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« La violence politique en Colombie du point de vue de la psychologie sociale et politique »

Conférence : Violencia Política en Colombia Un análisis desde la psicología social y política, par Diana Rico Revelo.

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L’utilisation de la violence politique en Colombie n’est certes pas un fait nouveau : celle-ci, structurelle, existe depuis les années 40, au moment où les deux partis politiques principaux (le Parti Libéral et le Parti Conservateur) furent créés.  C’est depuis une constante dans l’histoire colombienne, et notamment avec l’apparition du conflit armé, auquel participent guérillas, paramilitaires et gouvernement colombien.

Mais avant tout chose, il faut parler de ce qu’est la violence politique. Celle-ci n’est certes pas intrinsèque à la nature humaine. Pour rester dans le général, on dira qu’elle relève plus d’une stratégie politique, qui utilise la violence de façon préméditée, avec une fin bien déterminée, le tout saupoudré d’une idéologie spécifique. Ainsi, la violence politique est un moyen de dominer les autres et d’établir (ou préserver) un ordre social déterminé, en la justifiant par un système de valeurs spécifiques.

La mobilisation de la psychologie sociale pour expliquer la persistance et les mécanismes du conflit armé ouvrent dans cette optique beaucoup de pistes de réflexion ; c’est pourquoi la conférence de Diana Rico Revelo s’est révélée enrichissante, bien que cette dernière n’ait pu finir son exposition, faute de temps.

Une légitimation nécessaire de la violence

Un groupe qui décide d’employer la violence comme mode d’action politique doit auparavant la légitimer. En l’absence de légitimation, la méthode risque d’être rejetée, à la fois par les membres du groupe et par les personnes extérieures. Il doit donc trouver une base idéologique justifiant l’emploi de la violence.

Par ailleurs, dans le cadre d’un conflit inter-groupal, il est nécessaire de « délégitimer » l’adversaire, de créer un discours le dévalorisant. Cette technique revient à rendre l’ennemi responsable de la situation, justifiant ainsi l’utilisation de la violence à son encontre.

L’importance des croyances collectives

Pour ce faire, la création de croyances collectives est un élément-clé : celles-ci permettent d’influencer l’inconscient collectif, de s’introduire dans la pensée de chacun et d’influer sur le comportement. Elles peuvent être destinées aux membres du groupe tout comme à ceux qui sont témoins des violences. Une fois ces croyances intériorisées, l’action violente ne suscite que peu de réactions – montrant ainsi le pouvoir du psychologique dans un conflit. Ces croyances peuvent également naître de façon spontanée et collective dans les groupes concernés par la violence.

Suite à une étude de terrain en Colombie, dans un projet de promotion des Droits de l’Homme, plusieurs « croyances » collectives ont pu être mises en valeur. Tout d’abord, la différence entre victimes et bourreaux, aux uns étant attribuées des valeurs positives, et aux autres des valeurs négatives. Sans affirmer catégoriquement qu’Alvaro Uribe ait des liens avec les paramilitaires, on peut voir une différence de traitement entre les FARC (« los terroristas ») et les paramilitaires (« los muchachos »). L’usage de la violence se justifie également en invoquant l’intérêt général, et plus précisément la sécurité (ou encore de justice), thème récurrent des gouvernements pour légitimer l’usage de la violence : c’est l’idée du « represor justificado », qui construit « la démocratie avec de la violence ». On voit donc l’importance de l’idéologie dans la justification de la violence. Enfin, troisième croyance pouvant être soulignée : la « déshumanisation » des adversaires. On construit une certaine vision de l’ennemi. On parle ici de quelqu’un de différent de « nous », d’un « autre », auquel on refuse donc l’humanité : cela justifie la violence, et permet de ne pas se donner mauvaise conscience – et donc de limiter les réactions négatives.

Quant aux croyances qui se créent naturellement, celles-ci concernent surtout les spectateurs des violences. Ceux-ci, face à la violence, se trouvent dans une situation difficile : « nadie escucha, nadie ve, nadie habla pero todo el mundo sabe ». Ils passent du statut de victime à celui de « complice », enfermés dans un dilemme moral – mais immobilisés par la peur de la répression. Se créent donc de nouvelles idées, comme celle d’un nouvel Olympe (le pouvoir appartient aux autres, puissants, qui nous dominent, et nous ne pouvons rien faire), celle de la guerre forcée.

Des éléments complétant l’analyse du conflit armé en Colombie

Ces nouvelles données permettent de compléter les analyses faites du conflit armé en Colombie et de la violence politique en général. Elles donnent également de nouvelles perspectives d’action pour y remédier.

Les croyances étant intériorisées, elles sont donc d’autant plus difficiles à neutraliser. Des efforts doivent bien évidemment être faits au niveau politique (favoriser la négociation par exemple, le conflit « verbal » remplaçant la violence). Mais aussi au niveau des individus, afin de favoriser un certain rejet de la violence, pour la délégitimer et rompre ces croyances collectives. Cela pourrait passer par des actions de « réhumanisation » de l’adversaire, de promotion et de réhabilitation des droits de l’Homme, etc. Malheureusement, d’autres intérêts entrent en jeu et l’actuel gouvernement colombien semble être très loin d’adopter une telle stratégie…

Raphaëlle Sardier

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