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MENTON : Quand les artistes font leur show

En 1946, l’Egypte venait de sortir d’une Guerre Mondiale qui avait coupé les liens entre la monarchie et le peuple. Le faste où vivait Farouq lui valait dès lors l’hostilité des égyptiens, et la corruption qui sévissait laissait déjà présager le début de la fin de son règne. Pourtant, cela n’a guerre empêché Kawkeb Echarq (litt.. planète de l’orient), Oum Kalthoum de chanter en son honneur, en citant son nom dans sa célèbre chanson Lilt El Eid (litt. La veille de la fête). Six ans plus tard, alors que la première cantatrice du monde arabe passait ses vacances à Alexandrie, la révolution égyptienne a été annoncée le 23 juillet 1952 à la radio. Elle revint immédiatement au Caire apporter son soutien au Conseil du commandement de la Révolution. C’est ce que nous conviendrons d’appeler, la technique de la veste retournée…

Les derniers événements qu’a vécus l’Egypte ont remis à l’ordre du jour cette relation tacite entre les artistes égyptiens et le régime en place. Le Monde Magazine du Samedi 12 février  2011 a titré en couverture « Révolte en Egypte, les artistes prennent la parole ». Les deux journalistes Nathaniel Herzberg et Yann Plougastel y prétendent que ces artistes ne sont « que le sismographe » de leur société, et qu’ils ont désormais « tous retrouvé le sourire ». Charmant, mais éloignons-nous donc de l’effet d’opium post-11 février, et analysons le phénomène de près. Lire la suite »

Introduction à l’art contemporain : chapitre II

Beaucoup s’interrogent sur l’art contemporain, son sens, sa valeur esthétique ou encore artistique. Les artistes sont taxés d’imitateurs, de fainéants. L’on n’hésite pas à déclarer « j’aurais pu le faire moi même ». Mais que penser en réalité des nouvelles productions artistiques? Même si le recul nous manque face à des œuvres d’une dizaine d’année, certaines tendances se dessinent manifestement.

Cette série d’articles, consacrés à ce renouveau de la peinture, de la sculpture et de toute autre forme d’exaltation de l’artiste, a pour vocation de vous donner des clés afin de saisir, dans les grands axes, de quoi l’art du XXIème siècle est fait. Chaque « chapitre » détaillera une caractéristique propre à notre siècle et permettra de pénétrer un peu plus un terrain encore sensible mais qui s’affirme imperceptiblement.  

 Chapitre second: Le « ready made »

Initié par Marcel Duchamps et sa « Fontaine » que l’on ne présente plus, la notion de « Ready Made » s’imposa peu à peu et fut reprise par la multitude. En deux mots, le ready made est la reprise d’un objet usuel – un urinoir, un aspirateur, un dauphin gonflable -, sorti de son contexte et exposé dans un musée.

Ready made signifie littéralement « prêt à l’emploi ».

Dès lors quel rôle véritable accorder à l’artiste? Quelle est sa plus value? Tout n’est que question de point de vue et de subjectivité: puique c’est à lui qu’il incombe de sélectionner cet objet qui lui parle, parmi tant d’autres. C’est suivant ce projet que Sylvie Fleury expose aussi bien un caddy qu’une installation de shopping bags. Cette artiste suisse dévoile par ce biais son attachement à la mode et, en trame de fond, s’attaque au consumérisme ambiant. Lire la suite »

Black Swan: grandiose descente aux enfers

Il est presque 23 heures et la foule sort en masse, enflammée après le visionnage de Black Swan, dernier film du new-yorkais Darren Aronofsky, sorti le 27 janvier en France. Tous sont renversés autour de moi. L’agitation passionnée qui prend place devant l’entrée du cinéma ne laisse pas de doutes, le film est une réussite.
Ce tumulte, on le retrouve également dans l’histoire du film. Nina Sayers, nouvelle danseuse étoile de la troupe du New York City Ballet est doublement menacée par son rôle de cygne blanc, cygne noir dans une adaptation du Lac des Cygnes de Tchaïkovski: elle est entourée de rivalités et se ronge par une obsession maladive pour la perfection et la transcendance.

