Carte scolaire: ghettoïsation ou mixité sociale ?
« Permettre aux parents de choisir l’établissement scolaire de leurs enfants est une manière de favoriser l’égalité des chances et la diversité sociale au sein des établissements scolaires. »
A propos de la Carte Scolaire. Site du Gouvernement.
Promesse du candidat Nicolas Sarkozy aux élections présidentielles de 2007, l’assouplissement de la carte scolaire dans le secondaire a provoqué de nombreux débats. Mesure d’expérimentation, généralisable en trois ans, elle a été justifiée par Xavier Darcos comme un nouvel instrument de mixité sociale. En effet, le gouvernement aurait ainsi souhaité que les boursiers méritants ou encore les élèves handicapés puissent accéder aux établissements nécessaires à la réussite de leur parcours scolaire. En novembre 2009, la Cour des Comptes, sur demande du Sénat, avait rendu un premier bilan qui mettait en évidence la perte d’effectif des lycées classés « ambition réussite » soit les lycées dits difficiles.
En 2010, date à laquelle l’ancienne carte scolaire doit définitivement disparaître, l’heure est au bilan. Toutefois, les pouvoirs publics s’y sont toujours refusé. C’est donc le SNPDEN (Syndicat National des Personnels de Direction de l’Éducation Nationale) qui s’est chargé de croiser les données et les témoignages, notamment des proviseurs, avec un total de 2785 réponses à cette « enquête de ressenti ».
Les critères choisis par ce syndicat furent l’incidence de cet assouplissement sur les caractéristiques sociales et scolaires des élèves et, de manière plus générale, les effectifs. Ces critères sont rapportés à la moyenne générale de l’évolution de l’ensemble des établissements. A partir de cette grille, on peut dégager plusieurs tendances fortes.
Comme de nombreux observateurs l’avaient prédit, les lycées ZEP, et de manière générale les établissements à mauvaise réputation, sont les grands perdants de cette mesure. Bien loin de l’objectif déclaré de mixité sociale, c’est à une forme « ghettoïsation » que l’on assiste. L’homogénéisation des caractéristiques sociales et scolaires est clairement visible tandis que les effectifs ont nettement diminué. Pour certains établissements, la question de leur maintien est même posée. L’assouplissement de la carte scolaire a eu pour effet pervers de créer un climat de suspicion. Il faut entendre que le simple fait de remettre en cause l’affectation sectorielle initiale est interprété comme le signe de fortes distinctions entre les lycées: il existe des bons et mauvais établissements. La décision des parents se porte donc sur des critères souvent subjectifs permettant de déterminer quels sont les bons lycées et de retirer pour certains leurs enfants de l’établissement rattaché à leur localisation.
C’est ainsi que de nombreux établissements du secondaire, sans être classés en ZEP, ont connu une baisse de leur effectif. Ce que certains appellent les « établissements moyens » voient, depuis la mise en place de cette mesure, jouer différents critères: de localisation (le centre-ville étant dans l’inconscient collectif réservé aux meilleurs lycées) ou encore de statut (les effectifs du privé ont nettement augmenté). Ainsi, la carte des établissements scolaires connait une dualisation croissante entre les bons lycées qui attirent la majorité des élèves favorisés, et désormais une partie provenant des classes moyennes, tandis que de nombreux lycées ou collèges « moyens » basculent vers les établissements difficiles à faible mixité sociale.
Il semblerait donc que les résultats espérés par le gouvernement soient restés au stade de souhaits pieux. En réalité, l’assouplissement de la carte scolaire n’a, en aucun cas, conduit à une plus grande mixité sociale; au contraire, il semblerait que pour un certain nombre d’établissements les inégalités se soient creusées. Au point de créer un fossé infranchissable ? Le gouvernement devra répondre à cette question en proposant son propre bilan, avant que cette mesure ne soit totalement délégitimée. Pour l’heure, le ministère déclare devoir confirmer l’importance de ces tendances avant de prendre les mesures qui s’imposent. Mais peut-on renverser la tendance ?
Elise Comte, pour CEP Branly
