Mural

L’Europe à l’heure du choix

Alors que nos chers politiques et autres décideurs sortent d’un été bien chargé, et que nous reprenons le cours de nos études, se dessine déjà un enjeu crucial pour l’avenir de la France dans l’Europe, et de cette même Union Européenne dans le monde. En effet, l’UE et plus précisément l’Eurogroupe, a été, conséquemment à l’inaptitude des dirigeants à prendre les décisions qui s’imposaient depuis presque un an, irrémédiablement fragilisé, comme l’explique bien mieux que moi Jacques Attali ici. Ces décisions de dernière minute nous ramènent à un problème fondamental qui secoue l’Union depuis Maastricht.

Le choix à faire est finalement assez simple : que désirons-nous, une Europe divisée, un Euro en pleine décrépitude sur le marché monétaire mondial, des pays en pleine débandade que leurs voisins et partenaires plus riches abandonnent aux charognards professionnels que sont les spéculateurs sur la dette souveraine ; ou bien l’avènement d’une véritable Union politique à même de prendre rapidement des décisions pour assurer la pérennité tant de ses membres que de l’ensemble, une Union au fonctionnement plus démocratique, à laquelle seraient délégués de nombreux pouvoirs aujourd’hui encore dévolus à des Etats dépassés sur la scène mondiale ?

Il me semble que si nous arrivions à nous départir de cette vision à court-terme qui obnubile tant la classe politique, la deuxième option s’imposerait d’elle-même. Certes, elle nécessiterait moult sacrifices et renoncements, l’abandon – partiel – du sacro-saint principe de « souveraineté nationale » au sens français, et probablement le largage en cours de route de nombre de pays récalcitrants ou non préparés à ce cheminement. Aux premiers rangs desquels la Pologne, le Royaume Uni ou la République Tchèque, eurosceptiques notoires qui entendent faire du rêve d’Union politique des pères fondateurs Delors ou De Gasperi un simple marché libre dont ils sauraient tirer profit sans avoir à s’engager, sur le modèle de l’ALENA défendue par les Etats-Unis. Ou encore des pays comme la Roumanie ou la Bulgarie, qui ne répondraient pas aux exigences économiques de cette nouvelle Union.

Attention ! Ne me taxez pas de protectionniste, ou « d’euro-nationaliste »… Il ne s’agit pas ici d’abandonner purement et simplement ces pays, mais de créer des niveaux d’intégration différents taillés dans l’Europe qui existe actuellement. Ce processus s’articulerait en deux phases :

  • Premièrement, soumettre aux pays européens (proposition traduite par des référendums nationaux) un véritable projet de Constitution Européenne dotée d’un agenda contraignant les pays à progresser vers une véritable Union fédérale, avec transfert partiel de compétences nationales, au premier rang desquelles la Défense (projet avorté à plusieurs reprises au sein de la CEE). Cette Union serait également construite autour de la monnaie unique (Ceci permettrait également une flexibilité accrue de la politique monétaire autour d’une BCE qui pourrait être amenée à tenir un véritable rôle de « banque nationale », permettant une flexibilisation plus importante des cours de l’Euro selon la conjoncture au profit des pays membres.), l’Euro, avec donc une politique monétaire commune. Les pays acceptant cette réforme seraient alors classés en deux catégories, tandis que ceux la refusant catégoriquement s’exposeraient logiquement à un processus de désengagement progressif de l’Union.
  • D’une part, nous aurions alors les pays directement, car déjà adeptes de l’Euro et prêts économiquement, prêts à fonder cette nouvelle union (typiquement, les 6 pays fondateurs de 1957 plus l’Espagne et les pays scandinaves) et d’autre part, ceux désireux de s’engager mais encore trop tendres pour ne pas mettre en danger les autres pays suivant ce processus. Ceux-ci seraient alors aidés par les pays du premier groupe dans le sens d’un développement progressif qui leur permettrait d’intégrer à moyen terme le premier groupe.

