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« Ils sont fous ces Romains ! »

Rosa rosa rosam
Rosae rosae rosa
Rosae rosae rosas
Rosarum rosis rosis

C’est le tango du temps des zéros
J’en avais tant des minces des gros
Qu’ j’en faisais des tunnels pour Charlot
Des auréoles pour saint François
C’est le tango des récompenses
Qui allaient à ceux qui ont la chance
D’apprendre dès leur enfance
Tout ce qui ne leur servira pas
Mais c’est le tango que l’on regrette
Une fois que le temps s’achète
Et que l’on s’aperçoit tout bête
Qu’il y a des épines aux Rosa

(Jacques Brel, Rosa, 1962)

Des déclinaisons à n’en plus finir, des verbes à la fin des phrases, la longueur décourageante des définitions du Gaffiot¹… De tous ceux qui ont fait du latin, qui ne s’est jamais arraché les cheveux devant une phrase sans queue ni tête ?  Devant un poème alambiqué de Virgile ? Défendre le latin peut donc paraître quelque peu saugrenu : quelle idée farfelue d’étudier une langue morte, en plus de deux langues vivantes ! Le latin est d’ailleurs attaqué de toutes parts comme étant une langue compliquée, dépassée et élitiste.

Il faut reconnaître qu’avant de s’adapter aux bizarreries du latin, un temps d’adaptation est nécessaire. Puis il faut s’adapter aux auteurs qui font cavalier à part et utilisent les règles de grammaire qui les arrangent. Et il sera effectivement impossible de devenir « bilingue » en six ans et de lire le latin couramment. Le latin peut donc être considéré comme « compliqué ». Mais si toutes les matières compliquées étaient abandonnées pour cette seule et unique raison, notre cerveau n’aurait plus qu’à faire la marmotte et se mettre à hiberner ! Adieu mathématiques, physique, philosophie, et j’en passe…

Et puis le latin n’est pas si dépassé que ça. Non, ce n’est pas exclusivement un argument de prof pour attirer quelques pèlerins égarés dans leurs cours désertés. Le latin peut vraiment servir à quelque chose. Petit exemple, dont se souviendront tous ceux actuellement en deuxième année à Sciences Po Poitiers. Il arrive qu’on tombe au galop d’économie sur une question où il faut expliquer ce que signifie la notion « ceteris paribus » et que notre cerveau se refuse obstinément à se souvenir de sa signification. La compréhension du latin peut alors éventuellement éveiller quelques souvenirs…et faire gagner quelques points ! Plus sérieusement, le latin a plusieurs avantages, et tout d’abord celui de n’être pas si « mort » que ça : plus des trois quarts du vocabulaire français est issu du latin, sans parler de celui de l’italien, de l’espagnol ou du portugais. A l’heure de la mondialisation, où il est pratique de maîtriser plusieurs langues, le latin peut beaucoup aider à leur apprentissage, pour peu que l’on arrive à retrouver l’étymologie d’un mot inconnu. Et pour les anglophones en herbe qui ne se sentent pas plus concernés que ça, il ne faut pas oublier que plus de la moitié du vocabulaire anglais vient du latin !

Enfin, on accuse le latin d’être élitiste : en effet, ce sont en général les meilleurs élèves qui s’inscrivent en cours de latin et qui y restent (ou non) jusqu’en Terminale. Mais il faut s’abstenir de généraliser et il faut surtout comprendre pourquoi il en est ainsi. Le problème ne se localise pas au niveau de la matière elle-même, mais des méthodes d’enseignement. Lorsque celles-ci sont rébarbatives, monotones, barbantes –  apprendre les déclinaisons, les recracher par cœur, apprendre des listes de vocabulaire, les recracher par cœur – il n’est pas étonnant que peu de gens arrivent à suivre…et décrochent rapidement. Un latin poussiéreux n’attire personne. Mais quand les cours sont dynamiques, variés ou étayés d’anecdotes d’époque, cela suscite bien plus d’intérêt, et pas seulement chez les plus studieux. Les cours de latin, bien menés, peuvent être une source de nouvelles connaissances sur l’Antiquité, sur la civilisation romaine, sur sa littérature ; l’étude du latin permet de développer esprit d’analyse, logique et rigueur, sans forcément être un as du thème ou de la version. Et cela peut même vous servir à comprendre certaines phrases en latin égarées dans des manuels de droit…

¹Dictionnaire de latin, devenu un classique chez les latinistes

Raphaëlle Sardier
Photo : Dan Diffendale (CC)

1 commentaire

    Un article pompeux et emphatique qui tente de réhabiliter le latin comme science et comme art, mais qui peine à sauver les apparences sur le latin comme institution.

    L’ »analyse » de l’élitisme s’abstient de toute réflexion sur les fins sociales de la matière, c’est-à-dire la sélectivité nécessaire à une forme de reproduction de l’élite. Il n’y a pas que les méthodes d’apprentissage ou d’évaluation qui sont en causes, mais tout un champ de la domination symbolique qui mériterait d’être déconstruit.

    La réalité des classes de latin dans les collèges de campagne, c’est celle d’une exclusion des élèves qui ne maîtrisent pas le français eu profit de cex qui possèdent déjà les dispostions, les repères, les codes et les méthodes pour appréhender l’éthymologie, la sémantique, l’héritage culurel… qui sont ici célébrées comme des pratiques utilitaristes.

    On me rétorquera que ce n’était pas le but de l’article, et que la critique ne se réduire pas au latin, mais le débat mérite d’être ouvert.

    Car oui, j’ai fait du latin parce que j’étais bon élève, et je m’y suis ennuyé au point de finir par sauter en slip en chantant l’internationale. J’en garde une certaine rancune contre l’institution, et une sensibilité libertaire.

    Pour ça, au moins, je peux joyeusement remercier les cours de latin du collège!
    En commençant par ce qu’il faut détruire, c’est-à-dire non pas le latin, mais le carcan symbolique et bourgeois qui en fait une « langue morte ».

    Peut-être faut-il chercher, simplement, à le profaner plutôt que de chercher une institution qui ne renouvelle rien à part sa propre auto-conservation et la domination qui l’accompagne?

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