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Black Swan: grandiose descente aux enfers

Il est presque 23 heures et la foule sort en masse, enflammée après le visionnage de Black Swan, dernier film du new-yorkais Darren Aronofsky, sorti le 27 janvier en France. Tous sont renversés autour de moi. L’agitation passionnée qui prend place devant l’entrée du cinéma ne laisse pas de doutes, le film est une réussite.
Ce tumulte, on le retrouve également dans l’histoire du film. Nina Sayers, nouvelle danseuse étoile de la troupe du New York City Ballet est doublement menacée par son rôle de cygne blanc, cygne noir dans une adaptation du Lac des Cygnes de Tchaïkovski: elle est entourée de rivalités et se ronge par une obsession maladive pour la perfection et la transcendance.

Mais ces débats admiratifs à la sortie du cinéma montrent aussi l’ingrédient moteur de cette délirante descente aux enfers située dans le monde des petits rats: la catharsis.
C’est en effet ce qui nous captive du début à la fin, par cette trame simple mais plongeante, montée au soufflet, entre écorchements successifs et hallucinations, jusqu’à l’exaltation, la nôtre comme celle de Nina, jouée d’une finesse impressionnante par Natalie Portman. Nina parvient en effet à concilier ses deux rôles schizophréniques (le White Swan et le Black Swan) au moment où le public arrive enfin à reprendre une bouffée d’air après 1h43 d’escalade de psychoses et d’acharnement.

Aronofsky s’impose donc en tant que directeur de foules: il joue au chat et à la souris avec son public, nous fait sursauter toutes les 5 minutes et gagne très rapidement notre empathie à tel point que nous voulons qu’elles réussissent.
C’est un film très calculé, dans sa conception comme dans sa production, de gros calibre  mais à budget modéré, monté sur un squelette de ciné indépendant mais de stature hollywoodienne, qui vise les masses: malgré ses airs de noblesse, le ballet intéresse les jeunes filles comme les retraités. Et la portée n’est pas uniquement large généalogiquement mais elle touche autant les hommes que les femmes, car c’est un film effrayant mais en même temps diablement sexy.

Enfin, le thème du double est un classique ancré universellement dans l’imaginaire collectif. Cette dualité fait figure de pièce maîtresse dans ce film et le gouverne tout au long de son déroulement.

On le sent d’abord dans cette combinaison art-et-essai/film d’horreur qui lui confère une certaine polyvalence dans les salles. Ce diamant mi-24 carats, mi-brut provient de cette hybridité qu’incarne Aronofsky, enfant né de l’union entre cinéma hollywoodesque spielbergien et cinéma indépendant new-yorkais.
Prenez par exemple, la valse maîtrisée des caméras (qui n’est pas sans rappeler les plans subjectifs saccadés et graineux de Pi). Elle nous perche sur l’épaule parfois soyeuse parfois râpeuse de la belle Natalie Portman, et nous berce entre l’enchantement et les hauts-le-coeur. A ceci, Darren Aronofsky ajoute des plans plus classiques comme les entrecoupés qui nous font sauter de notre siège ou nous mettent en transe, comme dans cette scène où Nina danse sous ecstasy, à la lumière de néons rouges dans une boîte de nuit.
Mon coup de coeur reste ce parfait ralenti sur le pied de Nina en rotation sur le parquet, tenant son corps en suspension. Il représente l’effort de la danseuse pour supporter la douleur comme pour supporter son geste et donc son art. Dans l’acharnement de l’artiste, il y a à la fois la quête de la perfection qui est une lutte, mais il y aussi la douleur physique, qui passe donc de l’esprit à la chair.

On le sent ensuite dans cette dualité des extrêmes évidente qui est placée dans le personnage de Nina, qui est pure mais imparfaite, et qui doit accoucher d’un monstre. Pour ce faire, elle suit les conseils de Thomas Leroy, le metteur en scène joué de façon monolithique mais satisfaisante par Vincent Cassel, mais ceci ne fait que de la plonger dans la confusion. Ce qui vient réellement porter ses fruits (venimeux), c’est l’obstination de Nina à atteindre la perfection et c’est là l’intérêt de cette histoire: l’obsession. C’est l’obsession qui à la fois lui permet de réussir, mais c’est aussi ce qui la consume. Ce double rôle de White Swan/Black Swan est donc pour elle une destinée comme une condamnation à la torture mortelle. C’est ce qui rend le personnage de Portman aussi attachant, par admiration comme par pitié.

