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	<title>Journal Mural &#187; Bouthaïna Harfi</title>
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		<title>Des talons hauts</title>
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		<pubDate>Wed, 24 Feb 2010 18:53:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>pedro</dc:creator>
				<category><![CDATA[Conférences]]></category>
		<category><![CDATA[Récits]]></category>
		<category><![CDATA[Bouthaïna Harfi]]></category>

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es talons hauts, un tailleur blanc immaculé, une taille fine, des cheveux longs, bruns, impeccables. Cette voix, un peu grave, ces quelques traits qui la trahissent, qui font, trop souvent peut-être, se retourner le passant. Ce visage enfin, portant les marques de ces longues années de lutte, conséquences du choix d’une vie, d’un rôle difficile [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.journalmural.com/wordpress/wp-content/uploads/2010/02/4095615097_afed093bfb.jpg"><div class="inforight"><p></a><a href="http://www.journalmural.com/wordpress/wp-content/uploads/2010/02/6-la-bonne.jpg"><img class="alignnone size-Boite wp-image-2192" title="6 la bonne" src="http://www.journalmural.com/wordpress/wp-content/uploads/2010/02/6-la-bonne-200x266.jpg" alt="" width="200" height="266" /></a></p>
<p><strong>Conférence: </strong><em>La qualité de vie des transgenres et des transsexuels dans tout ses aspects</em><em>, </em>par Mónica LEÓN.</p>
<p>Votre avis sur la conférence:</p>
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<p><a href="../wp-content/uploads/2010/02/4095615097_afed093bfb.jpg"></p></div></a></p>
<span class="first">D</span>
<p>es talons hauts, un tailleur blanc immaculé, une taille fine, des cheveux longs, bruns, impeccables. Cette voix, un peu grave, ces quelques traits qui la trahissent, qui font, trop souvent peut-être, se retourner le passant. Ce visage enfin, portant les marques de ces longues années de lutte, conséquences du choix d’une vie, d’un rôle difficile à assumer dans une société encore agressive à la question  transsexuelle.</p>
<p>Femme dans un corps d’homme, Monica León, autrefois &#8211; dans une autre vie -  Benito Martin León, est née en 1975, à Salta dans une petite ville du Nord-Ouest de l’Argentine. Alors qu’elle a quatre ans, elle est abusée sexuellement par le voisin de son père. Elle le sera de nouveau à 10 et 12 ans. Déjà, arrive l’adolescence, accompagnée de sa familière vague de mal-être, et le courage d’avouer à Papa et Maman que non, elle ne se sent pas homme, qu’elle est, viscéralement, femme. La réaction ne se fait pas attendre, face à des parents prêts à accepter un Benito homosexuel, mais pas travesti, c’est la fin de la vie de famille pour Monica, exclue comme elle le dit, « du noyau familial ». A 15 ans, la voilà dans les rues, prostituée. Dans les rues de sa ville d’abord, puis dans les quartiers de Buenos-Aires, où elle vit pleinement son identité féminine. Son métier aussi, qu’elle assume et, pour ne pas changer, revendique. Une identité tout de même pas toujours facile à vivre. A plusieurs reprises, elle est arrêtée par les autorités, et violée, comme si elle avait été mise au monde pour la révolte. Puis elle apprend, par des infirmières peu respectueuses de ce principe dérisoire qu’est le secret médical, et en compagnie du reste de la salle d’attente, qu’elle est séropositive. Elle a 19 ans.</p>
<p>Tout cela, elle nous le confiera en Bolivar.</p>
<p><span id="more-2191"></span></p>
<p>Une vie qui fait d’elle une femme aux multiples identités, semblant concentrer en elle celles qui, au sein de cette société, sont difficilement intégrées. Une femme transsexuelle, prostituée et séropositive, se revendiquant comme « un individu de sexe masculin et d’identité féminine », répondant ainsi à tous ceux s’étant posée l’inévitable (et indiscrète) interrogation « Mais est-ce qu’elle à un… ? ». Oui. Et alors ?</p>
<p>Transgenre ? Transsexuelle ? Militante avant et contre tout. Pour la reconnaissance du transsexuel(lle) en tant que citoyen(ne) normal(e), pour la reconnaissance du droit au travail sexuel aussi. Membre de la Asociación de Travestis y Transexuales de Argentina (ATTA) en 1993, puis de la Organización de Travestis de la República Argentina (OTRA) en 1994. Une vie pas comme les autres, une lutte pas comme les autres, contée dans son film-documentaire, Hotel Gondoline, réalisé en 2005. La première partie de la conférence fut occupée par la projection de son film-documentaire réalisé en 2005, ébauchant douloureusement la vie d’un groupe de prostituées trans dans ce petit hôtel abandonné.</p>
