Mural

Bye Bye Schengen

Maintenant que Ben Ali et Kadhafi ne sont plus là pour veiller à la surveillance des frontières à l’extérieur de l’Union, l’Europe craint le déferlement d’une « probable » vague de migrants clandestins qui pourrait submerger les côtes italiennes et françaises.

Si tous les gouvernements de l’UE ont soutenus pendant des décennies les régimes dictatoriaux confortablement installés dans tout le monde arabe, ils se félicitent aujourd’hui des changements intervenus dans  la région et  multiplient les déclarations de soutien à « la démocratie et au combat pour les libertés ». Mais quand il s’agit de faire face aux conséquences directes de révolution, l’UE se défile, évitant de s’impliquer dans des politiques de coopération et de développement sérieuses (et coûteuses !). L’attitude de la France face aux problèmes posés par l’arrivée de quelques milliers de réfugiés sur l’île de Lampedusa est sur ce plan emblématique : sa proposition d’appliquer les « clauses de sauvegardes » des accords de Schengen, annoncée le 27 avril dernier, n’est pas que l’aveu de l’échec de sa politique de coopération avec les pays du Maghreb, mais  surtout la preuve d’une absence totale de volonté de solidarité.

Dans le monde actuel, la France devrait pourtant, plus que jamais, assumer la transmission du message qui a forgé son Histoire: Liberté Egalité Fraternité et y ajouter cette notion de solidarité dont les peuples libérés ont tellement besoin.

Au contraire, elle est tombée depuis peu dans la récupération de l’électorat sensible aux thèses racistes du FN, désireuse de satisfaire le discours xénophobe montant. Elle ne peut certes pas « accueillir toute la misère du monde », mais doit y prendre sa part, réaffirmer son humanité, transcender ses sensibilités politiques. Elle ne peut se permettre de « les renvoyer à la mer », et doit jouer son rôle de garante des droits de l’homme.

Le monde arabe se trouve actuellement sous une énorme tension. Je salue ces jeunes qui à travers un formidable espoir sont en train de redessiner le paysage national aux abords de l’Europe. La France doit, elle, saluer cela avec bien plus d’humanisme, sans transformer Schengen. Démolir Schengen, c’est défaire l’Europe, et la République doit en prendre conscience. Elle ne peut prétendre soutenir la bataille pour la démocratie sans proposer un véritable « plan Marshall » et donner la main à ces pays arabes. Adieu la rhétorique. La France a perdu la légitimité de son statut de « pays des droits de l’homme », et doit réaffirmer sa place de garante des libertés fondamentales sur la scène européenne et internationale. Adieu la symbolique désuète, place aux vraies politiques de coopération et de développement. Place à la régularisation constante, progressive, solution la plus adaptée à la question des milliers de migrants parqués à la frontière italo-française, l’avenir suspendu aux décisions politiques d’un pays qui a oublié sa responsabilité. Certes, les critères doivent être définis : humanitaires (droits d’asile, protection temporaire), vie familiale (le droit de vivre en famille…), et même des critères de vie professionnelle et d’études, pour ces étudiants qui se heurtent à des obstacles administratifs considérables pour venir étudier en France (la République a-t-elle oublié les apports culturels que ces échanges intellectuels représentent ?). En somme, des critères plus larges, mais déterminés et responsables, pour pouvoir assumer avec dignité et honnêteté son discours humaniste. Quand Paris cessera-t-il donc d’agiter pathétiquement l’épouvantail de l’immigration à des fins de politique intérieure ? Pourquoi hurler toujours aux mêmes vieilles lunes ? La République semble avoir oublié le dernier mot de sa devise :  « Fraternité ». Et s’il n’en reste qu’un, que ce soit celui-là !

5 commentaires

    Un article qui sonne juste. Cela fait vraiment plaisir de lire un article pertinent, écrit avec une si belle plume…

  • Articulo interesante y con una vision humana de solidaridad la cual necesitamos mas que nunca en nuestros paises competitivos y deshumanizados.

    Ana Flores
    Administrador de Empresas
    México, D.F.

  • Enfin un peu d’air pur et d’espoir!

    Il ne faut en aucun cas toucher aux accords de Schengen. A nous de réagir en aidant ces peuples à vivre libre dans la dignité afin qu’ils puissent à leur tour inscrire aux frontons de leurs mairies « Liberté – Egalité – FRATERNITE ».

    C’est sur ces bases que les générations futures établiront sur les rives de la Méditerranée une paix FRATERNELLE et durable.

  • Vive les fleurs, la solidarité, l’amour, et toutes les choses belles dans le monde!!
    « Adieu la rhétorique » ?? T’es sûre qu’elle t’a quitté ??
    Pour reprendre la langue de ton titre hyper ultra super PEOPLE:

    COME ON GIRL! Tu fais de la science politique (différent de Sciences Po, qui n’est juste qu’un titre), pas du discours gratuit! Et puis, si ton engagement pour une Europe solidaire avec les migrants est réel, essaye d’aller au-delà du discours qu’un enfant de CE2 faisant de l’éducation civique pourrait faire!

    Ceci dit, ne te vexe pas, c’est juste un esprit positif…

  • Ce article est très bien écrit,et représente le fruit d’un travail pertinent.Bravo à toi et bonne continuation.Quand au titre ‘ultra supra people’ il va de mèche avec le commentaire ‘ultra méga inutile’,a bon entendeur.

Laisser un commentaire



Vous pouvez aller sur Gravatar.com pour ajouter votre avatar.