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Identité nationale : noir c’est noir…Il n’y a plus d’espoir

Interview de mademoiselle Whitney GALIPO. Photo : Osvaldo Landaverde.

Bonjour Whitney,
Suite à la récente actualité en France – je fais bien entendu allusion au projet de loi xénophile sur le port de la burqa ou encore l’intéressant débat sur l’ouverture nationale – nous aurions souhaité avoir l’avis d’une étudiante à SciencesPo Paris tout droit venue de la colonie française si chère aux cœurs des Français, la Guadeloupe.
Pour vous présenter brièvement, vous êtes donc Guadeloupéenne, vous êtes une personne de couleur et vous êtes une femme.  En gros, vous cumulez.

Parlez-nous d’abord un peu de vous. Pourquoi êtes-vous…une personne de couleur ?

J’adore vraiment cette manière très politiquement correcte de parler de ma couleur de peau.  Pourquoi suis-je noire ? Je ne sais pas pourquoi je suis noire. C’est une bonne question. Je crois que ma mère a prié tous les jours que Dieu fait pour avoir un bébé de la même couleur qu’elle. Il est vrai qu’être noire apporte quand-même beaucoup d’avantages ; quand on est blanc, on ne peut pas faire de blagues sur les noirs, mais quand on est noir, on peut faire des blagues sur les blancs et sur les noirs !

Qu’est ce que vous appelez un « blanc » exactement ?

Et bien un Blanc c’est une personne de couleur. Mais une couleur très pâle. J’ajouterai aussi une personne qui a des liens de parenté avec ceux qui ont exploité mes ancêtres.

Quand vous dites « exploiter mes ancêtres », j’en conclus que vous avez une vision quelque peu pessimiste. Ne croyez-vous donc pas aux bienfaits de la colonisation ?

Bien sûr que j’y crois. Surtout si vous entendez par « bienfait » le fait que la traite ait permis à des millions d’esclaves de découvrir de nouveaux horizons, en particulier des îles paradisiaques. Mine de rien le voyage était gratuit, c’était donc tout à fait à leur avantage : l’opportunité  d’une nouvelle vie finalement ! Combien d’Africains ne se battent de nos jours pour quitter leurs côtes afin de servir les Européens ?

La colonisation a-t-elle permis qu’aujourd’hui vous vous sentiez Française ?

Bien sûr, je pense que la France a très bien fait son travail. En Guadeloupe comme partout ailleurs, elle a sué sang et eau pour nous inculquer l’identité française. A chaque fois que je sors dans la rue en France, je parle ici au nom de tous les nouvelles générations d’anciens esclaves ; si on me prend pour une Africaine, je ressens en moi le besoin de revendiquer mon identité française. Chaque raciste me rend plus française que Jean-Marie.¹

De nombreuses interrogations surviennent dans le contexte du débat sur l’identité nationale ; aussi, bien que vous vous sentiez française, croyez-vous vraiment être perçue comme telle alors que vous êtes Noire, que vous parlez créole et que vous avez vu plus de cocotiers que de rames de métro ?

Je ne pense pas que le Français « métropolitain » me perçoive comme son égal dans la mesure où je suis noire, et c’est tout à fait compréhensible parce que quand vous me regardez de près et bien, en effet,  je suis noire !

Qu’est ce qui est le plus dur en France, être noire ou être une Française noire ?

Dans la mesure où je ne suis généralement pas perçue comme une Française, la question revient à me demander si ce qui est le plus dur en France est d’être noire ou d’être noire ? Et je vous répondrai que le plus dur c’est de ne pas être blanche.

Donc pour résumer, vous qui avez plus de recul sur le débat actuel, étant une Française issue des rebus de la charité colonisatrice, une Française uniquement sur les papiers, qu’est-ce que pour vous un vrai Français, un bon Français ?

Dans la mesure où je suis un rebus de charité française – cette même charité que mes ancêtres ont tant apprécié – le sens de valeurs telles que l’égalité ou la fraternité m’échappe totalement. Mais étant toujours restée à la frontière de ce grand concept qu’on appelle France, je suis bien placée pour pouvoir dire que ce que vous appelez un « vrai » Français, c’est celui qui n’a pas peur de poser une telle question.

« Dieu a dit, il y aura des hommes blancs, des hommes noirs, il y aura de hommes grands, des hommes petits. Il y aura des hommes beaux, des hommes moches, et tous seront égaux, mais ce sera pas facile »
—Coluche.

¹Lepen

11 commentaires

    « une personne qui a des liens de parenté avec ceux qui ont exploité mes ancêtres ».
    Pas tous les blancs ont ce lien…

  • les filles, je vous adore, je vous aime.

