Mural

Ca déconne sévère dans les rangs du Parlement.

[L’image en Une ne m’appartient pas, et résume la pensée bien putassière de cet article. Aux esprits prudes, vous êtes avertis, et le langage peu châtié, voire carrément déplacé, pourrait déstabiliser les plus fragiles d’entre vous. Ah oui, je ne compte pas faire de politique.]

C’est une image qui parle à tout le monde. Un monsieur qui s’époumone pour essayer de faire respecter le silence, une brochette bien remontée de baltringues qui mettent l’ambiance en gueulant à qui mieux mieux quand un petit camarade a la parole, tandis que d’autres touristes prennent leurs grands airs et font de grands gestes pour être sûrs qu’on voit que non, ils ne sont pas contents , que tout ce que les monsieurs et les madames ils disent, c’est du grand n’importe quoi, et qu’ils connaissent rien à leur sujet, d’abord. Et puis y’a ceux qui ont l’air de s’ennuyer ferme en regardant leur montre toutes les trente secondes, ou qui discutent avec le voisin de comment bêcher son jardin avec une cuillère en bois parce que ça fait bio et que c’est hyper méga hype en ce moment, et puis c’est toujours plus intéressant que ce qui se dit. Le chômage et les suppressions de postes dans l’enseignement, c’est trop pas choupi quoi.

Votre classe de Terminale ? Non non, la séance des questions de l’Assemblée Nationale au gouvernement. Ces députés, énarques ou titulaires de tout autre diplôme clinquant qui te murmurent à l’oreille « vote pour moi mon frère,  je vais faire passer des lois pour baisser le chômage à 0 %, monter le SMIC à 5000 €, et distribution gratuite de stylos violets à pois verts fluorescents et de Chupa-Chups qui colorent la langue de tes marmots sur qui la menace du dentiste ne suffit plus».
On a beau nous dire que l’Assemblée Nationale, c’est pas le monde magique aux nuages roses en barbe à papa des Bisounours et des Petits Poneys, que l’Assemblée Nationale, c’est pas la fête du string à paillettes effet stroboscope, moi, quand je vois le remake d’une (très grande) classe de collège ou de lycée, ça me fait allègrement ricaner.

Sur le devant de la scène, veillant sur ses ouailles, monsieur le président de ce cirque, restant néanmoins un club très fermé, qui ramène à l’ordre quand il le faut car une bande de perturbateurs hurle, fait de la provocation, se tient mal, fait des grimaces ou des gestes très explicites (non pas qu’on en arrive encore à des extrémités, mais il y a tout de même des limites à ne pas franchir, surtout quand on occupe un poste tel que le leur) et d’ailleurs rappelle que beaucoup de français (pour ceux comme moi qui regardent la télé plutôt que de réviser leur histoire de l’Amérique Latine) sont choqués du comportement de beaucoup de députés au cours de la séance. Et bim. J’aurais bien incité monsieur Accoyer à faire appel aux services de Super Nanny, mais là où elle est, elle doit se dire qu’elle est bien contente de ne pas avoir été embauchée pour faire du gardiennage à l’hémicycle. Ou bien il aurait fallu demander au cirque Pinder s’il n’avait pas la place pour quelques spécimens naturellement doués pour faire les clowns.

