Articles écrits par Raphaëlle Sardier
Photo : Maxime Marais (Creative Commons).
S’il ne s’agissait pas d’une conférence en bonne et due forme, il n’empêche qu’elle a ouvert des perspectives qui sont trop souvent inconnues du public. Dans le court laps de temps qui leur a été accordé, les membres de la Cimade¹ ont soulevé plusieurs problématiques liées à ce qu’on appelle l’immigration « clandestine² ». Un petit retour (engagé) sur leur intervention.
On assiste depuis déjà un certain temps à une radicalisation de la lutte contre les ESI, autrement dit les « Étrangers en Situation Irrégulière ». On les oppose aux gentils migrants légaux, on les diabolise, on les accuse d’envahir la France et de profiter d’avantages en tous genres. Oui, c’est un discours que l’on peut entendre lors des JAPD (le soi-disant parcours de « citoyenneté »), ici même, à Poitiers, sortant de la bouche d’un gendarme. Ou encore dans une discussion de deux vieilles dames dans un TER Poitiers-Limoges. Le gouvernement a voulu justifier sa position en affirmant que lutter contre les illégaux, c’était protéger les légaux. Sauf que ce manichéisme est plus qu’éloigné de la réalité : ces deux catégories ne sont pas étanches et il arrive souvent qu’une même personne circule de l’une à l’autre.
En clair, il faut lutter contre ces méchants clandestins qui souhaitent naïvement trouver une vie meilleure. Tout est allègrement mis en place par un gouvernement qui souhaite rallier les électeurs d’extrême droite à sa cause. On a donc instauré des centres de rétention, où l’on enferme les clandestins en attendant de pouvoir les expulser dans la joie et la bonne humeur. Non non, nous dit-on, ces centres ne sont pas des prisons. En parallèle, les conditions de vie sont difficiles et précaires, comme on peut le voir dans le film Welcome et avec la fameuse « jungle » de Calais, régulièrement mise à bas de façon extrêmement délicate par les autorités. Sans compter le blocage administratif permanent et la volonté d’intimider les « délinquants solidaires ». Mais jamais au grand jamais les institutions n’acceptent d’assumer la responsabilité de cette situation : c’est toujours la faute de l’autre, de la loi, du gouvernement, du Père Noël.
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Les Ponts de Florence, Italie
Photo: okkiazzurri (CC)
Loin de moi l’idée de m’ériger en critique littéraire. Si ce roman a des défauts et s’il ne restera pas dans l’Histoire, maalech, peu m’importe. Dans cet article se trouve juste l’envie de vous faire découvrir un livre ensorcelant, captivant, au réalisme presque palpable.
XVIe siècle. Il était une fois un jeune homme blond en route vers l’Orient. Changeant d’identité comme de chemise, il se dit être le fils de l’Enchanteresse de Florence, une des plus belles femmes que le monde ait connu. Voyageant par monts et par vaux, toujours paré de son manteau aux mille cachettes, il fera des rencontres qui marqueront sa destinée. Ayant échappé à la mort in extremis sur un bateau anglais, il finit par arriver dans le royaume d’Akbar, le plus grand roi Moghol, pour lui raconter sa fabuleuse histoire…Et l’empereur, qui n’est pas un cuistre, l’écoutera avec délice. Lire la suite »

Conférence : Le Golem, ou pourquoi il est impossible d’écrire un livre, par Alberto Manguel. Photo : Grumpel (CC).
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« Nous pouvons mentionner ou évoquer, mais jamais exprimer » (José Luis Borges)
Première affirmation déstabilisante : il est impossible d’écrire un livre. Pourquoi donc ? A cause du langage. Pour Alberto Manguel, il ne s’agit pas de nier l’existence de la littérature, mais d’expliquer les difficultés et les déceptions qui en découlent. L’écrivain se heurte tout d’abord à son imagination, qui se révèle être plus ou moins fertile selon les heures. Mais il doit aussi faire face à la difficulté de la concrétiser par des mots. A l’image des récits bibliques, l’écrivain est tiraillé entre deux forces : il a le pouvoir de créer une réalité parallèle grâce au langage, mais le résultat ne sera jamais à la hauteur de ses espérances. Autrement dit, écrire frustre.