Ces idées et propositions éminemment vagues sont évidemment utopiques dans le contexte actuel, mais donneraient à mon sens un vrai coup de fouet à l’idéal européen tel qu’il était envisagé tant dans les années 50 que par les utopistes des siècles précédents. Celui-ci a en effet perdu de son éclat et même de son sens profond auprès des populations concernées à cause des souillures et compromissions qu’on lui a imposées, poussant ces mêmes populations à se tourner vers des tribuns populistes prônant un repli vers l’Etat-nation, ou pire, des partis extrêmes professant la haine de l’autre, et le repli total, phénomène dont la France et la Hollande par exemple sont des exemples criants avec la progression de partis tels que le Front National aux objectifs économiques caducs et délirants (retrait de l’Euro…).

De plus, cette construction permettrait véritablement à l’Europe en tant qu’entité politique de prendre un poids inédit face à la toute puissance américaine/anglo-saxonne, et d’exploiter plus efficacement les avantages économiques dont elle jouit encore. Ainsi, l’euro représente actuellement un tiers des réserves de monnaie dans le monde, est une monnaie objectivement solide, que les spéculateurs américains tentent de casser, comme le montre ce très intéressant article de Slate.fr, aidés en cela par le transatlantisme non-avoué de nombre de dirigeants de pays européens.

En somme, il est temps pour la France et l’Allemagne de reprendre conscience du rôle historique qu’elles ont à jouer comme moteurs européens et de progresser vers cet idéal fédéraliste, doucement mais surement.

Une montre intéressante de ce que pourrait devenir l’Union Européenne dans 10 ans est d’ailleurs l’expérience « Europe 2020 » menée par la Commission Barroso II.

Modern Family ou le scandale du vendeur de chaussures qui en avait trop dit.

Depuis 2009 est diffusée sur les petits écrans de nos voisins outre-Atlantique une série dont eux-seuls ont le secret (bien qu’en fait ce soit l’adaptation d’une production française, mais CHUT ! on ne froisse pas un égo américain), mettant en scène la vie quotidienne de trois familles étant le reflet de notre société, la bien nommée Modern Family. Et effectivement cette truculente série dresse le portrait des changements inhérents aux évolutions des mentalités occidentales au travers de ses personnages pittoresques, hauts en couleur, et qui ont su en seulement deux ans se faire indispensable au succès amplement mérité de ce petit bijou, mettant ses protagonistes dans des situations plus cocasses les unes que les autres, mais qui nous renvoient une image tellement bien esquissé des relations familiales.

Campagne de publicité d'EramTrois familles qui n’en forment qu’une: Jay qui s’est remarié à Gloria, une colombienne de 20 ans de moins que lui – reconnaissable ente mille grâce à son accent (ne regardez JAMAIS la VF !) – et mère de Manny né d’un précédent mariage, d’autre part sa fille Claire, mère poule surprotectrice et malade de l’autorité, mariée à Phil, avec qui elle a trois enfants, et enfin Mitchell, le frère homosexuel de Claire, qui vit avec Cameron avec qui il a adopté Lily, une petite vietnamienne. Loin de la bien-pensance et du puritanisme américain, ces familles ne nous font pas bouder notre plaisir quant à leur originalité. Les thèmes abordés, s’ils sont quelques fois traités avec légèreté, dépeignent toujours avec ironie, intelligence et subtilité les grandes questions sociétales grâce à la palette de personnages tous plus farfelus les uns que les autres, mais attachants, entiers et sans fioritures (sauf Cameron, peut-être, et ses excentricités…) qui s’agitent sur nos petits écrans. Et le traitement est le même pour tous : un peu de dérision, de mélo, et beaucoup de rires. Vieux, gros, intellos, homos, ados, tous sont logés à la même enseigne, tous les couples ont droit à la même attention, sans que cela ne choque personne.

Mais alors me demanderez-vous, quel rapport y a-t-il entre une série au succès explosif aux Etats-Unis et un marchand de chaussures ?  Eh bien, lecteur fidèle du Mural, sache que le titre loufoque de cet article a un sens – si si je te l’assure – et j’espère que toi aussi tu voudras participer au débat.

