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Un bulldozer pour expulser des Roms, et pourquoi pas une grue ?

"Photo: Franck Perry/AFP"

A l’heure où Marine le Pen monte en puissance, avec un Front National présent au second tour dans 402 cantons, d’aucuns diraient que le pire est à venir. En effet, nos contrées hexagonales regorgent de miliciens frontistes. Disposés à endosser la tunique de justicier, que portent habituellement des forces de l’ordre jugées «inefficaces», leurs actions sont bercées par des aspirations d’autorité. Sans aucun doute leur discours, teinté de xénophobie, traduit des désirs de répression. Et dans une France sans frontières, qui dit répression dit avant tout endiguement de l’immigration massive et illégale. Les cibles privilégiées, les Roms. Tout droit venues de Roumanie, Bulgarie voir Bosnie, ces populations dérangent nombre de fervents fanatiques des propos lepénistes ou gollnischiens.

Seulement voilà, les anti-Roms ne possèdent pas tous leur carte d’adhérent au FN. Trop souvent, ceux qui défendent l’immigration à outrance instrumentalisent les dires des dirigeants du parti d’extrême-droite. Ainsi, les individus observant d’un mauvais œil le débarquement massif de Roms  se voient vite accolés une étiquette de frontiste, d’extrémiste et même parfois de raciste. De fait, les défenseurs des « envahisseurs » n’essaient pas de comprendre pourquoi certains montrent des réticences à la présence d’immigrés qui, pour citer un proche de Bruno Gollnisch, « ont rarement la main dans leur poche ». Référence faite à la mendicité et à la recrudescence des vols à l’arraché commis par lesdits Roms, d’après des sources policières. Néanmoins, il s’avère primordial de distinguer la forme du fond.

"Photo: Esther Benbassa /AFP"

"Photo: Esther Benbassa /AFP"

Les chefs d’entreprises situées près des zones industrielles- là où les Roms établissent leurs campements-, ont une légitimité lorsqu’ils se déclarent hostiles à l’arrivée clandestine de ces familles nombreuses. Certes, n’étant pas légion, ils subissent la désapprobation d’une partie de la société soit disant « tolérante ». Mais, à bien des égards, leur attitude demeure compréhensible. Généralement, afin de déloger leurs nouveaux voisins, les directions des entreprises, hypermarchés notamment, agissent en bonne et due forme, suivant la circulaire du 24 juin 2010. Un dépôt de plainte, une procédure d’expulsion et…Des semaines d’attente. La loi étant ce qu’elle est, les associations solidaires à la cause Roms arrivent, sans maintes complications, à obstruer, ralentir ou bloquer la procédure. Un concessionnaire automobile de la région nantaise confesse que « l’excuse tendant à se répandre comme une trainée de poudre dans le monde des associations pro-Roms est qu’il faut, avant toute expulsion, leur retrouver un terrain où loger ». Alors, parfois, la situation dégénère.

Devant la lenteur procédurale, quelques uns craquent.  A l’image de ce directeur d’un hypermarché Leclerc défrayant la chronique depuis deux jours. C’est leparisien.fr qui révèle l’information. Jeudi 24 mars, la direction de cet hypermarché de Nantes a organisé l’expulsion de deux familles Roms vivant à proximité de l’établissement. Des mères et des enfants expectorés sans ménagement, compte tenu des méthodes peu orthodoxes employées. En atteste le témoignage de cette mère de famille, encore sous le choc : « Ils nous ont fait sortir comme des chiens, c’était épouvantable». Saban, 17 ans, peine à trouver ses mots : « Quand le bulldozer est arrivé…Il a poussé de la terre vers les caravanes et puis tout contre l’une d’elles, où il y avait les plus jeunes enfants ». C’est un bambin de 13 ans qui, tout seul, a dû faire sortir ses petits frères afin de les mettre à l’abri. Il raconte : « un homme chauve et à lunettes s’est présenté à nous comme le chef de l’hypermarché. A coté il y avait d’autres hommes en costume. Ils nous disaient qu’on devait quitter les lieux ». Selon les témoins, environ une douzaine de gros bras auraient pris part aux opérations. Rapidement alertés, les policiers n’ont toutefois pu constater que l’ampleur des dégâts. Les caravanes, renversées, se trouvaient sur le bord de la route.