Mais ces débats admiratifs à la sortie du cinéma montrent aussi l’ingrédient moteur de cette délirante descente aux enfers située dans le monde des petits rats: la catharsis.
C’est en effet ce qui nous captive du début à la fin, par cette trame simple mais plongeante, montée au soufflet, entre écorchements successifs et hallucinations, jusqu’à l’exaltation, la nôtre comme celle de Nina, jouée d’une finesse impressionnante par Natalie Portman. Nina parvient en effet à concilier ses deux rôles schizophréniques (le White Swan et le Black Swan) au moment où le public arrive enfin à reprendre une bouffée d’air après 1h43 d’escalade de psychoses et d’acharnement.

Aronofsky s’impose donc en tant que directeur de foules: il joue au chat et à la souris avec son public, nous fait sursauter toutes les 5 minutes et gagne très rapidement notre empathie à tel point que nous voulons qu’elles réussissent.
C’est un film très calculé, dans sa conception comme dans sa production, de gros calibre  mais à budget modéré, monté sur un squelette de ciné indépendant mais de stature hollywoodienne, qui vise les masses: malgré ses airs de noblesse, le ballet intéresse les jeunes filles comme les retraités. Et la portée n’est pas uniquement large généalogiquement mais elle touche autant les hommes que les femmes, car c’est un film effrayant mais en même temps diablement sexy.

Enfin, le thème du double est un classique ancré universellement dans l’imaginaire collectif. Cette dualité fait figure de pièce maîtresse dans ce film et le gouverne tout au long de son déroulement.

On le sent d’abord dans cette combinaison art-et-essai/film d’horreur qui lui confère une certaine polyvalence dans les salles. Ce diamant mi-24 carats, mi-brut provient de cette hybridité qu’incarne Aronofsky, enfant né de l’union entre cinéma hollywoodesque spielbergien et cinéma indépendant new-yorkais.
Prenez par exemple, la valse maîtrisée des caméras (qui n’est pas sans rappeler les plans subjectifs saccadés et graineux de Pi). Elle nous perche sur l’épaule parfois soyeuse parfois râpeuse de la belle Natalie Portman, et nous berce entre l’enchantement et les hauts-le-coeur. A ceci, Darren Aronofsky ajoute des plans plus classiques comme les entrecoupés qui nous font sauter de notre siège ou nous mettent en transe, comme dans cette scène où Nina danse sous ecstasy, à la lumière de néons rouges dans une boîte de nuit.
Mon coup de coeur reste ce parfait ralenti sur le pied de Nina en rotation sur le parquet, tenant son corps en suspension. Il représente l’effort de la danseuse pour supporter la douleur comme pour supporter son geste et donc son art. Dans l’acharnement de l’artiste, il y a à la fois la quête de la perfection qui est une lutte, mais il y aussi la douleur physique, qui passe donc de l’esprit à la chair.

On le sent ensuite dans cette dualité des extrêmes évidente qui est placée dans le personnage de Nina, qui est pure mais imparfaite, et qui doit accoucher d’un monstre. Pour ce faire, elle suit les conseils de Thomas Leroy, le metteur en scène joué de façon monolithique mais satisfaisante par Vincent Cassel, mais ceci ne fait que de la plonger dans la confusion. Ce qui vient réellement porter ses fruits (venimeux), c’est l’obstination de Nina à atteindre la perfection et c’est là l’intérêt de cette histoire: l’obsession. C’est l’obsession qui à la fois lui permet de réussir, mais c’est aussi ce qui la consume. Ce double rôle de White Swan/Black Swan est donc pour elle une destinée comme une condamnation à la torture mortelle. C’est ce qui rend le personnage de Portman aussi attachant, par admiration comme par pitié.

