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Incarner le centre et le rassembler : pas évident

« Il y a enfin un centre en France : un centre large, un centre fort, un centre indépendant » martèle François Bayrou, euphorique, au soir de l’élection présidentielle de 2007 où il a créé la surprise. Troisième homme avec près de 19% des suffrages, le leader de l’UDF entend incarner une nouvelle ligne politique, celle du centre. Il croit en une dynamique nouvelle qui sortirait la France du clivage classique et routinier droite-gauche. Sur la lancée de sa victoire, l’idée de remplacer l’UDF par un parti de masse rassemblant les forces du centre est impulsée par Bayrou et concrétisée par la création du Modem.

Mais voilà, cette décision déclenche une fracture au sein de l’UDF. Bayrou rompt avec la tradition de son parti mais également avec son passé de Ministre sous le gouvernement Balladur. En effet, l’Union pour la Démocratie Française créée en 1978 afin de soutenir le Président Valéry Giscard d’Estaing est un parti de centre-droit, de droite modérée amené à s’allier avec le Rassemblement Pour la République (devenu par la suite Union pour un Mouvement Populaire). L’ambition de François Bayrou se heurte ainsi au désaccord massif des cadres de son parti qui refusent de le suivre et se rallient au candidat UMP Nicolas Sarkozy. Par tradition mais aussi par intérêt.

L’extase aura été de courte durée. Et François Bayrou retrouve le chemin de la solitude. Celui qu’il avait apprivoisé lors de l’élection précédente où son score n’avait dépassé la barre des 7 %. Seuls quelques élus apportent leur soutien au Modem ce qui rend compliqué la construction d’un parti incarnant une véritable alternative. Le manque de leaders, d’implantation au niveau local comme national (seulement 4 députés apparentés) constitue un obstacle de taille à son affirmation.

Mais à ce problème, s’ajoute la trop forte personnalisation du parti. François Bayrou est seul en première ligne. Rares sont les apparitions d’autres représentants dans les médias, à l’exception, peut être de Marielle de Sarnez, vice présidente du Modem. « Monocrate » au sein de son parti, démocrate sur le plan politique, Bayrou s’apprête à entamer une troisième campagne présidentielle. Sa candidature semble s’épuiser dans les sondages ce qui déteint grandement sur le mouvement qu’il incarne.

Mais il reste au leader centriste un moyen de convaincre ses électeurs : le programme qu’il a pris le temps et le soin de préparer depuis plusieurs années. Plus que revendiquer le « ni droite, ni gauche », quelles sont les propositions du Modem pour 2012 ? Bayrou se présente tout d’abord, comme un candidat droit et sérieux, défenseur de la vérité en opposition au Président de la République dont le mandat a été entaché par nombre d’affaires. A travers 2012, Etat d’Urgence, livre qui témoigne de son engagement personnel publié l’été dernier, le leader centriste entend axer sa campagne sur deux priorités : la production en France et l’éducation.

Son premier objectif répond à un enjeu imminent : celui des finances publiques. A cet effet, Bayrou souhaite calquer sa politique sur l’exemple de l’Allemagne. Au plus bas dans les années 2000, notre voisin d’Outre-Rhin décréta l’état d’urgence sous la forme de l’agenda 2010 impulsé par Schroeder. Bayrou propose notamment d’encourager la production en France, en détruisant le barrage fiscal des moyennes entreprises créatrices d’emplois et créant un label comme il en existe pour le commerce équitable ou encore l’agriculture bio, plus de flexibilité dans l’embauche, enfin l’instauration de deux tranches imposables pour les revenus les plus élevés.

Il entend également « rendre à la France la meilleure éducation du monde », l’un des principaux thèmes de la campagne à venir. Une éducation de qualité n’a selon lui pas de prix. Etablir des programmes plus stables votés par le Parlement, un collège pas seulement unique mais permettant aussi des recours effectifs pour les élèves en échec scolaire, une terminale préparant l’Université, la transmission de l’expérience des enseignants qui réussissent. Sa capacité à convaincre une nouvelle fois les indécis se jouera au cours de la bataille des mois à venir. Toutefois, la multiplication des candidatures, en particulier au centre, brouille les pistes et rend difficile une percée de Bayrou.

Dimanche dernier, 27 novembre 2011, c’est Hervé Morin qui annonçait sa candidature à l’élection présidentielle, se posant comme le garant d’une « République exemplaire ». Mais sa candidature rencontre un faible écho dans l’opinion, créditée de seulement 1% des suffrages. Elle est déjà contestée au sein de son propre parti, le Nouveau Centre. Plusieurs ténors comme le ministre de la fonction publique, Christophe Lagarde, numéro deux, croient davantage au rassemblement derrière la majorité présidentielle et s’opposent à ce qu’il qualifie de « suicide politique ».

Le Nouveau Centre peine ainsi à être soudé, enfin tout simplement à exister. Il faut dire qu’il est devenu un véritable satellite de l’UMP, rongé par la tentation opportuniste. De plus, Morin n’a pas fait preuve d’un grand sens tactique. Il est resté au gouvernement sans broncher malgré les crises qui ont agité Nicolas Sarkozy et ébranlé ses valeurs républicaines. Aux moments de flirt avec l’électorat du Front National (évacuation forcée et bâclée des camps de roms en 2010) comme dans les affaires de financements supposés illicites (Betancourt, Woerth, Karachi) et des cadeaux adressés aux « amis du Fouquet’s », le représentant de la « République Exemplaire » est resté très discret.