Enfin, on sent la dualité dans les choix de construction du film, qui, en gros, font du neuf avec du vieux. L’originalité de Black Swan est de prendre des thèmes usés jusqu’à la corde (le Lac des Cygnes, la schizophrénie à la Jekyll & Hide, etc.), et de gratter bout par bout jusqu’au sang, au rythme d’orteils qui craquent et d’ongles qui s’arrachent. On pardonnera bien sûr, ce petit côté maso qui nous rappelle jusqu’à quel point Aronofsky aime triturer son public même s’il y a toutefois certains débordements gores comme cette scène où l’ex-danseuse étoile détrônée par Nina, Beth, s’auto-mutile dans la chambre où elle se trouve hospitalisée après une tentative de suicide, où l’on se demande si ce n’est pas de trop.
Cette dualité entre innovation et tradition est aussi obtenue par un choix toujours astucieux des acteurs: après le recyclage de Mickey Rourke dans The Wrestler, Darren Aronofsky choisit une brillante Natalie Portman (Golden Globe meilleure actrice 2011), un  Vincent Cassel qui sait toujours danser depuis qu’il a quitté le cirque, ainsi que Winona Ryder et la fraîche Mila Kunis. Natalie Portman et sa réputation de «fille sympatoche du quartier, sublime mais normale», n’avait jusqu’alors jamais vraiment crevé l’écran et se contentait de rôles plutôt passifs. Enfant star (Léon – Luc Besson), réduite à des rôles de princesse (Star Wars) elle ne s’était jamais vraiment imposée et succède donc à Rourke  dans la lignée des acteurs repêchés de la péremption. Le défi était donc énorme pour elle, puisqu’elle a du doublement batailler pour s’imposer comme une grande actrice et une danseuse crédible. Mais l’avantage de ces acteurs est qu’ils échappent au phénomène de starisation préalable ce qui fait que l’on s’identifie au personnage autant qu’à l’acteur, et  ils n’affectent pas l’intégrité du film par leur image. Un choix judicieux donc, récompensé par une prestation irréprochable.

Black Swan est donc une perle de plus à l’honorable collier de films qu’Aronofsky a aujourd’hui en main. Il constitue une continuité avec The Wrestler et Pi, qui sont ses frères jumeaux, par leur mise en scène comme par l’histoire qu’ils racontent. Comme dans The Wrestler, Black Swan est un film sur la performance et la vie qu’il y a derrière l’interprétation. Il pousse toutefois le bouchon jusqu’au délire, comme dans Pi, où un jeune mathématicien se creuse tellement le crâne pour trouver la formule permettant de déchiffrer l’univers qu’il finit par s’y planter une perceuse.
Si Requiem For A Dream et The Fountain ont l’air d’être mis un peu à l’écart dans cette perspective, il faut tout simplement se dire que l’unité au sein de cette filmographie, c’est Darren Aronofksy lui-même, qui poursuit le même objectif que la virtuose Nina, que Randy « The Ram » et ses collants verts dans The Wrestler, que Tommy le scientifique à la recherche d’une cure contre la tumeur de sa femme dans The Fountain, que Harry et Tyrone – comparses toxicomanes de Requiem for a Dream et que Max Cohen, génie fou dans Pi: atteindre l’extase, en dépit d’un trajet douloureux, pour tous ses personnages du moins.

Mais ce film, à l’équilibre parfaitement contrasté, entre la violence, la destruction et la grâce et la pureté, depuis son noyau directeur à savoir la préparation de Nina pour «le grand soir», jusqu’au film en tant qu’oeuvre qui oscille entre vidéo de rue et pièce magistrale, marque un tournant dans la carrière de D. Aronofsky. Avec Black Swan,  il se hisse au sommet de la nouvelle génération de réalisateurs (sortis du four durant les années 1990 – Paul Thomas Anderson, Christopher Nolan, David Fincher, Steven Soderbergh, etc.), succédant l’écurie des années 1970 (Coppola, Scorcese, Spielberg, Lucas, Polanski, etc.) tout en restant enraciné à jamais à ses origines underground.

Au début de cette semaine, 20th Century Fox, le distributeur, a annoncé que Black Swan vennait de prendre la  troisième place au box-office de tous le temps à Union Square (plus grand cinéma de  New York), après Avatar et La Guerre des Etoiles. Il dépasse ainsi The Dark Knight. C’est assez fou de penser qu’un film sur la danse classique vient de battre Batman au box-office et c’est sans aucun doute révélateur de sa réussite. Une chose est sûre, si j’ai une leçon à retenir du top four de Union Square, c’est que les gens aiment les contes au tournures sombres.


 

La Porte des Enfers

La vie, la mort, et l’amour. La triade qui régit l’existence des hommes, qui jouent des coudes dans la foule pour émerger hors de l’anonymat, et construire leur propre identité. Tout un chacun se cherche, et espère trouver les réponses à ses interrogations dans le regard de ses congénères. Mais attention aux pommes qui tomberaient trop loin des arbres plantés par la société. On leur lance des œillades perplexes, incompréhensives, aux reflets du mépris, avant de reprendre son train-train quotidien et les laisser pourrir derrière soi.

Laurent Gaudé, romancier et dramaturge, lauréat des prix Goncourt et Jean Giono pour son captivant Le Soleil des Scorta, doublement récompensé pour l’étonnant La Mort du roi Tsongor, plonge à nouveau au plus profond de l’existence humaine et revisite au fil de son œuvre le mythe du néant et de la mort. Il entraîne le lecteur aux côtés de ces « pommes pourries » dont la société ne veut plus, celles qu’elle a petit à petit écartées, qui, alors que tout joue contre elles, se réunissent en marge de l’arbre. Bien loin de tous les clichés lancinants sur la mort dont on aura pu nous abreuver, Laurent Gaudé, grâce à une plume délivrant un roman profond et d’une grande humanité, prend par la main celui qui veut bien le suivre, sur le chemin menant vers cette porte des enfers derrière laquelle les ombres des âmes défuntes prennent un nouveau sens.

Au cœur de cet hymne à la vie et à l’amour, un père pleure son fils décédé et ira jusqu’à oser franchir la frontière entre le royaume de la vie et celui de l’au-delà, afin de le ramener à la lueur du jour.