Un récent événement dans nos contrées gauloises a fait ruer dans les brancards une partie de la société française, manifestement contre la libération des mœurs. Eram, une célèbre marque de chaussures dont la cible principale est les familles, a provoqué un tollé suite à la sortie de sa dernière campagne de publicité « La famille c’est sacré » : des affiches mettant en avant une famille homosexuelle, deux femmes et leur fille, une autre constituée d’une femme et de son très jeune petit-ami, et enfin une famille recomposée. En bref, un panorama de la famille française d’aujourd’hui. Alors, évidemment, quand on sort des sentiers battus, la réaction ne se fait pas attendre, et l’indignation que suscite une telle campagne « dénigrant les valeurs traditionnelles de la France » dans certains milieux explose sur Internet, et déclenche de violents pamphlets envers cette publicité qui porte atteinte à la famille en la désacralisant de la sorte. Certains, outrés et révoltés, menacent même à coups d’envolées lyriques de définitivement tourner le dos à la marque en question. Mais Eram peut compter sur le soutien d’un nombre considérablement important de personnes, qui félicitent la maison pour cette initiative audacieuse qui ose briser les tabous encore persistants qui entourent le mythe de la famille.

Certes, le bien-fondé de tels modèles familiaux n’est pas tout rose, mais il est grand temps d’arrêter de voir le mal partout, pointer avec ses cornes, sa cape rouge et sa fourche, dans une éclat de rire machiavélique les « modern family » franchouillardes, tandis que les hérauts de la parole divine, pourfendeurs du malin, nobles pourvoyeurs de toutes vertus, parangons de la bienséance, et autres grands commandeurs de la vénération du Très Haut se damneront à brandir leurs crucifix pour répudier les pécheurs qui ne veulent entendre raison. Ils s’esbaudiront devant la très sainte Bible – ou tout autre Livre Sacré, mais n’étant pas versée dans la Torah ou le Coran, je préfère m’abstenir – et dénonceront à coup de psaumes et de versets que « Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination » Et histoire d’en rajouter une couche «Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable; ils seront punis de mort: leur sang retombera sur eux ». C’est bien connu, les pédés sont des détraqués qui ne méritent que la mort, alors, Jésus Marie Joseph, avoir à leur charge un enfant, je vous en prie, ne jouez pas au jeu du plus con avec moi, je gagnerais haut la main à cela avec moi.
Et ce qui est déplorable, c’est que j’exagère à peine sur les atrocités qui ont pu être dites par les détracteurs de la campagne. La famille recomposée et celle où la différence d’âge est importante n’ont pas autant mobilisé les foules conservatrices, mais leurs tirades dithyrambiques n’étaient pas non plus des plus tendres, et pourtant, je pensais que l’on avait dépassé ce stade. Que l’homoparentalité ne fasse pas l’unanimité, c’est tout à fait compréhensible, mais que l’on crache encore dans la soupe face au divorce, et le manque de stabilité des familles reconstruites…  Très cher lecteur, si tu penses comme cela, s’il te plait, dis toi que l’on est en 2011, et qu’aujourd’hui, 1 couple sur 2 divorce à Paris, 1 sur 3 en province, et que l’avortement est légalisé (sait-on jamais que, comme certains internautes très en forme, tu mettes toi aussi tous les maux du monde moderne sur le dos de l’IVG. Ou presque.)

Alors simple stratégie commerciale ou véritable volonté de faire évoluer les mentalités et montrer LES différentes facettes du terme de famille, Eram aura soulevé les foules, catholiques et conservatrices d’une part cherchant à faire entendre leur voix, et de l’autre, un peu de tout, entre ceux qui se reconnaissent et que l’on cible pour la première fois, et ceux qui ont su entrevoir, par delà les critiques virulentes, les changements inévitables de la société, que l’on ne peut éternellement dénigrer.

Les vilaines langues diront que le coq est le symbole de la France car c’est le seul animal qui, les deux pieds dans la m*rde continue de chanter. Eh bien, au vu de ces hommes qui se revendiquent de foi et rejettent de but en blanc les évolutions depuis 1968, il semble de plus en plus probable que l’image du coq ne soit, après tout, pas tellement éloignée de la réalité.

