Mural

Articles écrits par Anonyme

Je me souviens

Je me souviens d’une photo où deux têtes bouclées sur des carrés de couleurs se regardent et se découvrent. Une photo où les mains touchent la peau laiteuse et l’autre au niveau de la joue, au creux du sourire. Deux pairs d’yeux bleus, deux nez ronds et deux bouches roses, allongées côte à côte.

Je me souviens d’un lit moelleux, d’un hamac au soleil ou d’un matelas dans le jardin. Ils écoutent comme moi la voix de maman qui lit les Mille et Une Nuits, pour moi, rien que pour moi.

Je me souviens du miroir ovale qui se souvient d’une cicatrice sur le front, des cheveux lissés et des mots tracés au rouge à lèvres, mots d’adieu, d’au revoir, d’à bientôt.

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Faceless man

Je n’ai pas de visage. Je n’ai pas d’identité. Je n’ai pas de souvenir. Rien.

Pourtant. Pourtant. Pourtant mes pas suivent un chemin tout tracé. Ou plutôt mes pas se laissent importer, se laisse attirer vers l’objet de mon désir.

Pourtant. Pourtant. Pourtant je ne sais pas ce que je veux. Ce que mes pas cherchent. Ce qui attire mes pieds fatigués d’avoir tant marché. Tant marché pour n’être rien;

Pourtant. Pourtant. Pourtant, au passage j’emporte tout. En pensant que peut être ainsi dans le tout je trouverais ce que je veux, ce qui attire mes pas. Je prends tout à mon passage. Au risque de me perdre. Et parce que je me nourris de tout dans l’espoir de le trouver, je n’obtiens rien. Rien de rien.

Pourtant. Pourtant. Pourtant qui aurait pu dire qu’en ayant tout on n’a plus rien. J’aime tout ce que j’ai. Mais j’en suis profondément insatisfait car je n’ai pas ce que j’aime.

Pourtant. Pourtant. Pourtant peut-on dire que l’on aime ce que l’on ne connaît pas? Que l’on désire ce que l’on n’a jamais vu, sentis, touché,entendu, ou expérimenté sensorielle ment?

Et pourtant. Pourtant. Pourtant mon âme torturée, lassée, n’abandonne pas ses recherches.

Et pourtant. Pourtant. Pourtant mon cœur continue à soupirer, à se languir de ce qu’il anticipe déjà sans le savoir. Et de se languir il se meurt. Il se meurt la mort à l’âme comme un jour je mourrais de tristesse de n’avoir jamais trouvé ce que désespérément je cherchais.

Pourtant. Pourtant. Pourtant certains, beaucoup même, m’ont conseillé de ne plus chercher. Car à fouiller dans tous les coins ce que je ne connais pas… Je ne regardais plus disaient-ils, je ne voyaient plus disaient-elles ce qu’autrement j’aurais aimé. Oui, j’aurais aimé! Croyez le ou pas, j’aurais aimé. Mais mon cœur est un grand romantique: aimer ce qu’il trouve ne lui suffit pas il veut trouver ce qu’il aime. Pauvre cœur torturé. Pauvre naïf qui croit  aimer sans connaître l’objet de ses passions. Et à croire qu’il aime par avance un brouillard dans l’horizon, il reconnaît en chaque étranger, en chaque passant un inconnu qu’il croit aimer. Arrête de chercher m’a-t-on dit. Arrête cette quête insensée.

Et pourtant. Pourtant. Pourtant. S’ils savaient pourtant que ce n’est pas d’une quête désespérée que je souffre. Non, le mal-être n’est pas de là. Si mon cœur souffre c’est à cause d’un amour frustré. Frustré de ne pas avoir connu l’objet de ses pensées.

« Ta Petite Blonde Sexy »

Ta, je suis ta.

Je suis à toi ta tienne.
Comme une unité qui appartient au nombre supérieur, qui appartient au deux, aux deux. Attention… Un miroir brisé te montre la réalité… je ne suis pas, je ne suis plus. L’image brisée est éclatée, elle reflète mes « moi »  éparpillés, mon unité désintégrée, désagrégée. Je ne suis une qu’en étant tienne quand tous mes « moi » vont vers toi, convergent vers tous tes « toi » qui me reçoivent dans leurs bras. Et étant une je suis tienne car cohérente, je t’appartiens. Mes « moi » serrés dans tes bras se font petits, tout petits. Et ils se serrent contre ta peau, de peur de s’égarer, de s’éparpiller. Sans toi, mes « moi » éparpillés, mon unité égarée… Je suis moi ta tienne quand je suis à toi, contre toi.

Petite, je suis petite.