Enfin, on sent la dualité dans les choix de construction du film, qui, en gros, font du neuf avec du vieux. L’originalité de Black Swan est de prendre des thèmes usés jusqu’à la corde (le Lac des Cygnes, la schizophrénie à la Jekyll & Hide, etc.), et de gratter bout par bout jusqu’au sang, au rythme d’orteils qui craquent et d’ongles qui s’arrachent. On pardonnera bien sûr, ce petit côté maso qui nous rappelle jusqu’à quel point Aronofsky aime triturer son public même s’il y a toutefois certains débordements gores comme cette scène où l’ex-danseuse étoile détrônée par Nina, Beth, s’auto-mutile dans la chambre où elle se trouve hospitalisée après une tentative de suicide, où l’on se demande si ce n’est pas de trop.
Cette dualité entre innovation et tradition est aussi obtenue par un choix toujours astucieux des acteurs: après le recyclage de Mickey Rourke dans The Wrestler, Darren Aronofsky choisit une brillante Natalie Portman (Golden Globe meilleure actrice 2011), un  Vincent Cassel qui sait toujours danser depuis qu’il a quitté le cirque, ainsi que Winona Ryder et la fraîche Mila Kunis. Natalie Portman et sa réputation de «fille sympatoche du quartier, sublime mais normale», n’avait jusqu’alors jamais vraiment crevé l’écran et se contentait de rôles plutôt passifs. Enfant star (Léon – Luc Besson), réduite à des rôles de princesse (Star Wars) elle ne s’était jamais vraiment imposée et succède donc à Rourke  dans la lignée des acteurs repêchés de la péremption. Le défi était donc énorme pour elle, puisqu’elle a du doublement batailler pour s’imposer comme une grande actrice et une danseuse crédible. Mais l’avantage de ces acteurs est qu’ils échappent au phénomène de starisation préalable ce qui fait que l’on s’identifie au personnage autant qu’à l’acteur, et  ils n’affectent pas l’intégrité du film par leur image. Un choix judicieux donc, récompensé par une prestation irréprochable.

Black Swan est donc une perle de plus à l’honorable collier de films qu’Aronofsky a aujourd’hui en main. Il constitue une continuité avec The Wrestler et Pi, qui sont ses frères jumeaux, par leur mise en scène comme par l’histoire qu’ils racontent. Comme dans The Wrestler, Black Swan est un film sur la performance et la vie qu’il y a derrière l’interprétation. Il pousse toutefois le bouchon jusqu’au délire, comme dans Pi, où un jeune mathématicien se creuse tellement le crâne pour trouver la formule permettant de déchiffrer l’univers qu’il finit par s’y planter une perceuse.
Si Requiem For A Dream et The Fountain ont l’air d’être mis un peu à l’écart dans cette perspective, il faut tout simplement se dire que l’unité au sein de cette filmographie, c’est Darren Aronofksy lui-même, qui poursuit le même objectif que la virtuose Nina, que Randy « The Ram » et ses collants verts dans The Wrestler, que Tommy le scientifique à la recherche d’une cure contre la tumeur de sa femme dans The Fountain, que Harry et Tyrone – comparses toxicomanes de Requiem for a Dream et que Max Cohen, génie fou dans Pi: atteindre l’extase, en dépit d’un trajet douloureux, pour tous ses personnages du moins.

Mais ce film, à l’équilibre parfaitement contrasté, entre la violence, la destruction et la grâce et la pureté, depuis son noyau directeur à savoir la préparation de Nina pour «le grand soir», jusqu’au film en tant qu’oeuvre qui oscille entre vidéo de rue et pièce magistrale, marque un tournant dans la carrière de D. Aronofsky. Avec Black Swan,  il se hisse au sommet de la nouvelle génération de réalisateurs (sortis du four durant les années 1990 – Paul Thomas Anderson, Christopher Nolan, David Fincher, Steven Soderbergh, etc.), succédant l’écurie des années 1970 (Coppola, Scorcese, Spielberg, Lucas, Polanski, etc.) tout en restant enraciné à jamais à ses origines underground.

Au début de cette semaine, 20th Century Fox, le distributeur, a annoncé que Black Swan vennait de prendre la  troisième place au box-office de tous le temps à Union Square (plus grand cinéma de  New York), après Avatar et La Guerre des Etoiles. Il dépasse ainsi The Dark Knight. C’est assez fou de penser qu’un film sur la danse classique vient de battre Batman au box-office et c’est sans aucun doute révélateur de sa réussite. Une chose est sûre, si j’ai une leçon à retenir du top four de Union Square, c’est que les gens aiment les contes au tournures sombres.


 

La Porte des Enfers

La vie, la mort, et l’amour. La triade qui régit l’existence des hommes, qui jouent des coudes dans la foule pour émerger hors de l’anonymat, et construire leur propre identité. Tout un chacun se cherche, et espère trouver les réponses à ses interrogations dans le regard de ses congénères. Mais attention aux pommes qui tomberaient trop loin des arbres plantés par la société. On leur lance des œillades perplexes, incompréhensives, aux reflets du mépris, avant de reprendre son train-train quotidien et les laisser pourrir derrière soi.