Et le spectacle commence derrière les ministres. Comme dans une classe, vous trouverez de tout. Celui qui se fait remarquer, et pas forcément en bien, qui barrie (avec d’autres copains sinon t’as l’air d’un con), alors qu’un député pose sa question ou que le ministre visé répond. C’est le contradicteur, d’accord avec rien, et surtout pas avec toi parce que tu n’es pas de son bord politique, avant même que tu aies pu en placer une. C’est lui aussi en général qui brasse de l’air avec ses bras, effet moulin à vent garanti, pour montrer son désaccord (c’est surtout ses voisins qui doivent sentir s’il a pensé à mettre du déodorant ou pas), et embarquer avec lui ceux qui se seraient réveillés et ne veulent pas faire croire qu’ils n’ont rien écouté à ce qui se passait, et qu’ils sont vachement impliqués.
Il y a bien sûr le touriste, celui qui vient faire un tour à l’Assemblée en lisant son journal : les députés ont l’air d’affectionner particulièrement le Monde. Je leur conseillerais bien le 20 minutes qu’on chope à l’arrache avant de s’engouffrer dans une rame de métro bondée, qu’on feuillette pour faire un point sur l’actualité, et qu’on prend surtout pour ses mots croisés, ça fait passer le temps bien mieux qu’une lecture passive. Enfin j’dis ça, j’dis rien. Dans la série tourisme, je demande le retardataire. Non pas en retard à l’Assemblée (d’ailleurs vu le nombre d’absents je doute fort qu’ils connaissent la menace trop flippante de l’heure de colle au bout de trois retards non justifiés quand tu passes à la vie scolaire pour te faire signer ton carnet de correspondance… Conscience professionnelle : moins qu’un lycée, nous au moins, on avait une motivation) mais dans ses papiers. La caméra aime bien se faire intrusive dans la vie des politiques, c’est pourquoi on peut deviner le député à la bourre dans ses papiers, qu’il manie frénétiquement en essayant de retrouver la dernière facture téléphonique pour cacher la preuve de ses heures passées sur messagerie rose, à tel point qu’il en tombe une feuille ou deux qu’il s’empresse de ramasser, une goute de sueur au front. L’Assemblée, c’est pas de tout repos hein. Déco + : venez vous faire coacher par un de nos professionnels de la mode : le pin’s Mitterrand à la tête pixellisée sur fond bleu blanc rouge a l’air in à fond pour les amateurs de bon goût à l’hémicycle. Evidemment, mesdames les députées ont aussi droit à leur lot : deux d’entre elles ont l’air de franchement bien rire alors qu’un député PS prend la parole (les femmes sont plus discrètes que leurs homologues masculins, elles pratiquent entre elles une activité que toutes ont adoptée depuis belle lurette), elles languedeputent sur les dernières trouvailles de Barbie-sourire-Colgate-max-white-cristaux-et-blancheur-que-tes-dents-elles-brillent-de-ouf-en-moins-d’une-semaine a.k.a Ségolène R. Et d’autres tripotent leur Blackberry niou djénéraicheune : zut, ce soir, dernière saison de Déspérâte Aouswaivz et finale de la ligue 1. Va falloir la jouer finement pour voir si Susan va se marier avec Mike ou s’il va se rabattre sur Katherine : zat iz ze quaichtione.

Bien entendu, pour un peu de solennité, il convient d’évoquer les prestations oratoires tout à fait disparates. Et ce qui est bien marrant de constater, c’est que beaucoup d’entre eux ne sont pas bien meilleurs que nous au cours de nos exposés, voire carrément soporifiques (heureusement qu’il y a les éternels pas contents sinon ça serait carrément mortel). On ne lève pas les yeux de sa feuilles, on accuse, ou on fayotte – c’est selon – et ça tremble des mains pour une trop grande partie d’entre eux (on ne me fera pas le coup de la vieillesse). On retrouve aussi les provocateurs qui taclent, à la limite de la bienséance, et les poètes transis, qui dénoncent les grandes injustices sociales à coup de « ubuesque » et de « turgescent », allant du RSA au chômage, en passant par la prolifération des sangliers (VE-RI-DIQUE, d’ailleurs ses petits camarades se sont bien moqués de lui, y’a plus d’respect nulle part mes braves gens). Sur ce, les ministres arrivent comme des fleurs, avec des discours hyper bien rodés, genre j’ai réponse à tout et surtout à ce qu’on ne m’a pas demandé.
Au milieu de tout ça, la personne que j’admire le plus, c’est la madame en bas à droite de l’écran qui traduit en langue des signes en direct. Fidèle à son poste tous les mardis et mercredis.

Quand on a marre de réviser les déboires politiques de l’Amérique latine au XIXème, on se colle devant France 2 à regarder ceux de notre propre politique, on se poile bien en se disant qu’en 2011, ça se comporte toujours comme des animaux (ou des lycéens de 17 ans, c’est kiff kiff bourricot), et on écrit des grosses conneries  sur nos représentants méga balèzes qui préfèrent se fritter avec les ministres en leur disant que leur dernière décision, c’est rien que de la merde en boîte, plutôt que de proposer des solutions pour faire réellement avancer le schmilblick. Parce que, que ça vienne de la gauche ou de la droite, de toute façon, tout est bon pour critiquer, mais quand il s’agit d’agir, c’est le jeu du ah-ben-non-c’est-pas-moi-qui-ai-craché-dans-la-soupe-c’est-le-voisin. D’ailleurs, pour qu’on ne m’accuse pas de critiquer sans rien en retour, je propose de repeindre les murs en fuchsia, ça sera vachement plus gai, de laisser nos chers représentants venir en short de bain et en tongs, ils seraient bien plus détendus, et qu’on fasse venir un chauffeur de salle en début de séance, histoire qu’on ait moins l’impression que tout le monde s’emmerde grave.
Donc la morale de cette super histoire, c’est de ne pas réviser, on ne s’en portera que mieux.

Et comme l’aurait dit Mme C. *petit moment nostalgique de 3ème*, « may the force be with you my little  pioupious ».
Ce sera bientôt la fête du string à paillettes effet stroboscope pour nous.

1 commentaire

    C’est vraiment très bien écrit, très drôle, et ironiquement un peu vrai :)

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