Il y a du soleil et des nanas tataliladada…
Il est désolant de constater que quand on annonce à un groupe d’élèves parisiens de SciencesPo, l’enthousiasme en berne, qu’on veut faire sa troisième année en République Dominicaine, chacun d’entre eux se retient d’esclaffer de s’esclaffer de rire. La plage et les cocotiers: rien de très sérieux tout ça…n’est-ce pas ?
Combien d’entre eux crieraient au scandale si on s’amener à réduire la Chine, nouvelle destination en côte pour la troisième année, aux bars branchés dont regorgent Pékin et où vont épancher leur luxure les petits expats universitaires ?
Mais le sujet de cet article n’est pas la hiérarchisation en elle-même que connaissent les différentes parties du monde en ce qui concerne la troisième année, il serait bien trop triste de constater que la majorité des élèves de SciencesPo place en haut des startings blocs les Etats-Unis ou la Chine…et plus encore de se demander pourquoi. En revanche, il semble intéressant de se pencher un peu plus sur ce phénomène d’une Caraïbe victime plus que nulle autre de ses clichés jusqu’au sein d’un monde étudiant dit cultivé et ouvert d’esprit. Et on peut particulièrement s’interroger sur la place que tient la Caraïbe dans un campus tel que Poitiers, tourné vers l’Amérique Latine, et donc sensément plus sensible à cette petite zone perdue sur les bords de l’océan Atlantique.
Commençons par le commencement : pourquoi la Caraïbe est-elle si facilement réduite aux plages blanches et à l’eau transparente (sans parler des fantasmes sexuels…ne me dites pas que vous ne l’avez pas pensé très fort)? Elle en est sans doute un peu responsable elle-même, de part le produit touristique qu’elle veut vendre et qui constitue la première source d’activité économique, mais aussi, il ne faut pas l’oublier, de part la fierté qu’entretiennent les caribéens eux-mêmes d’incarner un petit paradis terrestre. Cette explication n’est pas la seule néanmoins, la Caraïbe n’est pas l’unique endroit du monde à transmettre une fausse image d’elle-même. Pourtant, la majorité des étudiants s’insurgent aujourd’hui de l’assimilation facile du terrorisme et du monde musulman.
Le problème est qu’on oublie souvent que derrière cette insouciance ensoleillée se cache des îles à la géopolitique riche et complexe. Mise à part la pauvreté et l’instabilité politique qui se révèlent derrière une vision idyllique, les Caraïbes représentent un ensemble à part entière où s’est développé un métissage unique au monde, d’une modernité incroyable quand on y pense, entre l’héritage africain, européen, asiatique, amérindien ou encore américain ! Un ensemble qui a vu naître la première République noire au monde en Haïti ; un ensemble qui a vu pour la première fois les Américains vaincus dans la Baie des cochons ; un ensemble qui cultive la plus grande résistance artistique -même silencieuse- du monde ; un ensemble qui est en première ligne de la lutte contre le réchauffement climatique ; un ensemble qui sert parfois de médiateur au milieu des conflits des « grands » comme l’a fait le président de la République Dominicaine à propos des tensions entre Uribe et Chavez.
Il n’est pas besoin d’aller plus loin pour comprendre à quel point cette zone ne peut être laissée de côté par des étudiants d’un campus tel que Poitiers, sans parler des étudiants tout court qui s’intéressent à la Science Politique en général. Malgré des efforts pour remédier à cette carence (notamment une journée de l’école de printemps 2009 consacrée aux 50 ans de la révolution cubaine ou encore un cours facultatif sur « La Caraïbe insulaire » au premier semestre), on remarque que les Caraïbes ne détiennent pas une place à part entière dans le programme du campus de Poitiers, au même titre que la péninsule ibérique et l’Amérique Latine. Mais on note surtout que l’actualité dans les Caraïbes reste la grande absente au sein des nombreux débats des élèves.
Afin de rester objective et de ne pas trop extrapoler, j’avais communiqué à l’ensemble des élèves un petit sondage… mais sur 160 seuls 24 ont daigné y répondre…un signe révélateur ?
LA PLACE DE LA CARAIBE A SCIENCES-PO PARIS, CAMPUS DE POITIERS (24 personnes)
D’où venez-vous ?
- D’Europe : 10
- D’Amérique Latine : 10
- Des Caraïbes : 3
- D’Amérique Latine ET des Caraïbes ! : 1
- Autre (précisez) : 0
Estes vous allez à la conférence de Monsieur Léon Fernandez le 3 décembre à Paris ?