Vendredi, les deux familles de Roms, ainsi que l’association solidaire « Roms Nantes-Est », envisageaient de porter plainte. Arrivés au commissariat, elles se sont vus refusés leur requête au motif que « les familles n’étaient pas, lors des faits, sur un terrain destiné à l’accueil des gens du voyage ». Seule une main courante à pu être déposée. Incroyablement, cette expulsion réalisée hors de tout cadre légal paraît destinée à sombrer dans les oubliettes de la justice.

Un scénario rocambolesque que n’oublieront pas de sitôt ces deux familles, aujourd’hui dépourvues de toit. Le meaculpa du directeur de l’hypermarché, présentant « les sincères excuses de la direction auprès des familles » et se disant prêt à « assumer ses responsabilités » ne rajoute qu’une note à la fois ridicule et dramatique à cette expulsion inhumaine.

12 commentaires

    Je ne vois pas le point de cette affaire. Les Roms occupent un terrain qui ne leur appartient pas. Leclerc le leur fait savoir et les menace à plusieurs reprises. Les Roms, se sachant protégés, n’obtempèrent pas. Leclerc envoie un buldozer. Si je squatte chez quelqu’un, est-ce bien moi qui vait lui intenter un procès? A vrai dire, peu importe comment Leclerc les a dégagé. Sur son terrain Leclerc amène ce qu’il veut, buldozer s’il le veut. Je ne vois pas ce que faisaient les Roms sur ce terrain et je comprends encore moins le culot qu’ils ont de se faire passer pour victimes. Et peu importe la perte de leur matos, ils l’ont bien cherché.

    • « peu importe la perte de leur matos, il l’ont bien cherché », t’es sérieux quand tu dis ca?? Dis-moi, tu voterais pas FN par hasard? Parce que là en clair ce que tu revendiques c’est de virer les Roms avec reconduite à la frontière sans leurs effets personnels…Une attitude étrange venant d’un étudiant de Sciences Po,on est censé être ouvert non? Ou tout du moins tolérants.

      • moustache pour Moustache, quand on usurpe une identité on la recopie correctement, c’est la moindre des choses.

      • Pour ta gouverne, je ne suis pas FN, loin de la même. Je déteste la politique, l’extrême droite comprise. Tu dis à la fin de ton message qu’on est à Sciences-po et qu’on doit être ouvert. Tu t’es déjà ouvert à un point de vue différent? Dès que l’on dévie de la pensée majoritaire de Sciences-po on est fasciste? Je me méfie du Droit, mais pour moi le droit le plus élémentaire et le plus naturel est le droit de propriété. Vous me parler à juste titre des Droits de l’Homme. Mais les Droits de l’homme sont un ensemble. On ne choisit pas les articles qui nous défendent et écarte ceux qui nous dérangent plus. Le fait est qu’ils n’avaient pas respecté la base même des Droits de l’Homme, le respect de l’autre. Ils ne respectent pas les droits des autres et s’en moquent effrontément. Quand les autorités échouent dans leurs obligations, le citoyen doit se débrouiller par ses propres moyens.

        • A-t-on la preuve que les autorités ont échoué?
          Faut-il répondre à une violation de droit par une autre violation de droit?

          Faire justice soit même c’est ignorer le droit et les règles fondamentales de la société. Je trouve qu’après il est difficile de revendiquer son droit à la propriété. Pour autant, je maintiens et répète que leclerc avait le droit d’expulser ces familles. C’est réellement la forme de l’action que je dénonce.

          J’entends ton point de vue et je le respecte même si je ne suis pas d’accord avec toi. Je comprends ta méfiance ou ton manque de confiance envers les autorités qui font si souvent preuve d’inefficacité.