Laurent Gaudé, romancier et dramaturge, lauréat des prix Goncourt et Jean Giono pour son captivant Le Soleil des Scorta, doublement récompensé pour l’étonnant La Mort du roi Tsongor, plonge à nouveau au plus profond de l’existence humaine et revisite au fil de son œuvre le mythe du néant et de la mort. Il entraîne le lecteur aux côtés de ces « pommes pourries » dont la société ne veut plus, celles qu’elle a petit à petit écartées, qui, alors que tout joue contre elles, se réunissent en marge de l’arbre. Bien loin de tous les clichés lancinants sur la mort dont on aura pu nous abreuver, Laurent Gaudé, grâce à une plume délivrant un roman profond et d’une grande humanité, prend par la main celui qui veut bien le suivre, sur le chemin menant vers cette porte des enfers derrière laquelle les ombres des âmes défuntes prennent un nouveau sens.

Au cœur de cet hymne à la vie et à l’amour, un père pleure son fils décédé et ira jusqu’à oser franchir la frontière entre le royaume de la vie et celui de l’au-delà, afin de le ramener à la lueur du jour.

« Matteo prit la figure de Pippo dans le creux de ses mains. Il le serra sur son torse. Il le voulait là, tout contre lui. Pouvoir lui respirer les cheveux, pendant des heures, pour l’éternité. Son fils qu’il ne verrait pas grandir. […] Son fils. Il le recommanda à la vie. »

Une femme aveuglée par la vengeance quitte son mari, homme faible qui n’aura su tenir sa promesse de lui apporter sur un plateau d’argent la vie achevée du meurtrier de son enfant, fuyant ainsi tout ce qui la rattachait à son existence.

« Je me maudis moi-même, moi,  Giuliana la laide. […] Mes hommes ont été terrassés et je n’ai rien fait. Je les ai bannis de mon esprit. Je suis Giuliana la lâche qui a voulu se préserver de la douleur. Alors je prends ce couteau, et je me coupe les tétons. Le premier, que mon fils a tété, je le coupe et je le laisse sur les pierres des collines en souvenir de la mère que j’étais. Le second, que mon homme a léché, je le coupe et je le laisse sur les pierres des collines en souvenir de l’amante que j’étais. […] Je suis Giuliana aux seins coupés. Je n’appartiens plus au monde.»

Un fils tant chéri que le plus pur des amours a dérobé aux enfers, au prix du sacrifice ultime, cherche à honorer la mémoire de son père, et retrouver sa mère qui le croit disparu.

« J’attrape Cullaccio par les cheveux et lui place la tête contre la pierre tombale. Je lui ordonne de mettre ses mains dessus. Je mets mon genou sur sa tête. Sa joue doit frotter contre le granit de la tombe. Je tiens son poignet avec force. De la main droite, je sors le couteau de ma poche et lui tranche les doigts. […] Le sang coule de sa main mutilée. « L’autre ». […] Il me supplie d’arrêter. Je n’écoute pas. Je serre sa main droite. Je la regarde. C’est avec cet index-là qu’il a tiré. Je coupe à nouveau. […]Je m’appelle Pippo De Nittis et je suis mort en 1980. »

Autour de ces suppliciés gravitent ceux qui les accompagnent. Dans le café de Garibaldo, à qui l’on pouvait en demander pour avoir une force décuplée ou bien un effet aphrodisiaque, une esquisse de vie semble reprendre le dessus sur la vie moribonde qui hante les nuits de Naples. Grace, le travesti, introduit Matteo au sein d’un cercle où le temps suspend son vol, où il reprendra petit à petit l’espoir et l’intérêt pour la vie qui s’étaient envolés avec le départ de son fils et la fuite de sa femme. Cette lueur renaît en lui au contact de l’étrange professeur Provolone, déserteur d’une société à qui ses idées ne convenaient pas, plongée dans une bienséance illusoire, prétendant détenir la vérité sur la descente aux enfers. A ses côtés,  le curé don Mazerotti résiste au Vatican qui cherche à l’expulser de son église, car ceux qui pénètrent la maison de Dieu et à qui il accorde le pardon et la bénédiction ne sont plus que prostituées et alcooliques notoires. Ainsi, chaque nuit quitte-il, par un tunnel secret, son église, afin de rejoindre le café et ses amis, et ne plus être un vieil homme croulant sous le poids des années et d’une foi rudement mise à l’épreuve. Tels sont les dernières personnes à partager la vie d’un père en proie au néant, puis de son fils revenu des entrailles de la terre.