« Matteo prit la figure de Pippo dans le creux de ses mains. Il le serra sur son torse. Il le voulait là, tout contre lui. Pouvoir lui respirer les cheveux, pendant des heures, pour l’éternité. Son fils qu’il ne verrait pas grandir. […] Son fils. Il le recommanda à la vie. »

Une femme aveuglée par la vengeance quitte son mari, homme faible qui n’aura su tenir sa promesse de lui apporter sur un plateau d’argent la vie achevée du meurtrier de son enfant, fuyant ainsi tout ce qui la rattachait à son existence.

« Je me maudis moi-même, moi,  Giuliana la laide. […] Mes hommes ont été terrassés et je n’ai rien fait. Je les ai bannis de mon esprit. Je suis Giuliana la lâche qui a voulu se préserver de la douleur. Alors je prends ce couteau, et je me coupe les tétons. Le premier, que mon fils a tété, je le coupe et je le laisse sur les pierres des collines en souvenir de la mère que j’étais. Le second, que mon homme a léché, je le coupe et je le laisse sur les pierres des collines en souvenir de l’amante que j’étais. […] Je suis Giuliana aux seins coupés. Je n’appartiens plus au monde.»

Un fils tant chéri que le plus pur des amours a dérobé aux enfers, au prix du sacrifice ultime, cherche à honorer la mémoire de son père, et retrouver sa mère qui le croit disparu.

« J’attrape Cullaccio par les cheveux et lui place la tête contre la pierre tombale. Je lui ordonne de mettre ses mains dessus. Je mets mon genou sur sa tête. Sa joue doit frotter contre le granit de la tombe. Je tiens son poignet avec force. De la main droite, je sors le couteau de ma poche et lui tranche les doigts. […] Le sang coule de sa main mutilée. « L’autre ». […] Il me supplie d’arrêter. Je n’écoute pas. Je serre sa main droite. Je la regarde. C’est avec cet index-là qu’il a tiré. Je coupe à nouveau. […]Je m’appelle Pippo De Nittis et je suis mort en 1980. »

Autour de ces suppliciés gravitent ceux qui les accompagnent. Dans le café de Garibaldo, à qui l’on pouvait en demander pour avoir une force décuplée ou bien un effet aphrodisiaque, une esquisse de vie semble reprendre le dessus sur la vie moribonde qui hante les nuits de Naples. Grace, le travesti, introduit Matteo au sein d’un cercle où le temps suspend son vol, où il reprendra petit à petit l’espoir et l’intérêt pour la vie qui s’étaient envolés avec le départ de son fils et la fuite de sa femme. Cette lueur renaît en lui au contact de l’étrange professeur Provolone, déserteur d’une société à qui ses idées ne convenaient pas, plongée dans une bienséance illusoire, prétendant détenir la vérité sur la descente aux enfers. A ses côtés,  le curé don Mazerotti résiste au Vatican qui cherche à l’expulser de son église, car ceux qui pénètrent la maison de Dieu et à qui il accorde le pardon et la bénédiction ne sont plus que prostituées et alcooliques notoires. Ainsi, chaque nuit quitte-il, par un tunnel secret, son église, afin de rejoindre le café et ses amis, et ne plus être un vieil homme croulant sous le poids des années et d’une foi rudement mise à l’épreuve. Tels sont les dernières personnes à partager la vie d’un père en proie au néant, puis de son fils revenu des entrailles de la terre.

Rien ne saurait être ni plus grand, ni plus beau, que l’amour inconditionnel, bravant les frontières établies de la vie et de la mort, qui unit deux êtres dans l’éternité. Une recherche de toute une vie pour apprendre à aimer, et son expérience dans l’infini, échappant à toute logique, toute science bien définie. Un amour libre, sans étiquette, ni carcan. C’est avec cet amour que nous honorons nos morts. Que leur mémoire s’illumine au travers de nous, de notre flamme qui brûle encore, tant que nous la maintenons vive. Et que cet amour qui nous maintenait aux êtres chers que nous avons perdus soit le moteur de nos existences. Pour leur rendre un dernier hommage, dans une pensée, un soupir, un geste bénin. Honneur à nos morts, anonymes dans la multitude, immortels dans nos cœurs, gravés dans le marbre de l’éternité.

Que celui qui n’a pas ses morts à honorer me jette la première pierre.



INTRODUCTION A L’ART MODERNE


Beaucoup s’interrogent sur l’art contemporain, son sens, sa valeur esthétique ou encore artistique. Les artistes sont souvent taxés d’imitateurs, l’on entend parfois dans les galeries d’expositions  » j’aurais pu le faire moi même » . Mais que penser en réalité des nouvelles productions artistiques? Même si le recul nous manque face à des oeuvres d’une dizaine d’années, certaines tendances se dessinent manifestement.

Cette série d’articles, consacrés à ce renouveau de la peinture, de la sculpture et de toute autre forme d’exaltation de l’artiste, s’essayera à donner des clés de compréhension sur l’art du XXIème siècle.  Chaque « chapitre » tentera de détailler une caractéristique propre à notre siècle et permettra de pénétrer un peu plus un terrain encore sensible mais qui s’affirme imperceptiblement.