          Je vais un peu sortir du débat mais n’est ce pas là le problème e tl’inqiiétant. Quand les citoyens n’ont plus confiance dans leurs autorités, quand ils font justice eux même que devient la société, quel est son avenir ormis une guerre interne et des réglements de compte?…

          • Oui je comprends. Mais à l’inefficacité de l’État, tu réponds encore par l’État. Si l’État n’est plus efficace et que c’est au citoyen de faire le boulot, c’est triste, mais il faut pourtant bien qu’il agisse.

      Certes ce directeur de supermarché était en droit de faire expulser ces familles. Elles n’avaient pas le droit d’être sur ce terrain. Là tu as raison. Mais comme le montre Maurice dans son article si certes le directeur était en droit de les expulser, il y a des limites dans la manière de le faire. C’est pas parce que tu te trouves dans un endroit où tu ne devrais pas te trouver que tu dois être considéré comme de la merde. Les droits de l’homme, le respect, la tolérance, est ce que ca te parle?
      Si on commence à tolérer ce genre de comportement, c’est la porte ouverte à la justice privée et à la loi « oeil pour oeil, dent pour dent ». C’est comme ca que tu vois la justice française?

    Article plaisant à lire. Car tu montres bien que les ROMS posent problèmes et ne sont pas un épiphénomène. Toutefois, ce n’est pas à des gens comme ce directeur d’hypermarché que de subtiliser leur rôle aux policiers.

  • Moustache,
    Tu vas exactement dans le sens contraire de ce qu’à écrit Maurice (si je ne me trompe pas). Tu demande à Thibaut s’il n’a pas sa carte au FN, n’as tu pas compris qu’anti-roms et frontiste n’étaient pas forcément compatibles?
    Et d’autre part, ce n’est pas parce qu’on est à Sciences Po qu’on doit se conformer avec cette pensée.
    On est d’accord avec ces « installations » de roms ou on ne l’est pas mais il s’agit plutôt de juger la forme et non le fond de ce qu’il s’est passé. Personnellement concernant la forme je trouve ça dégueulasse; sur le fond ça me parraît compréhensible. Je me garderai de vous rappeler ce qu’est la propriété privée et aussi d’évoquer la lenteur de la police qui y est manifestement pour quelque chose aussi.
    Pour finir, merci Maurice pour cet article!

  • Thibaut, je ne réponds pas à l’inefficacité de l’Etat par l’Etat, du moins pas par le même Etat. Je vais être utopique mais ne peut-on pas envisager de s’unir pour proposer un Etat efficient plutôt que de faire justice soit même et d’expulser de la sorte des gens au nom de la propriété. Si l’Etat n’est pas capable de garantir les droits fondamentaux alors il n’y a plus de droit, plus de Constitution. Ce que j’essaie de dire c’est que si tout le monde se comporte ainsi, on finit par tous s’entretuer. Par nature, l’être humain est égoïste et pense donc à ses propres intérêt mais parfois il faut savoir réfléchir au niveau collectif.

    Comme l’a rappelé Lauren, il s’agit ici de réfléchir sur la forme et non sur le fond parce que je crois que l’on est tous plus ou moins d’accord sur le fait que l’expulsion se légitimait.

  • Oui, le directeur du Leclerc a craqué pour le coup. C’est pas acceptable sur la forme. Mais il est vrai que de tels problèmes surviennent trop souvent.
    Sinon, soutien total contre toute forme de pensée unique à Sciences Po.
    Btw, bel article Momi ;o)

  • « Le droit de propriété fait partie des droits de l’homme »…Ah, si seulement on prendrait cette phrase dans le contexte. Peut-on penser un instant que Leclerc ira faire le même usage de ce terrain que les Roms? Oui, nous vendre de la « nourriture » pourrie. Les Roms vivent-ils sur ce terrain par plaisir? Je ne crois pas, mais ça reste mon avis.
    Bon article Momo

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