Je suis peu, petite.
Par ce que tu es grand… grand comme un tout. Le tout unique de ta petite moi. Alors pour me blottir contre toi, mon moi rétrécit pour trouver les meilleurs endroits où se cacher et se nicher en toi. Je suis petite car avec toi je ne suis plus toute moi. Je deviens une partie de mon anatomie… Je suis ma main que tu tiens dans ta main ou qui courent sur toi. Je suis mon doigt dans tes cheveux ou dans ta bouche. Je suis ma langue contre la tienne. Je suis mon sein que tu caresse. Je suis cette partie de moi qui te sens, te touche, t’entend.

Blonde, je suis blonde.

Je suis blonde plutôt rouillée.
Je suis une blonde ex-brune. Le sel de nos larmes mélangées et le soleil de nos jours heureux ont blondit mes cheveux. Je garde chaque rayon de ta lumière dans mes boucles éblouies et désordonnées. Chaque caresse est précieusement conservée, dans mes cheveux oxydés, dans le registre des jours blonds de ta petite moi.

Sexy, « Tu es sexy ».

Ça, c’est toi qui le dit,
Quand je joue à être ta petite blonde sexy.

Des professeurs absents…

Sur les marches des escaliers, les étudiants se sont étalés. Comme un tapis multicolore déroulé qui descend les escaliers, préparant l’arrivée d’un important invité.
Quand on se penche du haut de l’escalier du deuxième étage de Sciences Po, on peut voir tout le monde monter.

Certains montent les marches quatre à quatre.

Du haut, on a presque l’impression qu’ils les avalent d’une grande enjambée.

Certaines du rythme de leurs talons, marquent leur ascension.

Du bas, le tac tac prétentieux martyrise les tympans sensibles et le bois de l’escalier.

Certains,

par
le
poids
de
leur
sac
entraînés,

défient
ardûment
l’imposante
loi
de
la
gravité.

De
tous
côtés,
ils
ont
plutôt
l’air
de
tomber.

D’autres guillerets ou pressés…

…Montent les escaliers.

Seuls ou accompagnés…

…Montent les escaliers.

Endormis, yeux cernés ou au beurre noir…

…Montent les escaliers.

De côté, vers le haut ou [vers]le bas…

…Montent les escaliers.

Mais depuis dix minutes déjà, plus personne…

…Ne monte les escaliers.

Du haut des escaliers, on commence à s’ennuyer. Les quinze premières minutes passées, on n’a plus rien à se raconter. Toutes les vacances y sont passées, mais on a beau implorer les escaliers, la professeur attendue n’est toujours pas arrivée.
Certaines convictions sont inébranlables. Un professeur, même dans son absence apparente, est présumé présent par l’élève, jusqu’à  preuve formelle, inébranlable et incontestable du contraire. On remarquera qu’ironiquement, la réciproque est fausse. A savoir que le professeur n’aura aucun mal à admettre que l’élève est absent, même dans le cas où celui-ci, présent, n’a pas tout simplement pas entendu son nom à l’appel à travers le brouhaha confus des débuts de cours. En clair, un élève qui aura mis une demi heure, voire plus, à considérer l’éventuelle possibilité d’une hypothétique absence du professeur sera lui-même par celui-ci constaté, admis, inscris, déclaré et enregistré comme absent un moins d’une demi-seconde de temps.
Cette remarque n’est pas innocente. Elle permet au narrateur de justifier la persistance des élèves, au bout de la demi-heure précitée, persistance donc d’espérer la venue improbable de celle qui deviendra l’éternelle absente.

« Peut-être… peut-être est-ce un exercice… Genre au bout d’une heure elle arrive et elle nous demandera de raconter l’attente… »

Temps de réflexion. Silence brisé qui meurt déshonoré par une onomatopée [a-t-on idée de tuer pour une onomatopée ?].

« Heeeeeeeeeeeeuuuuuuuuuuu…. ouais… »

Vite fait quoi. On en attend toujours trop des [les ?] professeurs. Mais bon, mieux vaut attendre et espérer qu’attendre et désespérer.

CONCLUSIONS

« Le professeur ne sera pas en mesure de dispenser les cours » … L’administration promet de nous tenir informés. Insouciants, innocents qui vous en remettez aux mains des faiseurs de papiers compliqués, sachez dorénavant vous en méfiez.

Anonyme

Le reveil

Tu le connais, ce sentiment.
Tu la vis quotidiennement, cette frustration.
Tous les matins, tous les maudits matins, ce même mouvement agaçant. Insupportable. Intolérable. Inévitable. Ce stupide réflexe primaire. Et si? … Oui pourquoi pas… Et si on se mettait tous d’accord et on faisait comme si rien ne s’était passé? On l’ignore et c’est tout! Enfin, faudrait d’abord mettre tout le monde d’accord et trouver un moyen, mais bon, soyons fous… oui! Laissez-moi imaginer qu’un matin on n’ouvre plus les yeux. Ce mouvement vers le haut des paupières qui, à chaque fois, fait voler en mille éclats les illusions bercées par la nuit.

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