Escpo’ir crédit et le co-développement
Notre projet collectif Escpo’ir Crédit, le projet qui encourage le microcrédit au Burkina Faso pour ceux à qui le nom n’évoquerait pas grande chose, a pour but d’aider au développement de la région Centre du Burkina à travers l’outil financier spécifique qu’est le microcrédit. Mais comment marche tout cela ? S’agit-il d’emprunter de l’argent aux personnes qui ne peuvent pas accéder à un crédit classique pour qu’ils s’achètent un écran plasma? D’où sort cet argent ?
Il faut préciser que nous sommes encadrés par le Conseil Général de la Vienne : l’autorité gouvernementale au niveau départemental. Mais que vient faire une collectivité locale dans cette affaire ? Le soutien à ce genre de projet ne serait-il pas plutôt du ressort du Ministère des Affaires Étrangères ? En réalité, Escpo’ir Crédit s’intègre dans le cadre récent de la coopération décentralisée. Depuis 1992, on tend de plus en plus vers une reconnaissance de la capacité d’action extérieure des collectivités locales, en dehors de leurs champs de compétences originels. Elles peuvent maintenant signer des conventions avec des autorités locales étrangères dans le respect des engagements internationaux de la France pour mener des actions de coopération ou d’aide au développement. En particulier, plusieurs villes de la Vienne sont jumelées avec des villes de la Région Centre du Burkina. Le couple le plus connu et le plus ancien (1967) est celui formé par Loudun et Ouagadougou (la capitale du Burkina) dont le rapprochement remonte à une initiative de René Monory, ex-président du Sénat Français.
Aide au développement ? Cela pourrait évoquer pour certains un paternalisme exercé par les pays développés sur ceux en développement. Ou simplement des mécanismes d’aide humanitaire en cas de catastrophe naturelle ou géopolitique. En réalité, l’aide au développement fait de plus en plus référence à un processus mené sur le long terme et qui ne consiste pas seulement en une exportation de savoir-faire, d’idées, d’expertise dans un seul sens, mais qui est plutôt basé sur une réciprocité. Car même s’il y a clairement un pays aidé et un pays qui apporte son aide, ceci peut se faire dans un cadre de coopération où les décisions sont prises en concertation, dans le respect des spécificités locales et pour le bénéfice des deux parties prenantes. Nous ne faisons que coopérer, dans la mesure où tous les projets que nous évaluons et pour lesquels nous cherchons des financements nous sont envoyés par les institutions burkinabaises et ne sont pas l’initiative de notre groupe ou d’acteurs français. Rien n’est imposé, ni même suggéré, le microcrédit n’est qu’une aide technique destinée à concrétiser une initiative des burkinabais pour les burkinabais.
Le concept du co-développement a pour ambition de contribuer à l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Ainsi, les objectifs sont de participer à l’amélioration de la gouvernance démocratique des pays bénéficiaires de l’aide à travers la mobilisation de la coopération culturelle, universitaire et scientifique, tout contribuant à l’essor de leurs capacités humaines et sociales. Notre projet est financé par le Ministère des Affaires Étrangères car il rentre dans le cadre des engagements pris par la France non seulement au sein de l’Union européenne mais aussi en tant que membre de l’Organisation des Nations unies et du Comité d’Aide au Développement de l’OCDE.
Le dispositif français d’Aide Publique au Développement (APD), a recensé cinq priorités sectorielles pour les programmes de co-développement : la santé, l’éducation et la formation professionnelle, l’agriculture et la sécurité alimentaire, le développement durable et le climat, et enfin le soutien à la croissance à l’échelle planétaire. Les différents projets dont sont chargés notre association, qu’ils soient en étude ou déjà mis en route, s’insèrent tous dans ces axes de l’aide publique. Lorsque nous finançons le passage du secteur informel au secteur formel des soudeurs d’outillage agricole, nous contribuons modestement à améliorer la formation professionnelle. Lorsque nous essayons de limiter l’usage du bois pour la préparation de la bière locale –le dolo- nous participons à la préservation des ressources forestières et nous tentons de rendre cette activité plus rentable et moins pénible pour les dolotières. Nous favorisons ainsi la visibilité des premiers projets de développement durable dans le pays.
Même si le panorama n’est jamais idyllique et que ces mécanismes ne sont pas la solution à tous les problèmes d’un continent comme l’Afrique, il n’en reste pour autant qu’il s’agit d’initiatives intéressantes qui valent le coup d’êtres explorées.
Andrés Melendro, pour le projet co Escpo’ir crédit