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L’apogée de la mégalomanie émiratie : Saadiyat Island

La maquette du Abu Dhabi Performing Arts Centre. Photo : pineapplebun (CC).

Le Sheikh Khalifa bin Zayed Al Nahyan en avait rêvé, l’émirat d’Abou Dhabi sur lequel il règne l’a fait !

En effet, voulant que sa ville égalât Paris, Venise ou New York dans le ranking des grands centres culturels, la capitale des Emirats Arabes Unis est en passe de devenir LA métropole internationale de la culture, concentrée sur 2700 hectares d’île. Située à 500 mètres au large d’Abou Dhabi, l’île de Saadiyat, « île du bonheur » en arabe, devrait voir affluer des touristes venant du monde entier à partir de 2013. La parcelle insulaire, en plus des infrastructures sportives et pavillonnaires, s’inscrit dans la logique de délocalisation des firmes internationales. Ainsi, l’île accueillera le musée Guggenheim Abou Dhabi dessiné par Frank Gehry, le Louvre Abou Dhabi dont Jean Nouvel se charge de la construction, le Musée National du nom du père de la Nation, Sheik Zayed, dédié à l’histoire des Emirats, le Musée Maritime par Tadao Ando, et le Performing Arts Centre, véritable kaléidoscope de salles de concert, d’opéra, de théâtre.

Les centimes ne manquent pas au royaume du pétrole et alimentent la lampe d’Aladin du Sheikh. Ce dernier ayant voulu que « la culture traverse les frontières et que par conséquent, Saadiyat appartienne au peuple des Emirats Arabes Unis, au Moyen-Orient et au monde entier » s’est engagé à louer la marque du Louvre pendant trente ans pour la modique somme de 400 millions d’euros.

L’île, sanctuaire artistique pensé par les autorités d’Abou Dhabi comme un moyen d’émancipation face à sa rivale Dubaï, soulève de farouches polémiques. Pour Françoise Cachin, l’ancienne directrice des Musées de France, la participation à ce projet est une dérive terrible de la déontologie du travail des musées et a signé pour s’inscrire formellement dans la controverse une tribune dans Le Monde contre le « Las Vegas des sables » ; « Pas question de brader le patrimoine national, pas question de l’exporter contre espèces sonnantes et trébuchantes » a déclaré cette vigile du temple renfermant les vestiges patrimoniaux de la France. Dans une logique mêlant pétrodollars, relations diplomatiques et œuvres d’art, pareils arguments se retrouvent dans la bouche de ceux qui condamnent la multiplication des succursales du Guggenheim.
D’un point de vue humain, les fondateurs du projet ne sont pas exemplaires. Un rapport des Human Rights Watch publié en mai 2009 les accuse de violer les droits des travailleurs venant des quatre coins de l’Asie du Sud pour construire la cité artificielle.

Il me semble inconcevable de vouloir fonder dans une société patriarcale, autocratique et imprégnée par l’Islam, une enclave de culture occidentale. Comment être assuré que les autorités émiraties permettront l’exposition d’œuvres fortement chargées sexuellement, religieusement et politiquement ? De plus, les Toulouse-Lautrec, les Picasso et les Monet auront du mal à se fondre au milieu des sombres abayas et des imposantes dishdashs déambulant au beau milieu du Golfe Persique. Mais la question ne se pose même pas car les événements culturels sont désertés par les autochtones.

Trêve de sarcasme et de raillerie, il convient de rappeler que la construction de l’île de Saadiyat s’inscrit dans une dynamique écologique. En effet, ses bâtisseurs se revendiquent de l’industrie « propre », respectueuse de l’environnement. Subséquemment, une autoroute à seulement dix voies relie l’île au continent et du désert s’élance le chantier de la surclimatisée cité culturelle. Ah ! Ma plume ne se résout à faire l’éloge de ce déconstructivisme architectural qui rendra le spectacle surprenant. En effet, l’ombrelle d’acier de cent quatre vingt mètres de diamètre du Louvre côtoiera la « chaussure futuriste » du Performing Arts Centre, des arbres seront plantés de telle sorte que le visiteur puisse croire à une vision d’optique.

Ainsi, Abou Dhabi, aveugle face à son passé culturel nous oblige à vendre l’âme de notre Louvre. La France le fait de bon cœur : elle livre déjà ses Rodin au Brésil.

Sophie Ranger

1 commentaire

    Celui-ci j’aime déjà plus, j’aimerais même beaucoup s’il n’y avait pas quelques trucs bizarres que je suspecte d’être des hispanismes. Continue.

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