C’est quoi Poitiers pour vous ?
Assis à une table de bar de la Place Notre Dame, il suffit d’observer les passants pour comprendre que Poitiers porte bien son S ; la ville, hôte du campus délocalisé de Sciences-Po, est incontestablement plurielle. Au-delà des représentations et des impressions, chacun de nous a sa vision propre de Poitiers. D’où la question que nous posons : C’est quoi Poitiers pour vous ? Les premières réponses nous fournissent un début de piste :
« Puuuueeesss, Poitiers para mi » « c’est une ville ; des étudiants », « my studying, my friends », « une ville médiévale », « com uma catedral e varias igrejas ». En somme, Poitiers est « um mundo paralelo » « tout dépend du tour que l’on veut donner à notre visite. »
Ce 8 avril 2010, le projet Chili con Farci a voulu rassembler, dans un amphithéâtre au nom symbolique[1], quelques uns des ingrédients de Poitiers.
Madame Annie Brillaud [2] fut la première convive. Sa présentation nous permis de partager son goût de la ville en nous conduisant à travers l’histoire et les rues de Poitiers ; d’y voir grandir la petite cité historique dont on découvre encore des vestiges. Poitiers s’est mitonné doucement avec ses commerçants, ses ambulants et ses habitants, acquérant au fil du temps, une importance croissante. La ville conserve sa teneur moyenâgeuse jusqu’au XIXème siècle. Puis, « l’Empire détruit Poitiers » ou du moins, transforme profondément son organisation interne. Comme toutes les grandes villes de France, Poitiers voit ses maisons détruites au profit des grands immeubles comme nous pouvons l’observer autour de l’Hôtel de ville, construit en 1869. Alors que la ville est reliée depuis 1851 par les chemins de fer à Paris, la gare située, comme nous le savons tous, au fond de la vallée, n’était elle pas reliée à la ville par l’escalator. Les responsables politiques de l’époque mirent en œuvre des programmes d’aménagement du territoire urbain. Il s’agissait selon la recette parisienne de concasser, inciser et dorer la ville. C’est ainsi que l’on rabota contours et détours des ruelles de la ville pour imposer aux pictaviens un Poitiers aux avenues larges et rectilignes. Depuis la modernité ne cesse de s’immiscer dans le paysage du Poitiers ancien : les tours de la ville des Couronneries – années 1970 – rivalisent d’un centimètre avec la flèche de la Cathédrale gothique –des années 1370, la Médiathèque ou le TAP font écho à l’église Notre Dame la Grande ou le grand bâtiment qui est aujourd’hui la Banque de France.
Poitiers, qui a fêté plus d’un bicentenario, n’oublie pas ceux qui l’ont chamboulés. À l’occasion de celui du Baron Haussmann (1809-2009), la ville en a profité pour, d’ici 2012, se lancer dans des projets tels que Poitiers Cœur d’agglo [3] afin de revoir son organisation urbaine : voir plus loin dans l’instant afin de continuer à durer…
Le second convive est un habitué des lieux. Plus proche de Pessoa que de Bolivar, M. Veillon est maître de conférences d’Histoire et Droit des États. Son objectif était de nous dresser un portrait de la ville à travers ses personnages. À la surprise de tous, le destin nous joua un premier tour lorsqu’il entama la vie de Sainte Radegonde suivie de celle de la Reine Aliénor d’Aquitaine et enfin celle de la favorite (du XIVème Louis et des auditeurs de M.Veillon) Madame de Montespan. Car qui mieux que des femmes pour représenter l’histoire de notre ville ? Le parallèle anachronique est implicite, le destin a ses raisons que la raison ne connaît pas. Le campus, où les femmes dominent les hommes, s’est installé là où les femmes sont les plus redoutables ! Trois exemples, trois histoires d’exception, aux multiples péripéties et retournements au cours desquels ces femmes, intrépides et passionnées firent face aux hommes qui pensaient contrôler leur vie. En quinze minutes et quarante-sept secondes, M. Veillon déroule sans peine 150 ans de vie de ces Amazones, des XVIe et XVIIe siècles poitevins avant de laisser la parole au troisième convive.
M. Garcia a la particularité d’être fils d’un Espagnol et d’une Française. Il a choisi de s’installer dans le Poitou, où sont nées les histoires. En effet, victimes des idées reçues, nous pensions que « Les Milles et Une Nuits » étaient à l’origine de tout. Et bien, ce conteur de profession et de passion, nous prouva que Shéhérazade avait une homologue poitevine. Encore une femme, me direz-vous. « Définitivement, elles sont à l’honneur ce soir » répond Frédéric Garcia. Un mois après la journée internationale de la femme, M. Garcia choisit de nous raconter l’histoire d’une femme battue qui ne dut sa survie et celle de l’enfant qu’elle portait, qu’aux histoires arrosées de vinasse qu’elle racontait à la brute qui lui servait de compagnon de route. Poitiers ville médiévale ou Poitiers grand village, avec ses bardes, ses troubadours ou ses conteurs ; Poitiers aujourd’hui ville universitaire internationale sauvegardant sa mémoire et son folklore et en particulier, ses histoires qui se content si bien, devant un feu de bois à la fin d’un repas délicieux pour retrouver son enfance. M. Garcia ramena à la table la tradition orale qui existe, persiste mais peut, à tout moment, disparaître si nous cessons de la pratiquer.
Soirée de tous les possibles, la rencontre que Chili con Farci avait imaginé, laissa également libre cours à des interventions historico-introspectives bon enfant bien que plus hasardeuses à saisir dans leur complexité conceptuelle. Seront mentionnées au hasard pour mémoire sciences-potevines, les interventions :
- d’Arthur : « Mon premier souvenir de Poitiers est un mur, visible depuis la gare. (…) en revenant à Poitiers pour y suivre mes études, j’ai retrouvé ce mur et j’ai dû monter plusieurs fois la rue grimpante qui serpente sur un kilomètre au moins, avant de comprendre qu’il y avait des escalators »
- de Morgan avec qui l’improbable est toujours le plus sûr : « J’aime courir. (…) Un jour, dans les bois, près d’une rivière, j’ai croisé deux personnes cherchant des pièces romaines avec un détecteur de métaux (…) J’en arrive à ma question : Poitiers a-t-elle était bombardée pendant la Guerre ? »[4]
En guise de fin de soirée et afin de ne pas laisser les participants sur leur faim, Chili con Farci a offert un petit banquet poitevin. Les plats, réalisés par nos soins, sont devenus au fil de la préparation les meilleurs sujets et recettes de nouvelles histoires poitevines. Au menu, le broyer poitevin – que nous avons brisé sous vos yeux- le Farci, plat éponyme, des cassemuseaux et un Gouéron
Merci à tous ceux qui sont venus les écouter et les goûter !
Luc Aldon pour le projet collectif « Chili con Farci ».
[1] Simon Bolivar
[2] Animatrice de l’Architecture et du Patrimoine à la communauté d’agglomération de Poitiers.
[3] Article de Benjamin Devisme à suivre
[4] Voir la conférence pour mettre fin au suspense