De là naît tout le questionnement sur le langage et sur son rapport à la réalité. Peut-on changer le monde grâce aux mots ? Est-il possible de créer du réel à partir du langage, comme pourrait nous le faire penser l’histoire du Golem ? Cette légende du XVIIIe siècle, c’est celle d’un rabbin qui, dans un ghetto de Prague, décide de protéger les juifs des pogroms. Pour cela, il modèle une créature en argile et la rend vivante en lui inscrivant le mot « Vérité » sur le front : le Golem est né. Mais un jour celui-ci devient fou, et le rabbin prend la décision de le détruire ; une fois de plus, il se sert du langage. En enlevant la première lettre du mot « Vérité », ce mot deviendra, en hébreu, le mot « Mort ». Brève illustration symbolique du pouvoir des mots.
Mais si le langage est puissant, il résiste aux simples mortels, il leur échappe. Borges lui-même était convaincu qu’il ne pourrait qu’être un « faiseur plus ou moins médiocre de phrases ». Qui n’a jamais été frustré de ne pas pouvoir exprimer une idée conformément à son souhait ? Pour contrer ce problème, certains ont décidé d’inventer des mots. D’autres ont préféré écrire des poèmes faits d’onomatopées. Ce n’est pas forcément très convaincant, mais comme dirait Roosevelt, « c’est dur d’échouer, mais c’est pire de n’avoir jamais essayé de réussir ».
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Conférence: Freud y Stalin en México, par Ruben GALLO.
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Pardon ? Qu’est-ce qu’ont à voir Sigmund Freud et Joseph Staline ? Qui plus est, au Mexique ! Le titre de la conférence avait de quoi déconcerter, et c’est donc relativement sceptique que je me suis installée en amphi Bolivar.
Ruben Gallo est actuellement professeur à Princeton ; il était venu à Sciences Po pour donner une conférence sur le sujet de son nouveau livre, Freud in Mexico: The Neuroses of Modernity. L’enjeu était à la fois d’analyser qu’elle avait été la réception de Freud au Mexique et quelle idée Freud se faisait du Mexique. Et c’est en examinant sa bibliothèque que des pistes se sont ouvertes. En effet, pas d’histoires du Mexique ou de livre sur les Aztèques chez le père de la psychanalyse. En revanche s’y trouvait un ouvrage pour le moins surprenant : Derecho Penal Mexicano, de Raúl Carrancá y Trujillo, 1937. Après une petite enquête, Ruben Gallo trouva que Carrancá, juriste mexicain, était très peu connu (voire inconnu) dans le milieu universitaire. Pourquoi ce livre se trouvait-il dans la bibliothèque de Freud ?
C’est en se penchant sur l’auteur que l’on comprend le lien entre Freud et le Mexique. Carrancá avait la certitude que l’on pouvait améliorer la criminologie grâce à d’autres sciences. Il pensait donc que le juge pouvait s’appuyer sur des concepts de sociologie, de médecine, de psychologie…et de psychanalyse ! Carrancá a donc appliqué les théories de Freud pour essayer de cerner l’inconscient des accusés, de façon à identifier leurs névroses et déterminer leur peine en fonction de son diagnostic. Il a d’ailleurs publié quelques plusieurs articles sur le sujet dans les années 30, en envoyant même un à Freud qui lui répondit avec enthousiasme.
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Depuis ses débuts, la Guinée n’a pas connu des jours faciles. Le pays qu’on appelait « les Rivières du Sud » deviendra colonie française en 1891 et prendra le nom de Guinée (ou Guinée Conakry). Elle n’obtiendra son indépendance qu’en 1958, en refusant courageusement la proposition du général de Gaulle à propos de l’intégration des colonies au sein d’une « Communauté française ». Mais si le pays est désormais libre, la France décidera de lui faire payer cher sa décision : si elle ne s’y opposera pas militairement, les relations économiques et politiques seront rompues. La France retire immédiatement toutes ses installations, à savoir armée et fonctionnaires, ainsi que tout soutien économique. La Guinée, jeune pays libre, sera fragilisée par le départ des organismes « structurants » qui auraient pu garantir la stabilité. Les relations avec la France sont tendues, des tentatives de renversement et d’assassinats de Sékou Touré sont organisées. On connaît la suite : un régime qui se durcit, avec répression violente et corruption à la clé.