Encore mois habile sur le plan tactique, Hervé Morin a quitté le gouvernement par la petite porte sans se démarquer de la ligne politique d’une droite dure. Il a fait, non seulement, le choix de partir au plus mauvais moment mais il a également manqué de courage, incapable d’affirmer et de montrer qu’une autre droite plus modérée pouvait exister. Le faible écho rencontré par sa candidature dans les sondages révèle donc aussi bien un manque de démarcation idéologique que des erreurs stratégiques.

Nombreux sont ceux se revendiquant du centre. Nombreux sont ceux qui s’y sont décrédibilisés. Cet article ne pourrait s’achever sans évoquer la fine comédie jouée par Jean Louis Borloo. Un jour potentiel premier Ministre, le lendemain démissionnaire et futur candidat à l’élection présidentielle, finalement brebis égarée bientôt ralliée. A l’inverse de Borloo ou Morin, la cohérence et l’indépendance de François Bayrou ne pourront lui être reprochées. Mais esseulé, sans mouvement de masse et sans élus pour le soutenir, la campagne s’annonce dure et longue, à moins que le seul vrai « centriste » tire profit de l’indécision des électeurs, comme en 2007.

En définitive, entre isolement et opportunisme, incarner le centre et le rassembler : pas évident.

3 commentaires

    Mais le « ni droite, ni gauche » n’est pas une idéologie et encore moins un programme. Les Français (ou plutôt les institutions de la Vème République) sont trop binaires pour appréhender l’essence du centrisme…

    En politique, il faut savoir catalyser et provoquer de nouvelles aspirations. L’élection est un éternel « re-enchantement ».

    Bref, le centre doit transcender les partis pour exister, chose, je vous l’avoue, peu réalisable à l’heure actuelle.

  • 2 remarques sur ce très bon article:
    - être « un vrai centriste » ne signifie pas être indépendant de la droite et de la gauche, comme entendu dans la dernière phrase. C’est une stratégie politique, celle de François Bayrou, qui, comme tu l’a bien souligné, est en rupture avec l’histoire de l’UDF et du centre en général, qui a toujours dû s’allier soit avec la droit, soit avec la gauche. Il n’y a donc pas de « vrai centriste », mais des centristes aux stratégies différentes. Et c’est bien là ce qui fonde la difficulté de rassembler le centre, comme l’atteste ta conclusion.
    - sur le terme « d’opportuniste », je serais plus nuancé. L’alliance avec la droite n’est pas de l’opportunisme, mais une tradition du centre dans une Vème république qui favorise le bipartisme. Comment le centre peut exister, donc, avoir une forte représentation au Parlement en étant en ne s’alliant ni avec la droite ni avec la gauche? C’est pourquoi l’idée de « transcender les partis politiques et créer un axe central » défendue par Bayrou est à mon avis sans issue. Arrivé au deuxième tour des présidentielles, Bayrou gagnerait, mais serait dans l’incapacité de former une majorité parlementaire et donc de gouverner. Et bien sûr de réformer les institutions pour favoriser le centre, à travers un vote proportionnel par exemple. Un président qui ne repose sur aucune légitimité parlementaire, ce n’est pas tenable.

    C’est pourquoi je suis plutôt favorable à un parti de centre clairement allié avec la droite, tout en restant indépendante et en compétition ouverte avec elle. C’est ce à quoi était parvenu Valéry Giscard d’Estaing, et c’est à mon avis le seul modèle valable sous la Vème République.

    Il faut donc attendre que Bayrou quitte le jeu politique et espérer voir resurgir une force qui réitérait l’effort de rassemblement autrefois achevé par VGE et l’UDF. Serait-ce l’Alliance Républicaine Ecologiste et Sociale? J’en doute… Mais attendons l’après 2012.

  • Timo, ton article me semble très bien mais je suis pas très d’accord lorsque tu dis que Bayrou est celui qui représente le mieux le centre par le biais du MoDem ou de l’ancien UDF. Historiquement, le seul vrai centre (à mon avis), n’est autre que le Parti Radical. Celui ci, depuis l’année dernière s’étant « retiré » de l’UMP et qui a pour leader Mr Borloo ne s’étant pas complètement « indépendantisé » du parti présidentiel vu que Jean Louis ne se présente pas aux élections (on lui a surement promis un bon poste ministériel…). Le Parti Radical n’étant plus ce qu’il était, on laisse place à des gars qui sont moins charismatique qu’une courgette (j’entends par là Morin et Bayrou)et qui se disent pseudo centristes alors qu’ils flirtent toujours avec la droite. Mais en accord avec Patrice (Léger), je pense que désormais il est difficile d’incarner un centre, et que celui ci est presque automatiquement associé à l’un de nos deux partis stars. Mais bon, vu les sondages qui affiche Bayrou désormais à plus de 13 % si je ne me trompe pas, peut être que tu vois juste en disant que le MoDem incarne le centre en France…

    PS: à quand un centre-gauche avec pour leader Manuel Valls !!??

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