<p>Une conférence qui aura plus des airs de témoignages, de confessions, de découvertes d’une cause encore méconnue, ignorée aussi, par notre société. La visualisation du documentaire ne se fait pas sans stupeur, et une certaine désolation, une gêne peut-être, s’installe dans la salle. Parce que les images sont dures, et que notre ignorance, devrais-je dire indifférence, ne nous a pas habitué à côtoyer cela. Parce que le documentaire montre ces femmes, rejetées par une société qui ne les accepte pas. Une petite heure au cours de laquelle aucun détail de leur dure vie ne nous sera épargné, la drogue, le travail nocturne, les problèmes d’hygiène, la tuberculose, et la mort qu’elle causera à près d’une dizaine d’entre elles, la lutte, toujours plus forte, pour une reconnaissance sociale, politique, et juridique.  Lorsque le film s’achève, l’émotion est palpable, et c’est une Monica au bord des larmes qui prend le micro, prête à répondre aux soixante-dix personnes – ébahies, avouons-le – installées en face d’elle. Elle expliquera la discrimination, la stigmatisation, l’énergie qu’elle a investie dans la lutte pour la conscientisation,  « pour l’éducation », dira-t-elle de l’Etat argentin, nous contera ses projets, sa prostitution, partie intégrante de sa vie, bien qu’elle ait d’autres objectifs. Suivre les cours de droits sur les bancs de la Sorbonne par exemple, à laquelle elle postulera l’année prochaine.  Cette passion aussi, pour cette matière, principal outil de lutte. Le long refoulement de son identité, jusqu’à son acceptation, et sa revendication. Sa nouvelle vie à Neuilly, et au bois de Boulogne, où elle passe de nombreuses nuits. Sa haine, aussi, pour toutes les formes de dénigrement de son identité –on percevra la tension qui l’anime quand elle évoque l’Eglise, et surtout celle qu’elle nomme « la communauté musulmane ».</p>
<p>Et l’Argentine ? Malgré son exil, elle ne l’oublie pas. Elle s’y voit dans quelques années, lorsqu’elle aura acquis une connaissance suffisante du droit, plus dans le rôle de simple militante, en tant que représentante politique peut-être. Quoi de plus fabuleux pour celle qui, il y a encore quelques années, n’avait pas le droit de circuler dans certaines rues de Buenos-Aires?</p>
<p style="text-align: right;">Bouthaïna Harfi pour le projet collectif <em>Esprits Libres</em></p>
<p style="text-align: left;">Photo:<em> </em>denis.todoryt (CC)</p>
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		<title>Entre action humanitaire et impérialisme</title>
		<link>http://www.journalmural.com/2009/10/entre-action-humanitaire-et-imperialisme/</link>
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		<pubDate>Sun, 18 Oct 2009 12:54:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Webmaster</dc:creator>
				<category><![CDATA[Conférences]]></category>
		<category><![CDATA[Bouthaïna Harfi]]></category>

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		<description><![CDATA[
Rony Brauman
Conférence : Droit d’ingérence, action humanitaire.
Photo : David Monniaux (CC)
Votre avis sur la conférence :


Lorsque Rony Brauman, directeur de 1982 à 1994, de l’association Médecins Sans Frontières annonce qu’il tiendra une conférence dans notre campus poitevin, sa venue ne passe pas inaperçue. C’est donc sans surprise que ce mercredi 7 octobre, en m’installant sur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="inforight"><img src="http://www.journalmural.com/wordpress/wp-content/uploads/2009/10/rony.jpg" alt="" /></p>
<p><strong>Rony Brauman</strong></p>
<p>Conférence : Droit d’ingérence, action humanitaire.</p>
<p>Photo : David Monniaux (CC)</p>
<p>Votre avis sur la conférence :</p>
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</div>
<p><span class="first">L</span>orsque Rony Brauman, directeur de 1982 à 1994, de l’association Médecins Sans Frontières annonce qu’il tiendra une conférence dans notre campus poitevin, sa venue ne passe pas inaperçue. C’est donc sans surprise que ce mercredi 7 octobre, en m’installant sur l’une des rares chaises encore disponibles de l’amphithéâtre Bolivar, je constate l’intérêt et l’excitation qu’une telle venue a suscité.  Peut-être même une certaine tension. Pas de doute, cette conférence promet d’être intéressante.</p>
<p><strong>« Droit d’ingérence, action humanitaire » </strong></p>