PS : au moment où je boucle cet article, la rédaction de Charlie Hebdo s’est refait faire une beauté gratuitement par des architectes d’intérieur super doués – ils ont tout démonté en un temps record, chapeau messieurs –, et on m’informe que l’homoparentalité va se greffer au programme d’une nouvelle matière en série L. La France n’est peut-être pas un cas désespéré après tout.

Ca déconne sévère dans les rangs du Parlement.

[L’image en Une ne m’appartient pas, et résume la pensée bien putassière de cet article. Aux esprits prudes, vous êtes avertis, et le langage peu châtié, voire carrément déplacé, pourrait déstabiliser les plus fragiles d’entre vous. Ah oui, je ne compte pas faire de politique.]

C’est une image qui parle à tout le monde. Un monsieur qui s’époumone pour essayer de faire respecter le silence, une brochette bien remontée de baltringues qui mettent l’ambiance en gueulant à qui mieux mieux quand un petit camarade a la parole, tandis que d’autres touristes prennent leurs grands airs et font de grands gestes pour être sûrs qu’on voit que non, ils ne sont pas contents , que tout ce que les monsieurs et les madames ils disent, c’est du grand n’importe quoi, et qu’ils connaissent rien à leur sujet, d’abord. Et puis y’a ceux qui ont l’air de s’ennuyer ferme en regardant leur montre toutes les trente secondes, ou qui discutent avec le voisin de comment bêcher son jardin avec une cuillère en bois parce que ça fait bio et que c’est hyper méga hype en ce moment, et puis c’est toujours plus intéressant que ce qui se dit. Le chômage et les suppressions de postes dans l’enseignement, c’est trop pas choupi quoi. Lire la suite »

Bye Bye Schengen

Maintenant que Ben Ali et Kadhafi ne sont plus là pour veiller à la surveillance des frontières à l’extérieur de l’Union, l’Europe craint le déferlement d’une « probable » vague de migrants clandestins qui pourrait submerger les côtes italiennes et françaises.

Si tous les gouvernements de l’UE ont soutenus pendant des décennies les régimes dictatoriaux confortablement installés dans tout le monde arabe, ils se félicitent aujourd’hui des changements intervenus dans  la région et  multiplient les déclarations de soutien à « la démocratie et au combat pour les libertés ». Mais quand il s’agit de faire face aux conséquences directes de révolution, l’UE se défile, évitant de s’impliquer dans des politiques de coopération et de développement sérieuses (et coûteuses !). L’attitude de la France face aux problèmes posés par l’arrivée de quelques milliers de réfugiés sur l’île de Lampedusa est sur ce plan emblématique : sa proposition d’appliquer les « clauses de sauvegardes » des accords de Schengen, annoncée le 27 avril dernier, n’est pas que l’aveu de l’échec de sa politique de coopération avec les pays du Maghreb, mais  surtout la preuve d’une absence totale de volonté de solidarité. Lire la suite »

Requiem pour John Locke

Au-delà de ses positions critiquables envers les athées, au-delà des aspects de sa pensée très empreints de défense du protestantisme, et en reprenant strictement le noyau de sa théorie sur la tolérance religieuse, on en arrive vite à la conclusion que ses idées semblent avoir été oubliées de la classe politique française actuelle.

Hypothèse de base de Locke : la stricte séparation entre l’État et les Églises. Chacun a son organisation propre, ses objectifs propres, ses moyens propres. L’État a pour but de permettre la vie en société en protégeant ses citoyens ; il est donc limité à la défense des intérêts temporels et le magistrat est le seul qui a le pouvoir d’utiliser la force. Une Église a pour but d’assurer le bonheur de ses membres dans l’autre vie, elle est donc limitée à la défense des intérêts spirituels ; l’usage de la force lui est strictement prohibé.

