Des professeurs absents…
Sur les marches des escaliers, les étudiants se sont étalés. Comme un tapis multicolore déroulé qui descend les escaliers, préparant l’arrivée d’un important invité.
Quand on se penche du haut de l’escalier du deuxième étage de Sciences Po, on peut voir tout le monde monter.
Certains montent les marches quatre à quatre.
Du haut, on a presque l’impression qu’ils les avalent d’une grande enjambée.
Certaines du rythme de leurs talons, marquent leur ascension.
Du bas, le tac tac prétentieux martyrise les tympans sensibles et le bois de l’escalier.
Certains,
par
le
poids
de
leur
sac
entraînés,
défient
ardûment
l’imposante
loi
de
la
gravité.
De
tous
côtés,
ils
ont
plutôt
l’air
de
tomber.
D’autres guillerets ou pressés…
…Montent les escaliers.
Seuls ou accompagnés…
…Montent les escaliers.
Endormis, yeux cernés ou au beurre noir…
…Montent les escaliers.
De côté, vers le haut ou [vers]le bas…
…Montent les escaliers.
Mais depuis dix minutes déjà, plus personne…
…Ne monte les escaliers.
Du haut des escaliers, on commence à s’ennuyer. Les quinze premières minutes passées, on n’a plus rien à se raconter. Toutes les vacances y sont passées, mais on a beau implorer les escaliers, la professeur attendue n’est toujours pas arrivée.
Certaines convictions sont inébranlables. Un professeur, même dans son absence apparente, est présumé présent par l’élève, jusqu’à preuve formelle, inébranlable et incontestable du contraire. On remarquera qu’ironiquement, la réciproque est fausse. A savoir que le professeur n’aura aucun mal à admettre que l’élève est absent, même dans le cas où celui-ci, présent, n’a pas tout simplement pas entendu son nom à l’appel à travers le brouhaha confus des débuts de cours. En clair, un élève qui aura mis une demi heure, voire plus, à considérer l’éventuelle possibilité d’une hypothétique absence du professeur sera lui-même par celui-ci constaté, admis, inscris, déclaré et enregistré comme absent un moins d’une demi-seconde de temps.
Cette remarque n’est pas innocente. Elle permet au narrateur de justifier la persistance des élèves, au bout de la demi-heure précitée, persistance donc d’espérer la venue improbable de celle qui deviendra l’éternelle absente.
« Peut-être… peut-être est-ce un exercice… Genre au bout d’une heure elle arrive et elle nous demandera de raconter l’attente… »
Temps de réflexion. Silence brisé qui meurt déshonoré par une onomatopée [a-t-on idée de tuer pour une onomatopée ?].
« Heeeeeeeeeeeeuuuuuuuuuuu…. ouais… »
Vite fait quoi. On en attend toujours trop des [les ?] professeurs. Mais bon, mieux vaut attendre et espérer qu’attendre et désespérer.
CONCLUSIONS
« Le professeur ne sera pas en mesure de dispenser les cours » … L’administration promet de nous tenir informés. Insouciants, innocents qui vous en remettez aux mains des faiseurs de papiers compliqués, sachez dorénavant vous en méfiez.
Anonyme
Beau texte…. mais attention à l’orthographe !
original et sympathique