Chapitre premier : La désacralisation de l’artiste

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Le Ballon d’Or sauve la baraque

Au terme d’un parcours confus et qui aurait bien pu tourner à la catastrophe, France Football a finalement la chance de voir ce qui lui restait de crédibilité être sauvé par le vote de son jury. Le 10 janvier 2011 Messi est annoncé Ballon d’or et conserve donc son titre, exploit que seul Van Basten avait accompli avant lui. C’est alors le moins pire des choix, pour ce qui restera comme l’une des pires campagnes du trophée français.  Lire la suite »

EDWARD WESTON: Un éloge de la sensualité

« Art must have a living quality which relates it to present needs,

or to future hopes, opens new roads for those ready to travel,

those who were ripe but needed an awakening shock… »

 

Les lignes courbes d’un coquillage, un corps de femme, svelte et musclé se contorsionnant sur le sol, la pureté d’un tronc d’arbre dont l’écorce empreinte milles chemins, se torsadant à l’infini… Edward Weston révèle ce que la nature nous offre de plus beau, dans toute sa pureté. Lire la suite »

Passeurs de Monde(s)

Cliquez sur le lien pour lire l’article : http://www.journalmural.com/wordpress/wp-content/uploads/2011/01/José-Luis-Peixoto-Final.pdf

SOUND OF NOISE

Sans doute, est-ce le film que tout le monde attendait. D’une fraîcheur déconcertante, Sound of Noise exprime l’inexprimé, et en musique! Film inattendu, drôle,ingénieux, tout en subtilité, il aborde rêveusement notre quotidien dans toute sa simplicité, sans en perdre pour autant sa part d’utopie.

Le concept est simple quoique novateur: une bande d’atypiques – 5 hommes et une femme – sèment la zizanie et tournent en bourrique un commissaire de police. Ils se présentent comme des « terroristes musicaux », attaquent la société tout entière et ce, par la musique, organisant des concerts sauvages dans des lieux ordinaires.Formes d’antihéros, ce sont, en somme des hommes comme vous et moi. Toutefois, ils se distinguent par une force de conviction à toute épreuve dépassant la morale que s’impose la collectivité des hommes. Leur allure sérieuse d’hommes occupés contribuent d’ailleurs à souligner l’importance de leur mission. Ainsi, la première qualité de ce film réside dans le recours à la musique.

Déjà, Johannes Sjärne Nilsson et Ola Simonsson y avaient pensé dans leur court-métrage -Music for One Apartment and Six Drummers-, sorte de prémisses du chef d’oeuvre appelé à naître. La musique, ce langage intemporel et universel, capable d’émouvoir tout un chacun, et de nous rappeler à notre humanité. La musique, comme instrument majeur d’un rappel à l’ordre. Mais également comme outils de protestation, quand les cris, les larmes, les menaces n’opèrent plus, quand les répertoires de l’action collective semblent épuisés.Les danois parviennent ainsi à substituer à notre quotidien les instruments les plus élaborés. Les choses qui nous entourent, celles là même que nous affectionnons tant, sont désacralisées.Partant, la ville devient un terrain de jeu, en l’occurrence le berceau d’une symphonie magistrale. Dès lors, la métaphore est facile -et terriblement séduisante-: oublier ce qui jusqu’alors rythmait nos vies (le travail, l’argent) pour adopter un nouveau métronome.

Somme nous las des puissants de ce monde, super héros fictifs ou magnats de l’industrie? L’effondrement des cours boursiers nous a-t-il fait abandonner nos désirs d’évasion par l’imaginaire, le fantastique ou encore l’exotisme? En un mot, serions nous enfin prêts à affronter la réalité dans toute sa dureté, sa froideur mais aussi son effrayante simplicité? Cette oeuvre dramatique semble répondre par la positive.

Après de longues années de révoltes silencieuses et souvent vaines, ce long-métrage troublant éveille en nous des instincts nouveaux. On en perd nos repères jusqu’à remettre en cause les fondements de notre société. Et si le monde actuel, caractérisé par la surconsommation, n’était pas la finalité en soi? Et si le futur que nous annonce les auteurs de sciences fictions depuis des décennies, un futur sombre et déshumanisé, n’avait pas lieu d’être?
On observe une volonté profonde de changement, de retour à l’ordre. L’homme moderne se tourne de nouveaux vers son foyer. On remet à la mode la cuisine traditionnelle, les remèdes de grands-mères, le tricot ou encore le jardinage. Ne trouve-t-on pas là des signes annonciateurs d’une prise de conscience, il est vrai timide, mais réelle?

Au delà du concept, ce film soulève les bonnes questions et fait réfléchir. Dans un élan de sincérité rare, il semble se tourner vers nous et nous questionner du regard: Vers quel monde allons-nous? Certes il ne propose pas de solutions certaines mais il nous offre des pistes. Voilà ce qui en fait un grand film. Le génie du scénario et de la mise en scène allié à un jeu implacable l’érigent en symbole de notre temps, sans fausse note. En un mot: rafraîchissant. Alors laissons-nous aller un instant aux battements de ce métronome envoûtant.