<p>Car si le personnage est culte, le thème de la conférence nous laisse pour le moins sceptique. Sceptique également je suis lorsque j’aperçois que le conférencier ne s’est pas déplacé seul. Le Comité France-Palestine, présent également, se charge de la promotion de ses ouvrages, et surtout, d’introduire le célèbre médecin. Ainsi, lorsqu’un représentant du Comité pro-palestinien, débute la conférence, le thème de la conférence demeure aux yeux de tous quelque peu ambigu. Il est vrai, la Palestine représente un laboratoire intéressant dans l’observation de l’avancée du droit humanitaire. Mais c’est avec une certaine retenue que Mr Brauman reprendra la parole, tout en prenant soin d’établir une distance entre lui et les propos pour le moins catégoriques tenus par un des membres du comité.</p>
<p><span id="more-709"></span></p>
<p><strong>« L’ingérence humanitaire est l’autre nom de l’impérialisme »</strong></p>
<p>La notion de droit d’ingérence fut introduite dans la fin du XXème siècle, au sortir de la Guerre, à des époques où la détresse humaine avait fait naître chez les nations dites « développées » une forme de « devoir moral ». Le leitmotiv ? Celui de s’ériger contre l’impunité de certains gouvernants, et l’indifférence parfois (trop) notable de la communauté internationale. Germa ainsi de cet altruisme un nombre incalculable d’ONG. Certains parleront même avec ironie de culpabilité, voyant dans leur création un relais à la « mission civilisatrice de l’Occident ». Aujourd’hui, leur existence est précieuse.</p>
<p>Cependant, la distinction entre l’action humanitaire, et l’action politique a le mérite d’être faite.  Alors que les considérations de realpolitik, sont souvent celles qui déterminent le contenu du droit international, l’Etat n’est par définition, pas voué à mener quelconque action humanitaire s’il n’a pas d’intérêts à défendre. Ainsi, au cours de l’histoire, de nombreux évènements, tel que le bombardement de la Yougoslavie le 24 mars 1999 – décrété au nom de l’ingérence humanitaire -  laisse planer le doute sur la légitimité du droit d’ingérence. L’urgence qu’exigent la misère et la détresse vécue par les populations civiles viennent alors légitimer certaines actions peu enclines au respect des droits fondamentaux.</p>
<p>Comment défendre, tout en gardant un semblant de crédibilité, l’acte humanitaire si ce dernier n’est pas effectué dans un contexte pacifique ?</p>
<p>La question de la légitimité du droit d’ingérence est donc pertinente. L’opinion de Mr Brauman à ce sujet est d’ailleurs, catégorique.</p>
<p>Cette  « responsabilité de protéger » &#8211; expression qui donna d’ailleurs son nom à un document adopté par l’Assemblée nationale des Nations Unies à l’occasion des soixante ans de l’Organisation des Nations Unies – responsabilité fut souvent perçue comme une forme d’impérialisme. Interprétation cohérente ? Au cours des deux derniers siècles, la protection des forts sur les faibles, même si elle rassemblait nombre d’initiatives vertueuses, a donné lieu à des passages noirs de l’histoire.  Si les deux derniers siècles (pardon pour les récurrents rappels historiques) témoignent d’une quête de légitimation de l’interventionnisme, l’impérialisme connut ses heures de gloire. Le processus de colonisation par exemple, et la mission civilisatrice à laquelle il est assimilé, fut accompli au nom d’impératifs moraux. Cependant, « il n’y a pas lieu de juger l’histoire ».  Aujourd’hui, les crises humanitaires, de même que les guerres dites « préventives » peuvent tendanciellement renvoyer à cette mission sacrée, les « Occidentaux » (n’ayons pas peur des mots), étendant sans cesse leurs zones d’influence politique et économique. Se basant sur ces arguments, il est aisé, voire évident d’établir un lien direct entre ingérence et domination des puissants.</p>
<p><strong>« Un interventionnisme drapé dans un manteau de vertu humanitaire »</strong></p>
<p>Le Nord semble d’être dressé un cadre se voulant « civilisateur », venu apporter une – bonne – justification à cette ingérence dite humanitaire. Le fiasco en Irak depuis 2003 témoigne parfaitement des conséquences désastreuses possibles à l’interventionnisme. Un modèle, des valeurs démocratiques ne sauraient être sujettes à l’exportation.</p>
<p>Aider les Etats détruits à se relever, offrir aux peuples démunis, permettre les missions humanitaires, aussi longtemps que possible. Mais laisser ces peuples construire leur propre histoire, établir les propres bases de ce qui, dans cinquante, cent, ou deux cents ans sera un régime durable. Laisser aux peuples opprimés l’opportunité de créer l’unité, leur Nation. On n’instaure pas un gouvernement démocratique, on le crée, on l’adapte à une culture, à une idéologie propre, de manière à créer un régime politique cohérent.</p>
<p style="text-align: right;">Bouthaïna Harfi<br />
Photo : Martine Perret (CC)</p>
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