  • J’espère vraiment que cet article est ironique (après 3 lectures, je n’arrive toujours pas à bien discerner), parce que vraiment, il est archi-caricatural. Mais ironique ou pas, cet article me choque profondément. On n’en a rien à fichtre que tu sois noire, tu es française comme les autres et tu as les mêmes droits.

    J’aimerais savoir si honnêtement le fait que tu sois noire t’ait privé un jour de quelque droit que ce soit. Bien sûr, il y a encore des cons en France pour mépriser les noirs, les arabes, les juifs, les jaunes… Mais ces cons-là, ils votent FN.
    Au reste, notre nation ne se base pas sur la race. La conception française de la nation remonte à Renan qui en faisait une « âme », « un plébiscite de tous les jours ». Notre nation se base donc sur des valeurs partagées, notamment l’égalité et la fraternité. Le débat actuel sur l’identité national a été trop caricaturé et critiqué pour être pris au sérieux. On a plus débattu sur l’utilité du débat que sur le fond du débat même, c’est ridicule. Il n’en reste pas moins que c’est un débat fondamental pour mieux définir notre vivre-ensemble. La France s’est créée dans la diversité et l’intégration, elle s’en est enrichie et elle continuera à le faire. Mais notre modèle n’est pas celui du multiculturalisme anglo-saxon où chacun fait sa cuisine chez soi, c’est celui de l’intégration et des valeurs partagées et il fallait qu’on s’arrête un jour pour réfléchir ensemble à ces valeurs partagées. On veut bien continuer à accueillir, mais ce n’est pas « free for all » comme le suggère la gauche, il faut d’abord accepter les règles du jeu. En France, l’égalité entre les hommes et les femmes est fondamentale. Le port de la burqa (du niqab, plus précisément) est un signe d’oppression de la femme et d’extrémisme religieux. Nous n’en voulons donc pas, c’est parfaitement cohérent avec nos valeurs.

    Bref, pour en revenir à cette entrevue, tout ce que je veux dire, c’est que vos caricatures blancs-noirs n’ont rien à voir avec la conception de la république que nous avons. Tout est question d’intégration et de valeurs partagées. Je connais beaucoup de noirs qui n’ont jamais eu de problèmes et qui se sentent français comme les autres et ces noirs, ce ne sont pas les champions de foot de 1998. Et ce n’est pas une insulte reçue par la vieille dame au fond du bus qui remet en cause l’égalité de tous. Pour finir, je tiens à rappeler les résultats écrasants des référendums en Guyane et Martinique, où les ultramarins ont rappelé leur attachement à la République française à plus de 70% et 80%.

  • Mr. Pinet, je pense que mademoiselle Galipo donnait son avis. Après tout cet article est une interview et non pas un référendum. Par conséquent je trouve impertinent de nier ses propos sous prétexte d’avoir connu beaucoup de noirs qui ne pensent pas comme elle (et oui, c’est pas parce qu’on est noir qu’on réfléchit tous de la même façon). -je m’excuse, un petit peu de provocation n’a jamais fait de mal à personne.

    à noter, la burqa et le niqab sont deux choses différentes. C’est certes dans certains cas un signe d’oppression mais ça peut être aussi un choix, donc il s’avère inutile de généraliser.
    Mais JUSTEMENT le problème est là, vouloir faire une règle générale à imprégner à toute la population. D’où la création du ministère de l’identité nationale. C’est tout à fait louable de vouloir avoir des français parfaitement égaux et s’attendre à ce qu’ils vivent en harmonie.
    L’imposer, c’est différent. La France a bien des mérites, cependant, cette aspiration paternaliste de prétendre savoir ce qui convient à tous et de l’inculquer petit à petit est non seulement improductif, mais aussi ridicule. Avec la mondialisation il fallait s’attendre à ces conséquences. Combien de français sont bien contents de manger un kebab, ou d’aller chercher des nems à côté ou de remercier Dieu -quel qu’il soit- que l’arabe du coin soit encore ouvert pour acheter de l’alcool tard dans la nuit?
    Que faire donc de tout ça ? Choisir ce qui nous convient, cette part (qui n’est évidement qu’une part) des effets de la mondialisation et défenestrer le reste ? Ouvrir la frontière quand la France a besoin de main d’oeuvre peu chère et la fermer dès que le chômage atteint des dimensions tragiques ? N’est-ce pas un peu ridicule ? Les immigrants ne sont pas une aide accessoire, ce sont des personnes qui se retrouvent dans une situation affreuse au point de devoir quitter leur chez eux et aller ailleurs. Je ne vais pas commencer à parler des conséquences de la colonisation dont la France est responsable, on échapperait un peu au débat. Mais que ce soit clair qu’à mon avis ce ministère n’est rien d’autre que l’illustration d’une aspiration française. Laquelle ? S’attendre à ce que tout ressemble à des photographies de Doisneau.
    Mon opinion, c’est tout.