Le rêve brisé des bleus

"Photo: Ljubomir Rankic (CC)"

Un Michael Llodra s’effondrant en larmes dans les bras du capitaine Guy Forget. C’est l’image que l’on retiendra de cette finale de Coupe Davis où la France est passée à deux doigts de lever le saladier d’argent pour la dixième fois de son histoire. Mais le destin en a voulu autrement, l’homérique victoire samedi du double tricolore n’aura finalement servi à rien. Emmenée par un Djokovic impérial, la Serbie remporte quant à elle sa première Coupe Davis. Retour sur un week-end riche en émotion. Lire la suite »

Le siècle des Boers

« Car tu es un peuple consacré à Yahvé ton Dieu ; c’est toi que Yahvé ton Dieu a choisi pour son peuple à lui, parmi toutes les nations qui sont sur la terre. »[1]

L’histoire de l’Afrique du Sud est celle d’une tragédie annoncée et dont un peuple a longtemps cru pouvoir reculer l’échéance. Devant les nouveaux défis qu’imposait le XIXe siècle, une nation a préféré fuir les nouveaux visages que prenaient la modernité et la globalisation pour fonder sa propre société autarcique et tournée vers le passé. C’est l’histoire du peuple Boer, peuple qui se crut élu et envers qui  Dieu ne respecta pas sa promesse.

L’histoire du peuple Boer est d’abord celle d’un accident. Une minorité installée par le gré des évènements sur une terre inhospitalière. En 1652 l’Europe accoste pour la première fois au Cap de Bonne Espérance apportant avec elle une première colonie de peuplement blanche au sein d’une terre noire. Ce qui était à l’origine une simple escale pour les navires de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales se transforma au fil des ans en une petite colonie de peuplement ou populations néerlandaise, allemande et française vinrent à se mélanger en tentant de fuir les persécutions religieuses qui sévissaient en Europe. Alors qu’elle demeurait éloignée des nouvelles idées des Lumières, la colonie développa tout au long du XVIIIe siècle son particularisme. Elle y acquit sa langue, l’Afrikaans, y pensa sa religion, un calvinisme austère et pieux, et y développa sa culture, principalement rurale. Alors que la Révolution embrasait l’Europe à la fin du siècle des Lumières, la colonie semblait en vérité échapper à l’un comme à l’autre. Quand son destin bascula en 1795, la corne australe de l’Afrique était peuplée par 25,000 individus blancs et quelques 25,000 autres esclaves de couleurs.

La métropole hollandaise envahie par la Révolution venue de France, les Anglais firent le choix d’occuper les possessions néerlandaises dispersées par les océans. C’est ainsi que la métropole anglaise suppléa en Afrique à une métropole batave dont le pouvoir était devenu par trop pénible avec le temps. Le nouveau pouvoir ne tarda pourtant pas à être maudit bien davantage encore que le précédent. Au contact de ces étrangers venus imposer leurs idéaux de liberté et de progrès les natifs prennent conscience de la singularité de leurs coutumes. Là où la couronne va tenter de marginaliser sa langue et de proscrire sa manière de prier, le boer va résister à l’ingérence impérialiste et exacerber ces mêmes différences. Commence alors à naitre dans l’imaginaire boer le mythe d’un peuple élu. Elu par Dieu d’entre tous les peuples, prisonnier d’une Egypte qui le réduit en esclavage, Dieu lui destine par delà les frontières une terre promise. Commence alors un nouveau récit de l’Exode.

« Si Yahvé s’est attaché à vous et vous a choisis, ce n’est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples : car vous êtes le moins nombreux d’entre tous les peuples. Mais c’est par amour pour vous et pour garder le serment juré à vos pères, que Yahvé vous a fait sortir à main forte et t’as délivré de la maison de servitude, du pouvoir de Pharaon, roi d’Egypte. »[2]

La rupture avec la nouvelle métropole intervient en 1833 quand l’Angleterre décide d’affranchir sans grande compensation les esclaves détenus dans la colonie. Non que les Boers en aient eu beaucoup ou n’en aient été foncièrement dépendants ; mais bien parce que c’est là pour un peuple aussi pieux une atteinte à l’équilibre naturel et instauré de toute éternité par Dieu. En 1835 ceux qu’on appellera les Voortrekkers (ceux qui vont de l’avant) franchissent pour la première fois le fleuve Oranje et quittent la juridiction britannique. Les terres qui s’étendent au-delà n’appartiennent plus à aucun état ; c’est là la propriété du peuple Zoulou qui l’occupe depuis quelques siècles. Les premières tentatives d’installation se heurtent dès lors à l’opposition forcenée des locaux. En 1838 Piet Retief, l’âme du Grand Trek, est massacré avec ses compagnons par les Zoulous de Dingane alors qu’il venait à eux pour parlementer. C’est le tournant décisif du Grand Voyage : les Boers se fédèrent et viennent porter la guerre en territoire hostile. Le 16 décembre 1838 a lieu la bataille décisive : les Boers écrasent le pouvoir de Dingane et fondent enfin une nation.