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Photo : US Army (CC)
L’idée d’une négociation avec les talibans fait petit à petit son trou : elle était un des sujets de discussion de la Conférence internationale sur l’Afghanistan, le 28 janvier dernier. L’idée n’est pas nouvelle. Elle avait déjà été proposée en 2006 : une tentative d’entrer en contact avec les talibans avait été effectuée par Michael Semple et Mervyn Patterson, respectivement fonctionnaires de l’Union Européenne et des Nations Unies. Toutefois, la démarche avait échoué : suite à des pressions nord-américaines, le gouvernement afghan les avait tous deux expulsés, pour avoir communiqué sans autorisation avec un groupe terroriste. Mais elle semble aujourd’hui la seule sortie possible au conflit.
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Photo : Christian Mathelitsch (CC).
« Parler de couleur rouge est un pléonasme. Le rouge est la couleur par excellence [...] la première de toutes les couleurs »
Michel Pastoureau, Dictionnaire des couleurs de notre temps, 1992
Non, ce n’est pas de la propagande pour le Parti Communiste. Juste le nom d’une exposition aux Arts Décoratifs, qui retrace l’évolution du rouge au fil des siècles. C’est une série d’objets disposés les uns à côté des autres, parfois de façon inattendue (un vieux tableau du Pape côtoie un fauteuil plutôt moderne…) : des objets rouge cerise, rouge sang, rouge feu, et j’en passe.
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L’utilisation de la violence politique en Colombie n’est certes pas un fait nouveau : celle-ci, structurelle, existe depuis les années 40, au moment où les deux partis politiques principaux (le Parti Libéral et le Parti Conservateur) furent créés. C’est depuis une constante dans l’histoire colombienne, et notamment avec l’apparition du conflit armé, auquel participent guérillas, paramilitaires et gouvernement colombien.
Mais avant tout chose, il faut parler de ce qu’est la violence politique. Celle-ci n’est certes pas intrinsèque à la nature humaine. Pour rester dans le général, on dira qu’elle relève plus d’une stratégie politique, qui utilise la violence de façon préméditée, avec une fin bien déterminée, le tout saupoudré d’une idéologie spécifique. Ainsi, la violence politique est un moyen de dominer les autres et d’établir (ou préserver) un ordre social déterminé, en la justifiant par un système de valeurs spécifiques.
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Rosa rosa rosam
Rosae rosae rosa
Rosae rosae rosas
Rosarum rosis rosis
C’est le tango du temps des zéros
J’en avais tant des minces des gros
Qu’ j’en faisais des tunnels pour Charlot
Des auréoles pour saint François
C’est le tango des récompenses
Qui allaient à ceux qui ont la chance
D’apprendre dès leur enfance
Tout ce qui ne leur servira pas
Mais c’est le tango que l’on regrette
Une fois que le temps s’achète
Et que l’on s’aperçoit tout bête
Qu’il y a des épines aux Rosa
(Jacques Brel, Rosa, 1962)
Des déclinaisons à n’en plus finir, des verbes à la fin des phrases, la longueur décourageante des définitions du Gaffiot¹… De tous ceux qui ont fait du latin, qui ne s’est jamais arraché les cheveux devant une phrase sans queue ni tête ? Devant un poème alambiqué de Virgile ? Défendre le latin peut donc paraître quelque peu saugrenu : quelle idée farfelue d’étudier une langue morte, en plus de deux langues vivantes ! Le latin est d’ailleurs attaqué de toutes parts comme étant une langue compliquée, dépassée et élitiste.
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La polémique autour de Jean Sarkozy donne décidément de l’imagination au gouvernement. Il semble en effet estimer que la possible (et probable) élection de Jean Sarkozy à la présidence de l’EPAD ne présente aucun problème particulier. Or, premier problème, il est tout de même le rejeton du chef de l’État ; et si a priori il n’est pas seul à avoir des parents influents, cela soulève tout de même la question de savoir s’il ne bénéficiera pas excessivement de cet avantage. Par ailleurs, s’il était diplômé, qualifié, brillant, pourquoi pas. Sauf que Jean Sarkozy n’a pour l’instant que son bac, puisqu’il a abandonné sa classe prépa et prend actuellement racine en licence de droit suite à deux redoublements.
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