  • *improductive

  • Alors, point par point pour te répondre:
    Whitney nous donne son avis, je donne le mien. C’est un peu pour ça qu’on commente les articles.
    La burqa et le niqab sont 2 choses différentes, je l’ai souligné. Mais il reste que le port d’un voile intégral constitue un problème grave. Tu me parles de choix, soit, il doit y en avoir. Que fais-tu du reste des femmes soumises? c’est peut-être paternaliste, mais il faut les protéger. C’est ce qu’a conclu clairement la commission d’enquête parlementaire (dirigée par un communiste, soit dit en passant). Enfin, le port du voile en public, c’est la négation de l’identité, ce n’est pas acceptable non plus.
    Pour les Kebab, les nems et l’alcool, j’en suis le premier réjoui! je ne vois pas en quoi ça remet en cause mon point de vue. J’ai souligné l’apport de l’immigration à la société française.
    Sur le contrôle de l’immigration, ce n’est pas ridicule, c’est réaliste. Durant les 30 glorieuses, on avait besoin de main-d’oeuvre, on accueillait à bras ouverts. Puis, le chômage est arrivé et l’immigration s’est ghettoisée, remettant en cause le modèle d’intégration. Bref, continuer à recevoir les migrants les yeux fermés, c’est tout simplement impossible. Pas tellement pour des questions de chômage (tous les économistes sont d’accord pour dire que l’immigration n’enlève pas de travail aux français, contrairement aux idées reçues du FN). Mais accueillir des migrants sans emplois, les assister sans leur donner de chances de s’intégrer, c’est non.
    Bref, je pense qu’on divague un peu du sujet de l’article, mais je tenais à te répondre.

    • @Jonathan: Tu écris « Puis, le chômage est arrivé et l’immigration s’est ghettoisée, remettant en cause le modèle d’intégration. Bref, continuer à recevoir les migrants les yeux fermés, c’est tout simplement impossible. »

      Ce qui est impossible, c’est que des gens écrivent encore cela en France au 21e siècle!
      Tu parles du FN avec dédain, mais ton discours met directement en balance CHOMAGE et IMMIGRATION, alors que toutes les études tendent à prouver que les immigrants actuels sont en moyenne plus diplômés que les autochtones de France!

    Je ne pense pas que le Français « métropolitain » me perçoive comme son égal dans la mesure où je suis noire, et c’est tout à fait compréhensible parce que quand vous me regardez de près et bien, en effet, je suis noire !

    c’est qui le Français « métropolitain » ?…

  • Cher tous,

    Nous sommes vraiment dépitées de devoir nous expliquer mais très heureuses de constater que la provocation a encore raison d’être dans ce beau pays, et visiblement dans cette belle école également (nous allons dès ce jour faire une demande à Monsieur Dabène pour ajouter un enseignement d’ouverture « L’humour et ses degrès »)…ce qui nous conforte dans la nécessité d’écrire ce genre d’article.

    Nous ne répondrons pas point par point aux critiques car le seul fait en soi d’en avoir souligner une ou certaines nous semble le plus choquant dans l’affaire, puisque en effet cet article est ENTIEREMENT décalé.

    Rien ne sert de s’expliquer plus en longueur,

    …vive la provocation et vivre la France arc-en-ciel (dixit ABDEL MALIK)!

  • Le désir (paternaliste, j’insiste) de vouloir protéger ces femmes opprimées par le port de la burqa (ou du niqab) est peut-être louable, mais je ne parviens toujours pas à discerner en quoi ce projet de loi ira aider ( ou plutôt « sauver »)ces quelques femmes soumises. On interdit le port de la burqa et du niqab dans les endroits publics, et après? Génial, toutes les femmes qui le portaient avant la loi sortiront de chez elles, la conscience tranquille et le coeur léger habillées en mini-haut et en mini-jupes? (encore un peu de provoc’ pas de panique). Cherchons l’erreur. Aucune pression sociale, familiale à l’égard de ces filles? Cette « idée de génie » a des airs un peu simplistes…
    Précisons que burqa n’est pas fondamentalement synonyme d’oppression. Je n’ai eu l’occasion de parler avec des femmes qui le portaient qu’une fois dans ma vie. Et le moins que je puisse dire, c’est qu’elles ne faisaient pas que le porter, elles le revendiquaient. Je ne suis pas forcément pour le port de ce voile, mais sans aucun doute contre la loi. La burqa ne correspond pas selon moi aux valeurs prônées par le Coran, mais le gouvernement n’est pas en mesure d’empêcher les personnes désireuses de le porter librement.
    Je reviens également sur la conception de J. Pinet du « port du voile en public comme négation de l’identité ». En fait non, je ne reviens pas dessus, c’est inutile, l’absurdité de cette phrase est évidente.

  • on dit rebut, pas rebus, à moins qu’il s’agisse d’un rébus ?

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