Mural

Toi, moi et les autres.

Une comédie musicale distrayante. Un schéma narratif simple : Leila habite le Paris d’en haut, des buttes. Elle est d’origine maghrébine et étudiante en Droit recevant toute la fierté de sa famille ; Gab est du Paris d’en bas ; des quais de Seine. Il est le beau gosse parisien qui joue au poker et incarne la honte de son père. Contre vents et marées, sociales, ils tomberont amoureux, un flirt sur un air de Michel Delpech.

Mais ce film, c’est plus que ça. C’est un récit discret de vies en France. C’est aussi le quotidien d’un garçon rebeu, c’est une autre façon de catégoriser les gens, coiffeur dans un salon africain qui rêve de Broadway et vit la GaGattitude. C’est l’histoire de la patronne du salon de coiffure, une tantine par qui l’on se laisserait volontiers adopter. Elle travaille dur pour que sa fille puisse aller à l’école. Elle a aussi rempli sa promesse envers la mère de Leila en s’assurant qu’elle ait  bien grandie et soit sur le point d’avoir sa licence de Droit. Elle est le pilier du quartier ; elle est sans papier.

 Rentrons dans le vif du sujet.  Allons outre la brutalité bestiale de ces agents de la loi. D’ailleurs, il ne s’agit pas de remettre en question la loi de la République car, dura lex sed lex. Non, ce qui me désespère, ce qui m’a affolé par la véracité des propos, c’est que nous sommes des numéros de dossier. Des numéros qui marchent, qui vont et viennent, d’un continent à l’autre. Des numéros avec des sentiments, des projets, un travail, des travails, des amis, une vie établie. Des passagers menottés, violentés. Qu’ont-ils fait ? Pourquoi nous font-ils peur ? Serait-ce parce qu’ils nous rappellent que, comme nous, ils rêvaient d’un autre monde ? D’une terre ronde où la vie serait féconde ?

 Le film se demande comment sauver l’amour. Balavoine aussi s’en inquiétait. Et sans doute, je suis moi même un peu dérouté en essayant d’aller me coucher. Je pense à ceux qui marchent, à ceux qui sont arrivés et qui seront éjectés, par avion. Je pense à ceux qui portent leur vie sur la tête et les jambes à leur cou quittent la Bagdad ivoirienne. À ceux  qui se font bombarder avec fureur par leur Guide révolutionnaire. On était habitué à mieux, avant, le Guide organisait le massacre des autres.  En France, la situation n’a pas tellement changé. L’autre, l’inhumain, le sans droits, le sans papiers est traqué jusqu’à chez lui. L’adresse n’est qu’une formalité lue sur le dossier scolaire de sa progéniture qui pourrait devenir française. Quelle citoyenne deviendrait-elle ? Une migrante de deuxième génération, une citoyenne de second rang qui a peur de la République qui devrait la protéger sa liberté à l’égal de ses frères. Elle sera une citoyenne d’origine, à croire que les autres n’ont pas d’origine.

Les autres. Sont-ils si différents de toi et de moi ? Je m’endors et rêve de cette autre terre, une terre moins terre à terre. Où la machine administrative serait consciente de ce qu’elle défèque.  Le monde n’est pas manichéen, mais parfois le schéma narratif est si simple. On crée des coupables, des étrangers qui nous apportent toute la misère du monde, toi et moi, nous sommes les victimes ; les autres, eux, les méchants. Eux, les autres, ils sont français et ils ont peur de la loi et de ses sbires qui les déshumanisent.  Le dossier 7-6-32 a un œil au beurre noir car il a « mal parlé » à un policier qui lui a aplatît le visage contre un mur crépis. C’est ça aussi le monopole de la violence légitime. 

Et puis plus j’y réfléchis et moins je comprends qui sont ces français d’origine ? Je lisais l’histoire d’Aya Cissoko, Française d’origine Ménilmontant et Malienne lorsqu’il faut vanter les bien faits de l’immigration et de la méritocratie républicaine. Encore une qui prouve que nous en sommes pas méchants avec eux. Celle-là elle est française renoi. On a eu Zizou aussi, et toute l’équipe de France ! Sauf quelque « premiers de la classe », des bons élèves qui aiment le foot… non pas Thuram voyons, Gourcuff ! Et surtout, pourquoi ne suis-je pas aussi Français d’origine ?

 Je divague, mais tout est pourtant lié… comment ? Demandez-le à votre imaginaire. Voyez avec lui pourquoi Luc est un prénom de gentil alors que Myriam sème le doute ?  Pourquoi la capuche est-elle louche ? Imaginez que nous soyons tous ensemble en train de partager la Terre. Imaginez qu’on ne vous ait pas appris la peur des autres. Imaginez qu’on cesse d’appréhender ce que l’autre doit penser, ou va faire. Faisons confiance voire tombons amoureux, sans préjugés ni craintes. 

 Un peureux dit un jour que  « Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes » … il parlait sûrement du père fouettard.

Ôdes à l’Amour – Abd al Malik

2 commentaires

    Encore un vrai vrai rêveur…
    Mais c’est drôle de voir la fureur avec laquelle tu insistes de rêver.
    J’espère que ça marchera un jour de rêver d’un monde « meilleur ».
    Nous espérons!

  • Filipe, ton commentaire me touche. Oui j’y crois et espère réussir à faire partager cette croyance…

    en relisant, je vois des fautes d’orthographe, serait-ce possible de les corriger ?

    - maghrébine paragraphe 1 ligne 2
    - elle a rempli paragraphe 2 ligne 4
    - une terre MOINS terre à terre (justement) paragraphe 5 ligne 1
    - lui a aplati paragraphe 5 ligne 5
    - vanteR paragraphe 6 ligne 2
    - Luc est un prénom de GENTIL -pas de blancs- paragraphe 7 ligne 2

    … en gros je peux vous le renvoyer ?

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