L’Europe à l’heure du choix
Alors que nos chers politiques et autres décideurs sortent d’un été bien chargé, et que nous reprenons le cours de nos études, se dessine déjà un enjeu crucial pour l’avenir de la France dans l’Europe, et de cette même Union Européenne dans le monde. En effet, l’UE et plus précisément l’Eurogroupe, a été, conséquemment à l’inaptitude des dirigeants à prendre les décisions qui s’imposaient depuis presque un an, irrémédiablement fragilisé, comme l’explique bien mieux que moi Jacques Attali ici. Ces décisions de dernière minute nous ramènent à un problème fondamental qui secoue l’Union depuis Maastricht.
Le choix à faire est finalement assez simple : que désirons-nous, une Europe divisée, un Euro en pleine décrépitude sur le marché monétaire mondial, des pays en pleine débandade que leurs voisins et partenaires plus riches abandonnent aux charognards professionnels que sont les spéculateurs sur la dette souveraine ; ou bien l’avènement d’une véritable Union politique à même de prendre rapidement des décisions pour assurer la pérennité tant de ses membres que de l’ensemble, une Union au fonctionnement plus démocratique, à laquelle seraient délégués de nombreux pouvoirs aujourd’hui encore dévolus à des Etats dépassés sur la scène mondiale ?
Il me semble que si nous arrivions à nous départir de cette vision à court-terme qui obnubile tant la classe politique, la deuxième option s’imposerait d’elle-même. Certes, elle nécessiterait moult sacrifices et renoncements, l’abandon – partiel – du sacro-saint principe de « souveraineté nationale » au sens français, et probablement le largage en cours de route de nombre de pays récalcitrants ou non préparés à ce cheminement. Aux premiers rangs desquels la Pologne, le Royaume Uni ou la République Tchèque, eurosceptiques notoires qui entendent faire du rêve d’Union politique des pères fondateurs Delors ou De Gasperi un simple marché libre dont ils sauraient tirer profit sans avoir à s’engager, sur le modèle de l’ALENA défendue par les Etats-Unis. Ou encore des pays comme la Roumanie ou la Bulgarie, qui ne répondraient pas aux exigences économiques de cette nouvelle Union.
Attention ! Ne me taxez pas de protectionniste, ou « d’euro-nationaliste »… Il ne s’agit pas ici d’abandonner purement et simplement ces pays, mais de créer des niveaux d’intégration différents taillés dans l’Europe qui existe actuellement. Ce processus s’articulerait en deux phases :
- Premièrement, soumettre aux pays européens (proposition traduite par des référendums nationaux) un véritable projet de Constitution Européenne dotée d’un agenda contraignant les pays à progresser vers une véritable Union fédérale, avec transfert partiel de compétences nationales, au premier rang desquelles la Défense (projet avorté à plusieurs reprises au sein de la CEE). Cette Union serait également construite autour de la monnaie unique (Ceci permettrait également une flexibilité accrue de la politique monétaire autour d’une BCE qui pourrait être amenée à tenir un véritable rôle de « banque nationale », permettant une flexibilisation plus importante des cours de l’Euro selon la conjoncture au profit des pays membres.), l’Euro, avec donc une politique monétaire commune. Les pays acceptant cette réforme seraient alors classés en deux catégories, tandis que ceux la refusant catégoriquement s’exposeraient logiquement à un processus de désengagement progressif de l’Union.
- D’une part, nous aurions alors les pays directement, car déjà adeptes de l’Euro et prêts économiquement, prêts à fonder cette nouvelle union (typiquement, les 6 pays fondateurs de 1957 plus l’Espagne et les pays scandinaves) et d’autre part, ceux désireux de s’engager mais encore trop tendres pour ne pas mettre en danger les autres pays suivant ce processus. Ceux-ci seraient alors aidés par les pays du premier groupe dans le sens d’un développement progressif qui leur permettrait d’intégrer à moyen terme le premier groupe.
Ces idées et propositions éminemment vagues sont évidemment utopiques dans le contexte actuel, mais donneraient à mon sens un vrai coup de fouet à l’idéal européen tel qu’il était envisagé tant dans les années 50 que par les utopistes des siècles précédents. Celui-ci a en effet perdu de son éclat et même de son sens profond auprès des populations concernées à cause des souillures et compromissions qu’on lui a imposées, poussant ces mêmes populations à se tourner vers des tribuns populistes prônant un repli vers l’Etat-nation, ou pire, des partis extrêmes professant la haine de l’autre, et le repli total, phénomène dont la France et la Hollande par exemple sont des exemples criants avec la progression de partis tels que le Front National aux objectifs économiques caducs et délirants (retrait de l’Euro…).
De plus, cette construction permettrait véritablement à l’Europe en tant qu’entité politique de prendre un poids inédit face à la toute puissance américaine/anglo-saxonne, et d’exploiter plus efficacement les avantages économiques dont elle jouit encore. Ainsi, l’euro représente actuellement un tiers des réserves de monnaie dans le monde, est une monnaie objectivement solide, que les spéculateurs américains tentent de casser, comme le montre ce très intéressant article de Slate.fr, aidés en cela par le transatlantisme non-avoué de nombre de dirigeants de pays européens.
En somme, il est temps pour la France et l’Allemagne de reprendre conscience du rôle historique qu’elles ont à jouer comme moteurs européens et de progresser vers cet idéal fédéraliste, doucement mais surement.
Une montre intéressante de ce que pourrait devenir l’Union Européenne dans 10 ans est d’ailleurs l’expérience « Europe 2020 » menée par la Commission Barroso II.