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De verges célestes et de divins clitos

« I have a dream : Je rêve d’un pays où « enculé » ne serait plus une insulte, mais une invitation à l’amour ; Je rêve d’un pays où l’appartenance à une religion, à un syndicat, à une association, à un parti politique ou bien l’orientation sexuelle ne seraient pas assimilées à un éventuel trouble à l’ordre public [...] ». C’est par ces mots que Soeur Camélia et Novice Violetta, accompagnées des Soeurs Néfertata et Lysistrata, ont commencé la lecture de leurs évangiles à leurs ouailles lors de la Gay Pride de Tours, le 22 mai dernier.

Vous vous en douterez, ces nonnes de la Perpétuelle Indulgence n’ont pas fait vœu de chasteté; elles se sont engagées à promouvoir la « joie multiverselle » et à lutter pour l’« expiation de la honte et de la culpabilité ». Revenons tout d’abord sur la genèse du mouvement.

En 1979, quatre comédiens débarquent dans le quartier gay de San Francisco vêtus d’authentiques robes de bonnes sœurs et déclenchent une vague de confessions spontanées de la part de brebis égarées, broutant hors des sentiers battus de l’hétérosexualité. Réalisant le manque d’espace de parole qui caractérisait alors la communauté LGBT, ils décident de fonder l’ordre de la Perpétuelle Indulgence. Cet ordre essaime rapidement sur d’autres continents*, notamment en Europe. Fidèles aux deux préceptes sus-cités qui constituent le socle dogmatique commun à tous les couvents, les Soeurs ont été pionnières dans la promotion d’un safe sex et ont renforcé ce combat pour la prévention depuis l’apparition du VIH.

Les quatre Soeurs que nous avons rencontrées lors de la gaypride nous ont expliqué les actions menées par le couvent de Paris dont elles sont issues. Elles se qualifient elles-mêmes d’« apparitions », de « Soeurs de trottoir », dans la mesure où la plupart de leurs actions consiste en un pèlerinage traversant les lieux de rencontre LGBT, au sein desquels elles offrent un espace de dialogue et d’écoute aux personnes qui en expriment le besoin. Selon elles, la bienveillance associée à la figure de la bonne sœur ainsi que l’anonymat procuré par le « masque » favorisent la mise en confiance et sont propices à des confidences parfois libératrices. Ces échanges peuvent constituer un exutoire à la culpabilité et à la honte que continue d’engendrer la norme hétérosexiste chez tous ceux qui s’en écartent. En outre, les Soeurs s’efforcent de récolter des fonds afin de financer deux types de projets: d’une part les « bourses des Soeurs », reversées à des associations qui défendent des causes similaires aux leurs; d’autre part, les week-ends de Jouvence, consacrés au soutien et au ressourcement de personnes concernées par le VIH.

La stratégie politique des Sœurs repose sur une bonne dose de provocation qui passe par le détournement de la rhétorique et des codes de la religion et leur permet de se faire missionnaires des causes LGBT. Les Sœurs, par leur tenue et leur maquillage notamment, récupèrent également le cliché de la folle, qu’elles poussent à l’extrême pour déconstruire les images préconçues et les jugements hâtifs qui sont parfois portés sur les membres de la communauté.

Ainsi, l’image excentrique et frivole qu’elles renvoient contraste avec le sérieux de leur engagement : devenir Sœur est un véritable sacerdoce et exige une longue phase de noviciat. Au cours de cette période, le/la postulant-e doit apprendre à faire face aux regards et aux jugements potentiellement réprobateurs de la société, à gérer les interférences de son engagement avec sa vie privée et professionnelle… Malgré tout, le parcours des Sœurs n’est pas une pénitence: contribuer à éradiquer l’intolérance, la honte et la culpabilité au profit de la joie multiverselle est une activité hautement gratifiante, qui leur garantira – qui sait?- une place de choix au Paradis.

Nous avons aussi rêve! Nous aspirons au jour où les esprits pseudo-libres se seront désintoxiqués de l’opium hétérosexiste et saurons apprécier à leur juste valeur les actions d’hommes arborant pêle-mêle cornettes, paillettes et escarpins taille 45.

*Au cas où la lecture de notre article aurait suscité, chez certain-e-s d’entre vous, une vocation pour la 3ème année, nous vous signalons qu’il existe un couvent à Buenos Aires.

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