SOUND OF NOISE
Sans doute, est-ce le film que tout le monde attendait. D’une fraîcheur déconcertante, Sound of Noise exprime l’inexprimé, et en musique! Film inattendu, drôle,ingénieux, tout en subtilité, il aborde rêveusement notre quotidien dans toute sa simplicité, sans en perdre pour autant sa part d’utopie.
Le concept est simple quoique novateur: une bande d’atypiques – 5 hommes et une femme – sèment la zizanie et tournent en bourrique un commissaire de police. Ils se présentent comme des « terroristes musicaux », attaquent la société tout entière et ce, par la musique, organisant des concerts sauvages dans des lieux ordinaires.Formes d’antihéros, ce sont, en somme des hommes comme vous et moi. Toutefois, ils se distinguent par une force de conviction à toute épreuve dépassant la morale que s’impose la collectivité des hommes. Leur allure sérieuse d’hommes occupés contribuent d’ailleurs à souligner l’importance de leur mission. Ainsi, la première qualité de ce film réside dans le recours à la musique.
Déjà, Johannes Sjärne Nilsson et Ola Simonsson y avaient pensé dans leur court-métrage -Music for One Apartment and Six Drummers-, sorte de prémisses du chef d’oeuvre appelé à naître. La musique, ce langage intemporel et universel, capable d’émouvoir tout un chacun, et de nous rappeler à notre humanité. La musique, comme instrument majeur d’un rappel à l’ordre. Mais également comme outils de protestation, quand les cris, les larmes, les menaces n’opèrent plus, quand les répertoires de l’action collective semblent épuisés.Les danois parviennent ainsi à substituer à notre quotidien les instruments les plus élaborés. Les choses qui nous entourent, celles là même que nous affectionnons tant, sont désacralisées.Partant, la ville devient un terrain de jeu, en l’occurrence le berceau d’une symphonie magistrale. Dès lors, la métaphore est facile -et terriblement séduisante-: oublier ce qui jusqu’alors rythmait nos vies (le travail, l’argent) pour adopter un nouveau métronome.
Somme nous las des puissants de ce monde, super héros fictifs ou magnats de l’industrie? L’effondrement des cours boursiers nous a-t-il fait abandonner nos désirs d’évasion par l’imaginaire, le fantastique ou encore l’exotisme? En un mot, serions nous enfin prêts à affronter la réalité dans toute sa dureté, sa froideur mais aussi son effrayante simplicité? Cette oeuvre dramatique semble répondre par la positive.
Après de longues années de révoltes silencieuses et souvent vaines, ce long-métrage troublant éveille en nous des instincts nouveaux. On en perd nos repères jusqu’à remettre en cause les fondements de notre société. Et si le monde actuel, caractérisé par la surconsommation, n’était pas la finalité en soi? Et si le futur que nous annonce les auteurs de sciences fictions depuis des décennies, un futur sombre et déshumanisé, n’avait pas lieu d’être?
On observe une volonté profonde de changement, de retour à l’ordre. L’homme moderne se tourne de nouveaux vers son foyer. On remet à la mode la cuisine traditionnelle, les remèdes de grands-mères, le tricot ou encore le jardinage. Ne trouve-t-on pas là des signes annonciateurs d’une prise de conscience, il est vrai timide, mais réelle?
Au delà du concept, ce film soulève les bonnes questions et fait réfléchir. Dans un élan de sincérité rare, il semble se tourner vers nous et nous questionner du regard: Vers quel monde allons-nous? Certes il ne propose pas de solutions certaines mais il nous offre des pistes. Voilà ce qui en fait un grand film. Le génie du scénario et de la mise en scène allié à un jeu implacable l’érigent en symbole de notre temps, sans fausse note. En un mot: rafraîchissant. Alors laissons-nous aller un instant aux battements de ce métronome envoûtant.
I like it.