« Constantin implora la protection de ce Dieu, le pria de se faire connaître à lui, et de l’assister dans l’état où se trouvaient ses affaires. Pendant qu’il faisait cette prière, il eut une merveilleuse vision (…) Il assurait qu’il avait vu en plein midi une croix lumineuse avec cette inscription In Hoc Signes Vinces (Par ce signe tu vaincras), et qu’il fut extrêmement étonné de ce spectacle, de même que ses soldats qui le suivaient.« [3]

Eusèbe de Césarée, chapitre XXVIII, Vie de Constantin

Avant la bataille les voortrekkers décident de mettre dans les mains de Dieu le sort de la bataille. 500 Boers affrontent alors 15,000 africains. A la tombée de la nuit le sang de 3,000 d’entre eux colore de rouge les flots de la rivière Ncome qu’on renomme alors Blood River. Aucun boer n’est mort ; c’est un miracle qu’ils attribuent à la grâce du Seigneur. Les voortrekkers pénètrent plus en profondeur en territoires africains et soumettent les diverses tribus qui les habitent. Au milieu des années 1840 ils auront fondé deux républiques autonomes, la République d’Oranje et celle du Transvaal. Les Boers se sont affranchis du pouvoir britannique qui est obligé de reconnaitre les nouveaux états au milieu des années 1850. Le peuple Boer est alors irrémédiablement coupé en deux. Si la partie la plus rurale et la plus conservatrice de la population a gagné la Terre promise, la partie urbaine et favorisée, séduite par le prestige des nouveaux occupants, divorce de la première pour rester dans la colonie du Cap. Un même peuple vivra alors un même siècle sous deux yeux différents avant que la guerre ne réunisse ce que la paix avait séparé.

Libres et loin de tout pouvoir coercitif, les nouveaux occupants des nouvelles républiques vont donner naissance à de nouvelles sociétés comme hors du temps. Alors que l’Europe s’industrialise à la vitesse d’un cheval au galop, alors que ses villes deviennent comme les centres d’attraction de toutes les masses du monde, le peuple Boer continue de lever la terre et d’élever ses troupeaux. Toute la société est alors vécue sous le prisme de la lecture de la Bible : seule source de vérité, elle est la seule chose dont un équilibre puisse émerger. L’organisation de la communauté est dès lors éminemment patriarcale : comme Abraham des milliers d’années plus tard le peuple Boer pense avoir été choisi par Dieu pour lui donner une large et éternelle descendance. Perdu au milieu d’une terre païenne, le Boer devra peupler les étendues noires qui se présentent à lui. Les correspondants de l’époque font alors référence à des familles boers comptant fréquemment jusqu’à 10 enfants. Quand le Boer finira son siècle, ses républiques seront peuplées par plus de 300,000 blancs et un nombre indéterminé de noirs.

Ce qui aurait pu durer une éternité dura quelques dizaines d’année. A partir des années 1870 les Républiques font malgré elles une entrée brutale dans la modernité. Déjà en 1867 avait-on découvert comme en présage un premier gisement de diamant à Kimberley. L’Etat libre d’Oranje avait alors préféré renoncer à ses prétentions sur de telles richesses et les laisser à une horde de prospecteurs et d’aventuriers venus y tenter la fortune. Mais d’autres nuages s’amoncellent à l’horizon : menacée de banqueroute, les Républiques sont surtout menacées par les armées zouloues qui les pressent le long de la frontière est. La situation parait sans issue et les Britanniques en profitent pour occuper sans résistance les terres Boers qu’ils annexent en 1877. Seul un homme s’oppose alors à une telle union : Paul Kruger. Devant les victoires anglaises et l’échec de l’offensive zouloue les Boers se soulèvent encore une fois et défont les armées anglaises à plusieurs reprises. Culbuté partout et nulle part soutenu l’Empire doit reculer : en 1881 la paix est signée et en 1884 l’autorité des Républiques définitivement reconnue.

Les terres Boers ne représentent alors pas encore de réels attraits pour l’Empire qui lui puissent justifier de tels sacrifices. Pourtant les Boers se doutent bien des immenses richesses que leur sous-sol recèlent. A mesure qu’apparait l’évidence approche alors inexorablement l’échéance. L’accident survient en 1886 quand on découvre au Transvaal le plus grand gisement d’or et de diamants au monde. Très vite le territoire est submergé par des étrangers venus des quatre coins de l’Empire. Ceux qu’on appelle alors les Uitlanders (ceux d’ailleurs) en viennent rapidement à dépasser en nombre les natifs sur le gisement central tout en restant largement minoritaires sur l’ensemble du territoire. De nulle part s’élèvent en quelques mois de gigantesques et ouvrières fourmilières. De grandes compagnies naissent et de grandes fortunes émergent. Cecil Rhodes, la De Beers Company, Johannesburg ; autant de preuves qui révèlent alors une société à double vitesse. Devant les nouveaux défis qu’impose cette dualité les Boers refusent le compromis. Leur nouveau président Paul Kruger nie tout droit aux étrangers, taxe lourdement leurs industries aurifères et rend inéligibles à la nationalité qui n’est pas calviniste ou né sur le territoire des Républiques. De part et d’autres de l’Afrique du Sud on s’affaire et on s’observe. L’Angleterre profite de ses expatriés qu’on offense pour leur prêter le jeu de la métropole. On rêve à présent à Londres d’une Afrique du Sud blanche et anglophone, d’un chemin de fer reliant le Cap au Caire et dont les Républiques feraient parti des derniers obstacles. De l’autre coté du miroir on hait les nouveaux occupants et on regrette les temps passés. L’histoire des dernières années du siècle est alors celle d’une inexorable marche à la guerre. De vexations en vexations on s’époumone. L’impensable est franchi quand en 1895 l’Angleterre échoue à armer les Uitlanders afin qu’ils prennent le pouvoir par eux-mêmes et décrètent le rattachement des Républiques à la Colonie du Cap. En 1899 la guerre éclate définitivement.