- Oui : 8
- Non mais je voulais y aller : 8
- Non : 8
Suivez-vous l’enseignement d’ouverture « La Caraïbe insulaire » ?
- Oui : 6
- Non : 18
Pour vous la Caraïbe c’est surtout :
- Une superbe destination touristique, annexe des Etats-Unis mais aussi paradis fiscal de tant d’autres : 4
- Une zone géopolitique à part entière, à l’identité culturelle commune forte : 9
- Un terme essentiellement géographique pour désigner un regroupement d’îles très diverses : 11
Quelle est la première image qui vous vient quand on vous parle de « Caraïbes » ?
- Le Merengue et la salsa : 6
- Fidel Castro : 3
- Le commerce du bois d’ébène : 0
- Le cyclone Dean : 0
- Ça y va les clichés… : 13
- (Un mentionne l’oublie des plages, un autre ne répond pas)
Selon vous, les Caraïbes sont-elles uniquement composées d’îles ?
- Oui : 7
- Non : 14
- Je ne sais pas : 3
Ce que l’on appelle « Les Antilles » en France, font-elles parties des Caraïbes ?
- Oui : 18
- Non : 1
- Je ne sais pas : 5
La Caraïbe fait-elle partie de l’ Amérique Latine ?
- Oui : 16
- Non : 4
- Pas d’opinion : 4
Quelle est pour vous le cœur de la Caraïbe ?
- La République Dominicaine : 4
- Haïti : 2
- La Jamaïque : 0
- Cuba : 1
- Trinidad y Tobago : 0
- La Martinique ou la Guadeloupe : 1
- Autre : Marie Galante
- Il n’y en a pas vraiment : 14
- Rien : 1
La Caraïbe est-elle un objet d’études (de réflexion, de débat etc.) qui vous intéresse particulièrement?
- Oui beaucoup : 10
- Un peu mais pas spécialement : 12
- Non pas du tout : 2
Trouvez-vous que la place accordée aux Caraïbes dans le cursus du campus de Poitiers soit suffisante ?
- Pas du tout, le thème des Caraïbe est trop absent aussi bien des cours, des conférences que des préoccupations ou débats des élèves : 8
- En partie seulement, le thème des Caraïbes est présent même s’il garde une place trop limitée par rapport à son importance dans la zone qui nous intéresse : 13
- La Caraïbe est traitée comme il le faut, en de justes mesures, dans un campus tel que Poitiers : 3
Vous étiez-vous déjà fait cette remarque avant ce questionnaire ?
- Oui plusieurs fois : 15
- Non jamais : 9
Avez-vous déjà envisagé de travailler dans les Caraïbes plus tard ?
- Oui : 7
- Non, je ne pense pas : 17
Marie Sachet
Photo : Nicodeux (CC)
Me parece una excelente iniciativa, Marie. Una amiga criticaba, y con razón, que estudiando los movimientos independentistas de principios del s. XIX durante nuestro primer año en ScPo no hablamos ni siquiera cinco minutos de la gesta precursora (con todas las letras) que Haiti finaliza en 1804.
Pareciera que sólo nos acordáramos del Caribe insular en situaciones terribles como la que se vive actualmente en el corazón y alrededores de Port-au-Prince.
Me parece muy interesante aunque provocador este articulo. Quiero felicitarte por el gran trabajo intelectual y personal que le has dado a esta parte del mubdo, de la cual solo nos recordamos cuando queremos disfrutar de un momento festivo, bajo el sol acostados en la arena.
Pero hoy el destino no demuestra lo contrario, para muchos ( y de eso estoy segura) es la rimera ves que saben que existe un pays submergido en la pobreza en el corazon del Caribe. Haîti, pobre Haîti quien desgraciadamente a salido a la luz por una desgracia natural que no se esperaba.
Con tu articulo, espero que las personas se den cuenta del valor politico y cultural que tiene este pays.
Y si antes todos se burlaban de NUESTRA decision de irse a la Republica Dominicana en el tercer ano, pues ahora sabran que iremos tambien para ayudar a un pays (Haiti) que desde hace mucho tiempo necesita de nosotros, porque y para, los que quieren estudiar un poco la colonisacion, nosotros los occidentales, fuimos los primeros en robarles las riquezas al caribe, especialmente Haiti. Por lo tanto, les pido a todo el que lea este comentario, que aporte su ayuda a un pays que necesita de nosotros.
Te felicito Marie muy buen articulo.