complexe dans son hypothétique résolution. L’inégalité économique et une forte criminalité règnent donc indéniablement sur Rio. L’Etat de Rio n’est plus maître dans certains quartiers où les gangs de narcotrafiquants font la loi sans pitié. Des infrastructures olympiques époustouflantes pourront au mieux faire oublier le spectacle désolant des favelas.
En 2007 les Jeux Panaméricains n’ont pas vraiment contribué à l’amélioration du niveau de vie des habitants de Rio. Cependant la ville a une deuxième chance de s’ouvrir en tirant profit du tourisme de masse que la Coupe du Monde (pour les matchs à Rio) puis les Jeux Olympiques vont entrainer. Le président Lula sait encore qu’avant de mourir il a de nombreux autres problèmes à régler comme la corruption.
Il reste 2500 jours à Rio et au Brésil pour convaincre. Il ne faut surtout pas oublier le plus important, ce n’est pas du tout que pour le sport que ces jeux ont été attribués au Brésil, mais aussi pour aider les Brésiliens oubliés à toujours garder espoir…à l’image de leur pays.
Maurice Neyra
Bravo pour l’excellent article Maurice.
Maurice,super article! je te félicite!
Excellent article! bravo pour le Mural
Dans l’article j’écris: » Rio sera-t-il capable de réaliser son défi que les difficultés ne risquent pas d’épargner ? ».
Première difficulté, résoudre la violence…et avec ce qui s’est passé ce dimanche matin il va falloir penser rapidement à des solutions.
Que exito de articulo! Me encanta el disenho, el mural, etc. Felicitaciones..
Bravo Maurice pour l´article très complet dans un excellent français. Mais tout n´est pas aussi beau dans l´économie brésilienne: quant est-il de la déforestation? enfin bravo quand m^me! As-tu déjà réservé tes places pour RIO?
Bravo encore une fois pour cet article Maurice !
Pour ma part, je tiens à souligner, puisque tu évoques l’histoire de ce WE dans la « favelas dos Macacacos », qu’il ne faut pas toujours écouter ce que peuvent dire les médias brésiliens au sujet de l’identité des morts de ce type d’opération… :s Voila un article un peu plus réaliste que ce qu’on a l’habitude de trouver…
« Cette fois-ci, l’échec de la PM a coûté la vie à de braves combattants, trois des six membres d’équipage de l’hélicoptère ainsi que trois personnes dont la famille garantit qu’ils sont innocents. Ils ont été tués par les trafiquants, qui les ont confondus avec des gangsters rivaux uniquement parce qu’ils étaient quatre dans une voiture à 2 h 30 du matin. Sept autres morts seraient des trafiquants mêlés à la rivalité pour le commerce de la drogue. La tragédie de l’hélicoptère aurait pu être plus grave sans le sang-froid du pilote, qui a réussi à effectuer un atterrissage forcé sur un terrain de football, alors que des dizaines de maisons se trouvaient alentour. Un vrai héros.
Le pire dans tout cela, c’est que l’appareil ne traquait pas les gangsters. Il survolait le Morro São João pour secourir des policiers blessés dans le combat contre les trafiquants. Un policier spécialiste des hélicoptères m’a raconté que la PM avait un plan de vol déconseillé pour les zones à risque, comme certaines favelas de Rio. Ses appareils sont plus exposés parce qu’ils volent moins vite que ceux de la police civile. Les hélicoptères de la PM ont pour habitude de mener des opérations d’observation et non de combat. Dans certaines zones de la ville, la police de Rio n’entre pas sans appui aérien. Dans cette course aux armements, le secrétariat à la Sécurité a déboursé 7 millions de reais [2,8 millions d’euros] pour l’hélicoptère Huey II qui équipe la police civile. L’absence de budget ou de volonté politique n’a pas permis d’équiper la PM.
Le plus inquiétant dans cette affaire – au-delà du climat de terreur instauré par les gangs de la drogue, qui ont incendié huit autobus près des favelas –, c’est qu’en abattant cet hélicoptère les criminels soulignent, armes de guerre à l’appui, l’échec de la stratégie fondée sur l’occupation par la police de territoires qui étaient auparavant exclusivement entre les mains des gangs. »