« Saül revêtit David de sa tenue, lui mit sur la tête un casque de bronze et le revêtit d’une cuirasse. David ceignit l’épée de Saül par-dessus sa tenue. Il s’efforça de marcher, mais il n’était pas entrainé, et il dit à Saül : « Je ne puis pas marcher avec cela, car je ne suis pas entrainé ». David s’en débarrassa. »[4]

3 générations de Boers pour un même combat

A l’orée de la guerre deux républiques s’apprêtent à affronter un empire. La situation parait désespérée pour ces dernières : isolées du monde extérieur, dépourvues de toute industrie et de tout équipement moderne, les Républiques ne disposent que de 80,000 hommes à aligner face aux 350,000 soldats dépêchés de tout l’Empire par la Couronne. Contre toute attente les Boers culbutent pourtant les kakis sur tous les fronts. Fins tireurs et organisés en petits kommandos, les Boers accomplissent des miracles face à la lenteur de l’armée britannique. A la fin de l’année 1899 les fermiers du Transvaal et de l’Oranje assiègent la plupart des grandes villes du Cap et retrouvent leurs frères oubliés par près d’un siècle d’histoire. Pour la première fois se prend-on à rêver de victoire de part et d’autre de la colonie. En janvier de l’an 1900 les Boers remportent leur dernière grande victoire à Spion Kop lorsque leurs kommandos défont une force une force près de deux fois plus nombreuse. Même s’ils n’ont perdu que 200 hommes contre 1,700 pour les britanniques, les Boers doivent reculer et desserrer leur étreinte sur la ville de Ladysmith. Le rouleau compresseur britannique se met alors inexorablement en marche. A la fin de l’été toutes les Républiques sont tombées et leurs territoires occupés. La guerre ne fait pourtant que commencer.

Lizzie Van Zyl, enfant de 7 ans internée dans les camps de concentration

Lizzie Van Zyl, enfant de 7 ans internée dans les camps de concentration

Commence alors une longue et interminable guérilla. Refusant l’évidence les Boers gagnent le maquis et poursuivent une lutte qu’ils ne peuvent concevoir que dans la victoire. Élu de Dieu un peuple va alors se retrouver entre la vie et la mort jusqu’à ce qu’il perde la foi en son élection. Défaits sur les champs de bataille les Boers choisissent en effet de changer de stratégie. Abandonnant leurs armées et l’affrontement direct, les combattants en viennent à fractionner leurs forces pour harceler les ennemis là ou ils sont le plus faibles. Coupant les lignes de communication de l’occupant, pillant ses convois de ravitaillement, prenant ses positions fortifiées, le Boer va rester insaisissable durant 2 ans. L’Europe se passionne alors pour ce qui parait être la lutte désespérée d’un petit poucet contre un géant Goliath. Partout en Europe et en Amérique se pressent des idéalistes désirant combattre aux cotés des Républiques. Les journaux, dans leur ensemble pro-Boers, pressent leurs gouvernements d’intervenir dans le conflit. Malgré une tournée européenne Paul Kruger ne parvient pourtant pas à emporter la décision d’une grande puissance. La France sort à peine de Fachoda ; l’Allemagne ne veut pas se mettre à dos un potentiel allié d’une telle envergure. En Afrique du Sud l’espoir change de camp lorsque les Britanniques décident d’interner les femmes et les enfants Boers dans les premiers camps de concentration de l’Histoire. Couplé à une politique de la terre brûlée systématiquement appliquée par le Haut commandement Britannique l’effort de guerre Boer s’essouffle et tombent dans une impasse au début de l’année 1902. Les Britanniques lèvent alors le peuple contre lui-même en offrant la liberté à la famille du Boer qui rejoindrait l’armée britannique. L’issue de la guerre plus que jamais défavorable, le pays exsangue, les Boers choisissent alors de faire basculer la décision en se rendant d’eux même en mai de la même année. Près de 30,000 femmes et enfants seront entre temps mortes dans des camps de concentration aux conditions de vie inhumaines.

Paul Kruger ne reverra jamais son pays et mourra en exil en Suisse en 1904. Défait sur le champ de bataille, épuisé par 3 ans de guerre et au bord de la destruction, le peuple Boer se plie alors aux exigences britanniques. L’annexion de leurs états est aussi l’occasion d’une réconciliation entre deux frères que l’Histoire avait séparés. Miraculé de l’Histoire, appauvri, propulsé malgré lui dans la modernité politique, le peuple Boer se transformera en peuple Afrikaner et entrera alors en concurrence avec la main d’œuvre noire bon marché. Les Afrikaners mettront alors en œuvre à partir de 1948 les lois de l’Apartheid pour se protéger contre ce qui leur paraitra être un nouveau péril. Une nouvelle fois désavoués, les Afrikaners feront dès lors les frais de l’après-Apartheid. Un cinquième de la population blanche du pays a du en effet s’expatrier suite à l’augmentation des violences en Afrique du Sud. Un autre cinquième s’est largement paupérisé.