Toujours partant des hypothèses de Locke, le voile est une « chose indifférente » à Dieu (à supposer l’existence d’un dieu, évidemment) : c’est la foi qui importe et non les choses extérieures. Le port d’un voile n’influe donc pas sur le salut du croyant – voile qui, soit-dit au passage, n’a pas un statut très clair dans les textes islamiques. On pourrait donc supposer que le magistrat peut légiférer sur les choses indifférentes, étant donné qu’elles ne mettent pas en jeu le supposé bonheur futur du croyant. Et on suppose pourtant faux : une loi doit se caractériser par son utilité par rapport au bien public. Qu’est-ce que le port d’un voile, aussi couvrant soit-il, a à voir avec le bien commun ? Vous allez me répondre que cela nuit à l’ordre public, étant donné que la dignité humaine a été intégrée à cette notion par jurisprudence.

Dignité humaine. Une notion bien vague, ma foi. Des esprits mal tournés pourraient penser que son invocation cache d’autres opinions moins humanistes. Une certaine hostilité à une religion différente, peut-être ? Bien, soyons coopératifs, et supposons que le port d’un voile intégral porte atteinte à cette fameuse « dignité humaine » que l’on a bien du mal à définir. Que faire si les femmes qui le portent sont persuadées d’avoir choisi de le porter ? Qu’on interdise de forcer quelqu’un à le porter, soit. Parce qu’un État a le devoir de protéger les libertés individuelles. Parce qu’une Église a l’interdiction de forcer quelqu’un à adhérer à son culte. Mais lorsque le port du voile intégral est revendiqué comme un choix –endoctrinement ou pas, peu importe –, que faire ? Une amende est-elle le meilleur moyen d’y remédier ? Ne risque-t-elle pas au contraire de cristalliser les tensions sous-jacentes ?

On revient ici à deux autres idées principales de la Lettre et de l’Essai sur la tolérance. Tout d’abord, la force n’est que l’ultime moyen à employer, et qu’il n’est pas forcément le plus efficace. Certes, une croyance, de par son nom, n’est pas une vérité absolue en soi. Mais il se trouve qu’on ne peut pas se forcer à croire quelque chose. Essayez de convaincre quelqu’un qui porte un voile volontairement que cela porte atteinte à sa dignité : il, ou plutôt elle, va vous rire au nez. Même si la fin justifiait les moyens, les moyens employés ne seraient de toute façon pas adaptés. Une loi sera inutile pour promouvoir la dignité humaine ou l’émancipation féminine au niveau individuel ; en revanche, la persuasion, la discussion, des questions bien posées, peuvent avoir des effets bien plus grands et surtout moins stigmatisants.

Ce qui nous conduit à une autre idée de Locke : il vaut mieux avoir des « ennemis » déclarés, auxquelles on est opposés que par la religion. Le terme d’ennemi ne convient pas ici, à moins d’être partisan d’un certain Front, mais vous avez compris l’idée : l’opposition systématique est non seulement inutile mais surtout contre-productive. Aussi dangereux que puissent être des groupuscules islamiques extrémistes pour l’État et pour la dignité de quelques 2000 femmes intégralement voilées, ils sont tout à fait différents de la grande masse des musulmans, qui pourraient bizarrement se sentir visés ; des musulmans qui n’ont, dans l’ensemble, aucun problème avec l’État et ne posent aucun problème en tant que musulmans.

Le vrai problème, c’est ceux qui voient un problème dans le port d’un voile à la Poste. Je parlais ici de l’interdiction du voile intégral, mais on peut facilement l’étendre au voile tout court ; oh, pardon, l’étendre « à tout signe religieux », pour ceux qui souhaitent rester dupes. L’État est laïc, effectivement, donc ses fonctionnaires aussi. Mais depuis quand un usager du service public, école, hôpital ou administration, devrait-il l’être ? A moins que ce port puisse porter atteinte à l’ordre public (exigence sanitaire, etc.), et n’en déplaise à Claude Guéant, cette interdiction relève plus d’une intolérance de la part de l’État que de la défense de la laïcité. Il ne s’agit pas ici d’être favorable ou non au voile, de l’approuver ou d’y être hostile, ce qui relève de l’opinion personnelle. Il ne s’agit pas de relativisme culturel abusif non plus, car l’État peut essayer de changer ces opinions en choisissant de véhiculer des idées féministes, égalitaires – mais pas les imposer. Non, il s’agit simplement de voir la situation d’un point de vue rationnel et pragmatique. Il s’agit d’examiner le rôle qu’un État doit avoir par rapport aux Églises, et le nôtre semble avoir dangereusement oublié certains de ses principes.

