Quand la rumeur s’incline devant le retour du roi Nadal

Les habituels sceptiques vont devoir apprendre à faire le dos rond : Rafael Nadal est bel et bien revenu à son meilleur niveau. Affirmer qu’à Monte-Carlo, premier Masters 1000 de la saison sur terre battue, le natif de Manacor a dominé ses adversaires serait un doux euphémisme, il les a tout simplement anéanti l’un après l’autre. Alors comment l’incroyable Nadal a-t-il réussi à faire taire les mauvaises langues qui lui voyaient déjà un avenir loin du tennis?
Que ce soit Thiemo de Bakker, l’étoile montante du tennis batave, l’Allemand Michael Berrer ou les compatriotes ibériques de Nadal, Juan Carlos Ferrero, David Ferrer et finalement Fernando Verdasco, tous se sont cassé les dents contre l’ogre de l’ocre monégasque. Le seul à lui avoir pris plus de cinq jeux, Ferrero, ancien vainqueur de Roland Garros et numéro un mondial en 2003, excusez du peu, a semblé totalement impuissant durant une heure trente cinq. Baladé de droite à gauche, il n’a trouvé son salut que dans une résistance quasi homérique jusqu’à quatre jeux partout, avant de s’écrouler physiquement et mentalement. Pourtant vainqueur de trois titres lors de la tournée sud-américaine de février, Ferrero s’est ainsi fait dévorer par un gargantuesque Nadal, affuté comme jamais et dont les jambes moulinent encore plus vite. Affamé, Nadal l’est incontestablement. Ferrer, terrien pur jus se dresse devant lui en demi-finale et va subir un calvaire sans nom. Dépassé dans tous les compartiments du jeu, l’adversaire du quadruple vainqueur de Roland Garros plie rapidement. Nadal est sans pitié, une poignée de main sans compassion échangé à la fin du match et en route pour le prochain tour, la finale.
Une finale qui l’oppose à Fernando Verdasco, qui lui avait proposé un défi de taille lors de l’Open d’Australie 2009. Nadal s’était sorti des mailles d’un madrilène « on fire » au terme d’une rencontre digne d’un scénario hitchcockien. Ce match avait duré près de cinq heures et quinze minutes, cette finale de Monte-Carlo ne durera même pas une heure et demi. Un score qui fait froid dans le dos, 6-0, 6-1, Verdasco est humilié. Néanmoins celui qui pleure à la fin du match n’est pas celui qu’on croit. Affalé sur sa chaise, Nadal verse des larmes d’éléphant, visiblement ému et il a de quoi. Onze mois sans titre, pareil mésaventure n’était pas arrivée à l’Espagnol depuis 2005, une autre vie de toute évidence. Il a balayé les critiques acerbes de ses détracteurs d’un revers et par n’importe lequel. Un sublime revers à deux mains qui est devenu une nouvelle arme forte dans son jeu, rivalisant presque avec son surpuissant coup droit lifté. Mais ce n’est pas qu’une revanche tennistique pour Rafael Nadal, c’est aussi une revanche sur la vie pour l’actuel numéro deux mondial.
Lors de ses premiers exploits tennistiques Nadal n’a connu que la Une des magazines spécialisés dans le sport, que ce soit en Espagne ou dans le reste du monde. Sa défaite contre Soderling l’an dernier Porte d’Auteuil avait fait la Une de l’Equipe notamment, rien d’anormal pour l’Ibérique sachant qu’il était le quadruple tenant du titre et archi-favori du tournoi. Pourtant, sans que tout le monde ne soit au courant, il a connu la rançon de la gloire et la malfaisance de la rumeur. Tout d’abord ses parents se sont séparés et Nadal a craqué. Interrogé par un magazine « people » espagnol, il a dévoilé ses sentiments, ses craintes, ses peurs, lui le jeune homme de 22 ans qui a semblé toujours si fort mentalement. L’excès de pudeur l’avait sans aucun doute emmené à intérioriser des sentiments profondément enfouis sous sa carapace en apparence indestructible. Surprotégé par son oncle Toni, Nadal n’a jamais rien laissé filtrer sur sa vie personnelle. Car jusqu’à là tout allait pour le mieux, il s’était entouré de ceux qu’il aimait et qui pouvaient lui remonter le moral en toutes circonstances. Le divorce de ses parents l’a profondément marqué, rien ne serait plus comme avant. Le clan Nadal semblait désormais voué à être scindé en deux, avec toutes les complications que cela implique. La presse sensationnaliste s’est allègrement emparée de l’affaire provoquant un nouveau tollé dans la famille Nadal. Comment Rafael avait-il osé étaler ses problèmes sur la place publique? Il n’en fallait pas plus pour provoquer l’ire de ses parents qui eut pour seul et unique résultat de déstabiliser l’enfant prodige. Unique? Loin s’en faut. Quand la presse people vous attaque, elle ne vous lâche plus. Et la rumeur entre en piste.
C’est un clip très sexy dans lequel il danse corps à corps avec la célèbre chanteuse colombienne Shakira qui a défrayé la chronique. Nadal serait-il en couple avec Shakira? La réponse, négative, a eu des répercussions on ne peut plus terrible sur le couple que Nadal forme avec sa petite amie, une jeune mannequine espagnole. Disputes récurrentes, scènes de ménages en publique, le couple a paru un instant voué à la déchirure, à la rupture même. Il n’en fut rien, l’amour outrepassant cet obstacle indécent. Et le guerrier Nadal sortit alors de cette épreuve encore plus fort qu’il ne l’avait entamée. C’était le début de la fin pour les adversaires de l’Espagnol, qu’ils soient pseudo-journalistes ou tout simplement joueurs de tennis.
Nadal s’est offert un festin royal sur le rocher monégasque, il espère faire de même aux Masters 1000 de Rome et Madrid bien sûr. Surtout, il n’attend qu’une chose, celle de prendre sa revanche à Roland Garros et de s’écrouler en vainqueur sur la terre battue du court Philippe Chatrier. Si le visage de Nadal est le même qu’il a montré la semaine dernière, aucun doute possible, personne n’est en mesure de l’arrêter. Et sûrement pas la rumeur, que le roi de l’ocre a magnifiquement vaincu au terme d’un match acharné. Jeu, set et match Nadal!


Nadal a bien pris sa revanche…et en plus contre Soderling!!