« Donnez-moi 20 divisions de soldats américains et je débarquerais en Europe. Donnez-en-moi 15 faites d’anglais et j’avancerais jusqu’aux faubourgs de Berlin. Mais donnez-moi 2 divisions de ces merveilleux soldats Boers, et je rayerai l’Allemagne de la surface du monde.« [5]


[1] Deutéronome 7 : 6

[2] Deutéronome 7 : 8

[3] Eusèbe de Césarée, Chapitre XXVIII, Vie de Constantin

[4] Samuel I, 17 : 38

[5] Bernard Montgomery

L’exploit renversant de Goias, finaliste surprise de la Copa Sudamericana

"Photo: José Ribeiro (CC)"

Un club brésilien en finale de la Copa Sudamericana, rien de plus normal à première vue. Seulement voilà, Goias n’est pas une équipe comme les autres. Depuis dimanche et une piteuse déroute à domicile contre Santos, les joueurs savent qu’ils se morfondront l’an prochain en deuxième division brésilienne. Avant-dernier du classement, Goias n’est plus en mesure d’éviter la relégation. Mais aussi incroyable que cela puisse paraître, la demi-finale retour contre Palmeiras fut le match de la rédemption.

Une première période cauchemardesque

Battu à domicile 0-1 lors du match aller, Goias n’avait plus le choix. Il devait s’imposer sur le terrain de l’équipe coachée par le maître tacticien Luiz Felipe Scolari. La magie de la coupe a de nouveau fait son effet. Dominés outrageusement en première période, les verts et blancs ont su se ressaisir afin de l’emporter deux buts à un. Ce grâce à des coups de tête providentiels de Carlos Alberto puis d’Hernando. Préférant jouer le contre et laisser à leur hôte le soin de monopoliser le ballon, les hommes d’Artur Neto ont puisé au fond d’eux même pour profiter efficacement des contre-attaques. Car les attaquants n’ont pas eu une pléthore d’occasion à se mettre sous la dent. Le mérite leur revient d’être resté lucide durant une première mi-temps où ils virent plus le ballon leur filer sous le nez que dans leurs pieds.

Les stratèges de Palmeiras, Marcos Assunção et Alexandre, en profitèrent quant à eux pour faire l’étalage de tout leur talent. Alternant gestes techniques de grande classe, transmissions de balle fluides et frappes surpuissantes, ils mirent au supplice une défense de Goias qui résistât comme elle pût.  Les défenseurs des futurs pensionnaires de D2 doivent surtout une fière chandelle au gardien Harlei, auteur de trois parades phénoménales. Il dût pourtant s’incliner sur une énième frappe de Luan qui se fit un plaisir d’ouvrir le score. Conformément à leurs attentes, les joueurs de Palmeiras n’avaient pas devant eux une équipe unie, hargneuse mais bien des individualités en proie au doute. Jusqu’au temps additionnel et cette quarante-sixième minute qui fit à la fois chavirer le banc de Goias et plonger le stade Pacaembú dans un profond silence. Un partout, score de parité à l’heure de rejoindre les vestiaires.

Un exploit retentissant

Carlos Alberto d’une tête surpuissante avait remis les pendules à l’heure. Personne ne s’en doutait, mais Goais était en marche vers l’exploit. L’espoir renaissait et Artur Neto invita ses joueurs à jouer de manière plus structurée lors de la « mi-temps la plus importante de l’histoire du club ». Requinqués par le discours de l’entraineur, les joueurs entamèrent la seconde période pied au plancher. Toutefois, les milieux de Palmeiras reprirent rapidement les commandes de l’entrejeu. Le match devint décousu et une succession rocambolesque de contre-attaques donna un ton dramatique à cette demi-finale cent pour cent brésilienne. De nouveau retranchés dans leur derniers mètres, les « Verdão”, surnom des joueurs de Goias, durent recourir aux fautes pour ne pas exploser. Les occasions se multiplièrent et les minutes, s’égrainant, faisaient le jeu de Palmeiras , qualifié avec ce nul à domicile. C’était sans compter sur Hernando, guerrier de la première heure. À la 82 ème minute  il plaça un coup de tête rageur et imparable crucifiant de la sorte le portier remplaçant de Palmeiras, Deola. Tout d’un coup, le visage naguère heureux des 20 000 aficionados du Pacaembú se crispa. La nervosité atteint son paroxysme dans les ultimes secondes lorsque Luan buta une nouvelle foi sur l’excellent Harlei. Celui-ci éteignait ainsi les chants des supporters de Palmeiras et enivrait les dizaines d’ultras de Goais ayant fait le déplacement. « Homériques, héroïques, venus d’ailleurs », la presse brésilienne était en manque d’adjectifs qualificatifs hier matin pour désigner les derniers représentants brésilien dans la compétition.

Goais récrit l’histoire

Le prochain adversaire de Goais, l’Independiente d’Avellaneda, les « Diables rouges argentins » sont eux venus à bout des équatoriens de la Liga de Quito -les tenants du titre-,2 buts à 1. Si Goais parvient à conquérir le Saint Graal, il s’agirait de la première équipe de seconde division à remporter un trophée continental en Amérique du Sud. Au milieu des mastodontes continentaux comme Boca Juniors, São Paulo, Grêmio ou Nacional, Goais a réussi à se faire une place au soleil. Surtout, les joueurs ont écrit une des plus belles pages de l’histoire du football. À un Harlei submergé par l’émotion de conclure, “c’est la preuve que Dieu n’abandonne jamais celui qui travaille, croit en lui et fait preuve d’abnégation ».