Mural

Elle, si belle

Ça y est, j’ai enfin fini mon travail ! Je vais pouvoir y aller, se dit-il, un sourire rêveur aux lèvres… Il  quitta son bureau, recula sa chaise dans un grincement de protestation. D’un geste agile, il empoigna ses clés. Après avoir enfilé son blouson dans le vestibule, il sortit et pensa à refermer soigneusement derrière lui. Il contourna la maison afin de récupérer son vélo, paresseusement appuyé contre le mur, près de la terrasse.

L’adolescent enfourcha la selle habilement, appuya de tout son poids sur les pédales pour sortir du petit jardin terreux. Il rejoignit la route principale quelques instants plus tard.

C’était une bonne idée d’acheter cette bicyclette. Ainsi, je suis plus libre, je peux la rejoindre facilement… Mais je sais qu’elle ne sera jamais loin pour moi… Le flot de pensées tourbillonnait à la vitesse du vent dans la tête du jeune garçon tandis qu’il roulait vers elle. Ne dit-on pas que l’amour donne des ailes ? Il savourait à l’avance l’instant de joie qu’il allait vivre.

Au sommet de la colline qu’il venait de gravir, il se redressa sur la selle. A cet instant, il l’aperçut. Là, au loin. Elle l’attendait… Cette vision lui arracha une exclamation qui lui fit avaler une bouffée d’air frais. Déjà, il la voyait. Resplendissante, bien sûr. En avançant à toute vitesse, il lui semblait déjà reconnaître son parfum bien à elle. Il rayonnait de plaisir à l’idée qu’il allait bientôt la rejoindre.

Enfin, plus qu’une cinquantaine de mètres ! L’adolescent donna l’ultime poussée sur les pédales pour se laisser emporter jusqu’à elle, d’un mouvement ample et serein. Il grimpa sur le trottoir qui l’amena à dévaler la pente habituelle.

Sa roue avant rencontra le sable, le freina brutalement, coupa son élan. Qu’importe ! Il s’y attendait et s’était levé au bon moment afin de mieux répartir son poids sur sa vieille bicyclette. Son visage illuminé, reflétait ses sentiments à tel point que les passants se retournaient sur ce jeune homme qui rejoignait celle qu’il aimait.

Brusquement, il se débarrassa du vélo. Sûr de sa manœuvre, il sauta du côté gauche, tandis qu’il repoussa l’engin vers la droite. La roue avant grinçait toujours, tandis que la bicyclette venait de s’écraser seule sur le sable, dans un bruit mat. Emporté par son élan, il fit quelques enjambées rapides, puis ralentit, pour s’approcher d’elle avec plus de douceur et de tendresse.

Le sourire rêveur de nouveau aux lèvres, le jeune garçon s’assit face à elle, il laissa ses yeux se perdre dans le bleu de celle qu’il aimait tant. Il glissa ses doigts dans le sable, respira profondément.

Il s’enivrait de la mer ; il avait retrouvé son élément.

Vanessa Carronnier Scott

2 commentaires

    Excellent.Riche en images et sensations,maîtrise impressionnante du style et du vocabulaire, le tout très compact et condensé.Travail de grande qualité!!

  • Félicitation Vanessa, très belle prose, ce texte est fluide, beau, élégant, une métaphore à lui seul, je suis séduite.
    Il faut poursuivre sur ta lancée, un vrai talent d’écriture doit être exploité à fond.
    Papa est très fier et il a raison de l’être, je pense que ce texte lui est destiné, il aime tellement la « grande bleue » !

    Bon courage pour la suite de tes études.

    Je t’embrasse,
    Nathalie

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