Internats d’excellence et hypocrisie

30 mars 2011, le 20H de France 2 : Les internats d’excellences

Depuis 2008 le ministѐre de l’éducation français a mis en place les « internats d’excellence » afin d’offrir un environnement favorable aux collégiens, lycéens et étudiants motivés (et repérés par le corps enseignant) provenant de milieux difficiles. Ces internats s’inscrivent dans les politiques de promotion d’une mixité sociale et de l’égalité des chances initiées par le gouvernement. Les élѐves du programme se voient logés et encadrés la semaine durant dans des locaux entourés de verdure pour rentrer chez leurs familles le weekend venu. Ainsi voit-on émerger des paradis scolaires où deux professeurs font cours à une classe de onze élѐves.

Auparavant le 20H abordait le thѐme de l’absentéisme des professeurs. On peut ainsi constater qu’une même élѐve peut cumuler plus de quinze semaines de cours non assurés sur deux matiѐres. Les parents d’élѐves excédés face aux absences répétées de  ceux à qui ils confient leurs progénitures en sont arrivés à occuper un établissement en signe de protestation.

Comment justifier le fait que onze élus puissent jouir de deux professeurs à pleins temps lorsqu’à vingt kilomѐtres de là une classe de trente-cinq élѐves n’en a pas un ? Certes les deux exemples ne se réfѐrent pas à la même problématique d’origine. Mais n’y a-t-il tout de même pas contradiction?

Nous pourrions aisément dresser, sans que ce soit ici le sujet principal, un parallèle avec l’opposition prépa/licence. L’élѐve de classe préparatoire coûte une fois et demi plus cher à l’Etat que son homologue de l’université. Certes voici dix ans ce même élѐve coûtait deux fois plus cher que l’étudiant de licence, mais cette inégalité est-elle équitable ? De plus l’on constate que ces étudiants à qui l’Etat accorde plus de dépenses réussissent globalement mieux que leurs camarades du systѐme universitaire.

A l’époque de la remise en cause du systѐme des prépas justement due en partie à ce systѐme inégal, les internats d’excellence n’instaurent-ils pas une nouvelle opposition entre élѐves de la ‘voie classique’ et élѐves de la voie ‘d’excellence’ ?

L’expérience étant à ses débuts peu de conclusions peuvent être dressées en comparant les résultats des deux voies. Il serait pourtant facile de prédire une meilleure performance des élѐves issus de la ‘voie d’excellence’, fruit de cette inégalité de moyens, tel que l’on observe au niveau du supérieur.

C’est certes une tentative qui cherche à s’attaquer à certains mots de l’éducation publique. Mais nous pourrions aussi soulever le caractère hypocrite que peut arborer ces internats d’excellence. Mettre en place des catalyseurs à réussite pour élѐves de milieux défavorables permet de détourner l’attention de l’inefficacité des établissements dont ils proviennent. Porter onze élѐves à la réussite scolaire coûte moins cher que de rénover un systѐme qui ne fonctionne pas. Où les professeurs n’ont de comptes à rendre à personne, sauf périodiquement aux inspecteurs. Où les classes sont trop importantes pour permettre un réel accompagnement des élѐves. Où des professeurs aux heures libres remplacent trop peu souvent leurs collѐgues absents. Où ces profs sont trop peu motivés par une dévalorisation de leur travail. Où le redoublement est inefficace. Ceux sont parmi d’autres des problѐmes de structure !

Les programmes sont là, tout neufs (ou recyclés) issus des réformes, mais le corps malade s’enlise dans la maladie. A quand une consultation ?

Du contreseing c’est pas bien et du porno c’est pas beau.

