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Raspberry Pi, tournant dans l’ère de l’information ?

Fin février sera commercialisé le Raspberry Pi, un ordinateur qui fait grosso-modo la taille de votre carte de crédit et qui ne la débitera que de 25 dollars.

Le projet né dans la tête de Eben Upton en 2006 est ambitieux : construire un ordinateur aux dimensions, prix et spécifications limités, afin de permettre au plus grand nombre de s’initier à l’informatique. C’est dans cette optique qu’a été créé la Raspberry Pi Foundation.

Alors qu’il travaille aux admissions de Cambridge, Upton part d’une constat simple : dans les années 90, les étudiants qui cherchent à intégrer le département de Computer Science de l’illustre université ont tous une expérience de la programmation souvent à un niveau amateur. Depuis les années 2000, la tendance s’est inversée, et ils n’ont pour la plupart aucune compétence en programmation ; seuls quelques uns ont des bases en développement web.
Epiloguer sur les causes d’un tel phénomène serait vain, tant elles sont variées et complexes. Les nombreux bouleversements qu’a connu le monde de l’informatique dans les années 90 l’expliquent en grande partie : La disparition des archaïques Altair 8800, Commodore et consorts1 au profit de l’architecture PC avec l’OS de Microsoft. En bref, la fin de l’ère de la bidouille, la bidouille au sens noble, premier sens du terme hacking.
Depuis quelques années, on assiste à une vaste nomadisation dont les smartphones, réseaux sociaux et cloud computing sont les aspects les plus médiatisés. Parallèlement, pour les ordinateurs « traditionnels » se poursuit l’ancienne logique, suivant la sacro-sainte loi de Moore2, avec une course effrénée à la performance.

Deux choses semblent sûres dans ce monde en mutation : le prix doit être élevé, et le marché aux mains de grandes entreprises.

Le Raspberry Pi se pose à contre-courant de ces tendances. Il se base sur les dernières avancées en terme de dispositif mobile, se présente sous la forme de ce qui serait l’héritier de l’unité centrale que tout le monde a oubliée, et est -paradoxalement- portable. Enfin, il sera distribué à 25$ (ou 35 pour le modèle « haut de gamme », B sur le schéma ci-dessous), par une association à but non lucratif.

Sans faire le détail des caractéristiques techniques qui n’intéressent personne ici, vous récupérez un vieux clavier et une souris qui traînent, filez acheter un câble HDMI (ou RCA si vous avez une vieille télé cathodique), branchez tout ça, et vous avez un ordinateur opérationnel.

Et là, je vous vois venir, les deux ou trois qui n’ont qu’une envie, me dire « mais à quoi ça sert ton truc ? ». Alors je vais être patient et prendre 3 exemples d’utilisations potentielles.

L’ordinateur pédagogique

A un tel prix, le Raspberry Pi semble tout à fait adéquat pour remplir son objectif premier, à savoir offrir au plus grand nombre un accès à l’informatique, une informatique non aseptisée, qui ne se résume pas à Google-Facebook-Word (en ajoutant Powerpoint et l’ENTG pour les étudiants de Sciences Po). Il serait en effet accessible aux écoles primaires, souvent équipées sommairement ou archaïquement en matériel informatique. Et dans un monde où le micro-ondes, élément central du quotidien d’un étudiant, contient plus de technologie que l’ordinateur moyen d’il y a 30 ans, il semble aberrant que ledit étudiant ne soit pas foutu d’écrire une ligne de code.
Le Raspberry Pi serait donc la courroie de transmission bon marché entre le monde fermé des bidouilleurs et le grand public. Comprendre le fonctionnement général d’un système informatique -a fortiori connaître la logique générale de la programmation- me semble en effet aussi indispensable aujourd’hui que la maîtrise de Word ou d’un moteur de recherche.

Le mediacenter bon marché

Une autre utilisation qui peut être envisagée pour le Raspberry Pi est celle de mediacenter. C’est probablement celle que j’en ferai une fois l’objet acquis. Pour faire simple, vous y connectez votre disque dur externe sur lequel vous stockez toute votre musique, séries et films légalement acquis, vous le branchez sur votre télé, le connectez à votre réseau local, et le laissez branché en permanence, puisqu’il ne consomme que 2W.
Ensuite, depuis un autre ordinateur, vous pouvez le piloter pour lancer à volonté musique et films. Sans oublier la possibilité, puisque c’est un ordinateur et pas seulement un disque dur multimédia, de regarder directement des vidéos en streaming ou de télécharger directement du contenu. Et tout ça pour un coût bien moindre que l’ Apple TV, un ordinateur traditionnel connecté à un télé ou un disque dur multimédia.

Le serveur personnel

Enfin, la dernière utilisation est celle de serveur personnel. En effet, avec une consommation électrique très basse, un faible coût, auxquels s’ajoute le système d’exploitation (une distribution GNU/Linux), adapté pour le développement web, semblent faire du Raspberry Pi un candidat idéal comme serveur. Son propriétaire peut alors héberger son propre site internet, fichiers personnels, sans être dépendant de grandes entreprises. Et, à l’heure où la liberté sur Internet semble en danger, grâce aux formidables créations de nos gouvernants dont la stupidité se cache derrière des acronymes, l’idée que chacun puisse héberger son site internet ou partager soi même ses fichiers ne semble pas si mauvaise.

1 – Avant que l’architecture PC ne domine le marché de l’informatique dans les années 90, il existait de nombreuses architectures concurrentes, incompatibles entre elles, chacune ayant un système d’exploitation propre. Voir cet article d’Ars Technica pour un petit historique de l’ordinateur, la page 6 pour l’apparition du compatible-PC.
2 – La loi de Moore est une loi empirique émise par Gordon Moore (cofondateur d’Intel) et qui, dans sa version précisée de 1975, avance que la densité des transitors sur un microprocesseur double environ tous les deux ans.

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