Une touche de judaïsme à Poitiers
Jacques Mergui, président de l’Association Cultuelle et Culturelle Israélite. Photos : Vanessa Carronnier Scott (J. Mergui) et Premasagar (Jersusalem; CC).
Nous connaissons tous Poitiers pour ses monuments historiques tels que l’Église Notre-Dame la Grande ou le Baptistère Saint-Jean. Nous pouvons considérer l’origine religieuse catholique comme le principal point commun entre les édifices situés de part et d’autre de la ville. Pourtant, Poitiers est également imprégnée d’autres cultures, certes plus discrètes. J’ai donc choisi d’interviewer ce vendredi 23 octobre 2009 Jacques Mergui, le président de l’Association Cultuelle et Culturelle Israélite.
Vanessa Carronnier Scott : Je vais commencer par deux questions simplistes : y a-t-il une communauté juive à Poitiers et quelle importance a-t-elle ?
Jacques Mergui : Oui, une communauté existe. Il y a une petite communauté à Poitiers, répartie entre la Vienne et les Deux-Sèvres. Elle comprend une centaine de personnes donc ce n’est qu’un très faible pourcentage par rapport à la population totale. Dans cette population, certains pratiquent et d’autres moins. Les rites sont pratiqués surtout lors des fêtes ou des occasions comme les enterrements, les circoncisions, etc.
V.CS : Depuis quand la communauté est-elle présente ?
J.M : La communauté a commencé à s’installer dans Poitiers au XIIème siècle, puis elle a disparue car elle a été chassée sous Philippe Auguste et elle est revenue à la Révolution. Il y a eu, au long de cette période, des hauts et des bas dans le nombre de personnes. Il y a eu des problèmes bien sûr en 1940. Les Juifs ont été attrapés, parqués dans le camp de Limoges puis amenés à Drancy et ensuite à Auschwitz. C’était ce que voulait Hitler. Il ne voulait plus de Juifs.
V. CS : Pourquoi si peu de Juifs se sont-ils réinstallés à Poitiers après la Seconde Guerre Mondiale ?
« Intégrés mais pas assimilés »J.M : Quelques-uns étaient partis en Résistance et sont revenus parce qu’ils avaient des attaches avant la guerre, de la famille ou un commerce. Il y avait un petit nombre de Juifs non-organisés, environ sept ou huit familles. La communauté s’est étoffée avec le retour des pieds-noirs. En 1962, il y a eu un afflux de Juifs nouveaux. Ils faisaient office les uns chez les autres. L’association a été structurée en octobre 1976 et la synagogue a été ouverte en 1977.
V. CS : La date de construction de la synagogue est-elle liée au contexte politique national de l’époque ? Je pense à la résurgence d’une mémoire juive, aux actions favorables du gouvernement. Y a-t-il eu des changements à Poitiers à ce moment-là ?
J.M : Non, cela n’a rien de politique, il n’y a pas eu de changement. On n’a pas construit la synagogue, c’est un local loué. On est hébergé, on est une association comme les autres, qui vit avec ses propres moyens, ce qui explique qu’on n’ait pas de rabbin. Le rabbin étant un salarié, on n’a pas la capacité monétaire pour embaucher.
V. CS : Avez-vous vécu la guerre ? Pouvez-vous me parler de votre expérience personnelle ?
J.M : Oui, mais pas à Poitiers. Personnellement, j’étais en Algérie et on a subi les lois de Vichy. On nous a expulsés des écoles alors on a créé des écoles juives, avec des instituteurs juifs qui n’avaient plus le droit d’enseigner, d’être fonctionnaire.
V. CS : Ces écoles n’étaient pas interdites ?
J.M : Non, on était à l’école mais tout était privé. Elles n’étaient pas interdites, on ne les fermait pas mais on n’avait pas le droit de se mélanger avec la population française.
V. CS : Cette expérience a-t-elle modifié votre vision de la société ?
J.M : J’étais jeune, trop jeune à l’époque. Par contre, ça a changé la vision de Pétain (ndlr : considéré comme un héros de la Grande Guerre). Pétain a favorisé l’exaction allemande. Le gouvernement de Vichy faisait tout pour appuyer la politique allemande. Il a même fait beaucoup plus que ce que l’Allemagne demandait […].
V. CS : Je vous ai trouvé un peu méfiant lorsque je vous ai parlé au téléphone pour la première fois. De plus la synagogue est littéralement cachée, tandis que la mosquée est construite à l’écart. Les minorités ont-elles des problèmes d’intégration aujourd’hui à Poitiers ?
« on a régulièrement des réunions interreligieuses »J.M : Le portail existait avant la synagogue et notre adresse est connue par ceux qui veulent la connaître, on n’a pas à se cacher. Quant à la mosquée, elle a été construite là où il y avait de la place, il y avait un terrain adapté. Nous n’avons pas eu à choisir, nous sommes au centre-ville, il y a un parking et un portail. Si le portail n’existait pas, il n’y aurait pas eu de problème. Nous sommes dans ce local depuis 2005. Avant nous étions hébergés à l’IRTS (Intégration Régionale des Travailleurs Sociaux), au Pont Achard, de l’autre côté de la gare. Toutes les personnes qui sont là sont françaises, il n’y a aucun problème d’insertion ni du point de vue du travail, ni de celui de la langue. Ils sont intégrés mais pas assimilés.
V. CS : Donc vous ne vous sentez jamais à l’écart à Poitiers ?
J.M : Non, je suis un citoyen comme tout le monde. J’ai été proviseur d’établissement scolaire, il y a des médecins, des cadres, des ouvriers, des chômeurs, des retraités, très peu de commerçants. Toutes les catégories sociales sont représentées.
V. CS : Pensez-vous la diversité culturelle va s’ancrer plus fermement à Poitiers ?
J. M : La communauté musulmane n’est pas petite, elle représente quand même 10% de la population. On a régulièrement des réunions interreligieuses et ça se passe très bien. Ils viennent chez nous, on va chez eux. Que ce soit musulmans, catholiques, protestants, on se réunit régulièrement, on prépare des conférences communes. On choisit un thème en commun puis chacun le traite à son image et à son idée. Cela fait 22 ou 23 ans que cela existe.
V. CS : Est-ce que c’est propre à Poitiers ou ça existe ailleurs ?
J.M : Oui, [ce n’est] pas systématique mais ça existe.
V. CS : Où les conférences ont-elles lieu ?
J.M : On le fait en permutation. Chaque année, c’est une communauté qui organise. Cette année, ce sont les catholiques, ça se passe à la Maison du Diocèse, le 25 mars.
Vanessa Carronnier Scott
=)
Je suis tombé par hazard sur cette page. De ma propre expérience, je tiens à souligner l’ouverture vers les autres (religions ou personnes) de la petite communauté juive de Poitiers.
Il y a 15 ans j’avais des contacts avec Monsieur Hofnung, ancien président de la Communauté. Il recevait et communiquait également beaucoup.
Je ne suis pas juifs, je ne suis plus pratiquant de ma religion de baptème (catholique).
Je pense que l’ouverture, le dialogue et le travail en commun est fondamentale pour l’enrichissement culturel et intelectuel de notre société.
La laïcité et le modèle Français permet ce respect et cette tolérance.
Ne l’oublions pas en ces temps de politisation et de médiatisation.