J’ai mis mon cœur dans le vieux bolduc qui trainait au fond du tiroir à bordel, et tiré un trait sur mes souvenirs avec un stylo qui a perdu son capuchon. J’avais du trop le mâchouiller.  Il aura fini entre le four à micro-ondes sur lequel s’entassent factures de loyer et recommandations en tous genres, et la machine à laver où s’empile une vaisselle de trois jours. De toute façon, on finira tous dans le bocal à poisson, comme aurait dit l’autre. En attendant, on essaie de combler les trous de notre vie avec tout ce qui est en vogue. Histoire de colmater, souvent de façon sommaire, le rien du tout quotidien dans lequel on s’enfonce et se complait.

Pas besoin de sortir les violons. Je ne me la jouerai pas poète maudit ou autre philosophe aigri et son verbiage stérile.  Le pouvoir, l’argent et le sexe régissent notre petit monde. Sans cela, il ne nous reste rien (sauf le titre de l’article : le contreseing comme limite du pouvoir, et la pornographie comme machine à faire de l’argent, et bien entendu, du sexe). Petite recommandation pour ceux qui poursuivraient leur lecture au-delà de ces quelques lignes : armez vous d’une bonne dose de second degré, et échauffez vos zygomatiques (mieux vaut rire de ce qui va suivre que d’en pleurer). Lire la suite »

Un bulldozer pour expulser des Roms, et pourquoi pas une grue ?

"Photo: Franck Perry/AFP"

A l’heure où Marine le Pen monte en puissance, avec un Front National présent au second tour dans 402 cantons, d’aucuns diraient que le pire est à venir. En effet, nos contrées hexagonales regorgent de miliciens frontistes. Disposés à endosser la tunique de justicier, que portent habituellement des forces de l’ordre jugées «inefficaces», leurs actions sont bercées par des aspirations d’autorité. Sans aucun doute leur discours, teinté de xénophobie, traduit des désirs de répression. Et dans une France sans frontières, qui dit répression dit avant tout endiguement de l’immigration massive et illégale. Les cibles privilégiées, les Roms. Tout droit venues de Roumanie, Bulgarie voir Bosnie, ces populations dérangent nombre de fervents fanatiques des propos lepénistes ou gollnischiens. Lire la suite »

MENTON : Let’s celebrate lemons!

Je ne me serais très certainement jamais prêtée au jeu des corsos et autres chars décorés d’agrumes si je n’avais pas reçu une petite visite familiale durant la traditionnelle fête du citron de Menton, qui a pris place et a provoqué un véritable raz-de-marée de touristes venus des quatre coins de la France ( et du monde ? D’Italie tout du moins ! ) En effet, selon les statistiques de la ville aux jardins, les rues mentonnaises se gorgeraient de 230 000 touristes chaque année grâce à cet événement qui a donné depuis de nombreuses années sa notoriété à Menton, et ce à travers la France. Non, non ne souriez pas ! Après une petite visite à Lyon pendant les vacances, le peu de personnes que j’ai rencontrées pensaient tout de suite à cette manifestation annuelle quand j’évoquais mon lieu de résidence, plutôt étonnant pour une étudiante.

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Manifeste du parti ironique

On a tendance à oublier combien la vie est simple. Moi-même je l’ai oublié ces derniers mois, si angoissé que j’étais par mes résultats, parce que mes professeurs pensaient de mon travail ou par la qualité de mes copies. Peut-être ces trois points sont-ils les mêmes, après tout ? Ce qui est sûr cependant, c’est qu’à Sciences-Po, la demande en productions intellectuelles est grande. Et nous autres, pauvres petits ouvriers spécialisés de l’usine à intelligence, travaillons en flux tendu afin de satisfaire les besoins du corps professoral. Professeurs qui semblent, d’ailleurs, avoir un appétit en exposé à ce point insatiable, que M. Wasmer lui-même s’étonnerait du taux de croissance exponentiel de leurs utilités marginales. Alors, pour contenter la clientèle, il nous faut user de patience et d’acharnement. Tenir bon et s’intégrer, devenir un bon ouvrier. Lire la suite »