Mural

Jouer sur la psychologie collective

Crédits photographiques: lezadig.com

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Le Mural relance son partenariat avec le journal du campus de Menton, le Zadig.

«Contrairement à ce que dit l’idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas. (…). Celles qui défendent la liberté, l’égalité et la fraternité nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique. En tout état de cause, nous devons protéger notre civilisation.». Civilisation? Il semble effectivement en être question, à entendre parler Claude Guéant. Liberté, égalité, fraternité : devise française érigée au rang de civilisation ? Ne lisons pas ces lignes avec méticulosité, vous pouvez même ajouter tous les mots y ressemblant de près ou de loin. Vous ne commettrez pas de faute majeure. Il parlera de « religion musulmane » peu de temps après. Tradition, culture, civilisation, religion… Notre potentielle imprécision ne serait qu’une négligeable gouttelette d’eau de plus dans un brouillard sémantique déjà répandu.

A l’inverse de certains interlocuteurs, nous ne pensons pas qu’il faille procéder à un éclaircissement sémantique des termes. Cela a peu d’importance. Cela est même dangereux, car ce discours prend l’allure d’un double piège. Le premier serait de nous pousser vers un débat dont Claude Guéant posa les termes au préalable. Nous rentrerions alors dans une compétition des civilisations, établirions les principes permettant de les classer pour ensuite aboutir à leur hiérarchisation. Le second serait de nous conduire à discuter de la terminologie des termes employés. D’aucuns s’attelleront à soulever les incohérences de son discours à la lumière du dictionnaire : qu’entend-on par « civilisation » ? Était-ce pertinent de recourir à un tel terme ? etc. Il est vrai que l’histoire des mots vaut presque autant que celle des hommes. Il pourrait être intéressant d’analyser les points communs et les évolutions du sens de « civilisation » de la Grèce antique jusqu’aujourd’hui, en passant par l’épisode colonial du XIXe siècle.

Néanmoins, l’essentiel serait tout d’abord d’inscrire ces propos dans une rhétorique établie par la droite, depuis plusieurs années déjà. Dans l’absolu, cela ne devrait pas susciter une telle polémique, au vu de ce discours que tenait auparavant Brice Hortefeux. Nous voyons s’opérer sous nos yeux une institutionnalisation d’un racisme mêlant xénophobie et arrogance, qui ne se préoccupe plus de dissimuler son agenda politique. Ministère qui pose par ailleurs une équation dont les composantes sont réorientées par le vent du « national-populisme » : laïcité + colonisation des rues par les prières + immigration + identité nationale + loi sur le niqâb + ethnicisation de la question sociale + l’accroissement du nombre de fidèles = Guéant résout l’équation par la « religion musulmane ». Nous disposons de l’essentiel de la rhétorique d’une droite qui adopte depuis quelques années une stratégie politique parfaitement ancrée dans l’ère du temps.

De plus, la femme serait donc l’outil sine qua non de l’évaluation qualitative d’une civilisation. Instrumentalisée à son insu, elle serait le nouvel outil permettant de mesurer « l’Indice de Développement Civilisationnel » : plus il y a inégalité entre l’homme et la femme, plus la civilisation en question est négligeable. Souvenez-vous maintenant de l’argument principalement avancé pour l’interdiction du port du niqâb : la soumission et l’indigne traitement réservé à la femme. Remarquez le lien qui unit ces polémiques passées. Vous l’aurez compris, cette rhétorique n’est pas nouvelle. Elle n’est pas propre à Claude Guéant, personnaliser ce discours serait donc une erreur. Si Claude Guéant est démis de ses fonctions aujourd’hui, un nouveau ministre issu des rangs de l’UMP aura recours à la même rhétorique le jour d’après.

L’analyse de ces propos ne porte pas d’intérêt en soi, c’est la visée politicienne derrière l’argumentaire qui est dangereuse. Il apparaît clairement que la droite actuelle surfe sur cette peur existante à l’égard du français de confession musulmane. Une véritable volonté de jouer sur la psychologie collective, en affirmant un peu plus, au fil des polémiques qui s’enchaînent, qu’il est légitime de s’interroger sur la loyauté des français musulmans. Ils représenteraient un danger contre lequel il convient de « protéger notre civilisation ». Un énième procédé marquant la frontière entre « nous » et « eux », pas vraiment français, pas vraiment européens. La banalisation de thèses extrêmes suit son cours, comme si l’amnésie historique s’était propagée aux plus hautes sphères de l’Etat. Il ne faudrait pas tomber dans le sentiment victimaire, mais en appeler aux principes que chérissent les citoyens français, musulmans ou non, ces principes qui n’ont ni couleurs, ni religions. Ce n’est pas une affaire islamo-islamique, il est question de citoyenneté et d’avenir. De notre avenir.

Dans l’attente d’une parole citoyenne universelle.

par Hamza El Hiyani,
étudiant en 3A au Caire

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