Rien ne saurait être ni plus grand, ni plus beau, que l’amour inconditionnel, bravant les frontières établies de la vie et de la mort, qui unit deux êtres dans l’éternité. Une recherche de toute une vie pour apprendre à aimer, et son expérience dans l’infini, échappant à toute logique, toute science bien définie. Un amour libre, sans étiquette, ni carcan. C’est avec cet amour que nous honorons nos morts. Que leur mémoire s’illumine au travers de nous, de notre flamme qui brûle encore, tant que nous la maintenons vive. Et que cet amour qui nous maintenait aux êtres chers que nous avons perdus soit le moteur de nos existences. Pour leur rendre un dernier hommage, dans une pensée, un soupir, un geste bénin. Honneur à nos morts, anonymes dans la multitude, immortels dans nos cœurs, gravés dans le marbre de l’éternité.

Que celui qui n’a pas ses morts à honorer me jette la première pierre.



INTRODUCTION A L’ART MODERNE


Beaucoup s’interrogent sur l’art contemporain, son sens, sa valeur esthétique ou encore artistique. Les artistes sont souvent taxés d’imitateurs, l’on entend parfois dans les galeries d’expositions  » j’aurais pu le faire moi même » . Mais que penser en réalité des nouvelles productions artistiques? Même si le recul nous manque face à des oeuvres d’une dizaine d’années, certaines tendances se dessinent manifestement.

Cette série d’articles, consacrés à ce renouveau de la peinture, de la sculpture et de toute autre forme d’exaltation de l’artiste, s’essayera à donner des clés de compréhension sur l’art du XXIème siècle.  Chaque « chapitre » tentera de détailler une caractéristique propre à notre siècle et permettra de pénétrer un peu plus un terrain encore sensible mais qui s’affirme imperceptiblement.

Chapitre premier : La désacralisation de l’artiste

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Le Ballon d’Or sauve la baraque

Au terme d’un parcours confus et qui aurait bien pu tourner à la catastrophe, France Football a finalement la chance de voir ce qui lui restait de crédibilité être sauvé par le vote de son jury. Le 10 janvier 2011 Messi est annoncé Ballon d’or et conserve donc son titre, exploit que seul Van Basten avait accompli avant lui. C’est alors le moins pire des choix, pour ce qui restera comme l’une des pires campagnes du trophée français.  Lire la suite »

EDWARD WESTON: Un éloge de la sensualité

« Art must have a living quality which relates it to present needs,

or to future hopes, opens new roads for those ready to travel,

those who were ripe but needed an awakening shock… »

 

Les lignes courbes d’un coquillage, un corps de femme, svelte et musclé se contorsionnant sur le sol, la pureté d’un tronc d’arbre dont l’écorce empreinte milles chemins, se torsadant à l’infini… Edward Weston révèle ce que la nature nous offre de plus beau, dans toute sa pureté. Lire la suite »

Passeurs de Monde(s)

Cliquez sur le lien pour lire l’article : http://www.journalmural.com/wordpress/wp-content/uploads/2011/01/José-Luis-Peixoto-Final.pdf

SOUND OF NOISE

Sans doute, est-ce le film que tout le monde attendait. D’une fraîcheur déconcertante, Sound of Noise exprime l’inexprimé, et en musique! Film inattendu, drôle,ingénieux, tout en subtilité, il aborde rêveusement notre quotidien dans toute sa simplicité, sans en perdre pour autant sa part d’utopie.

Le concept est simple quoique novateur: une bande d’atypiques – 5 hommes et une femme – sèment la zizanie et tournent en bourrique un commissaire de police. Ils se présentent comme des « terroristes musicaux », attaquent la société tout entière et ce, par la musique, organisant des concerts sauvages dans des lieux ordinaires.Formes d’antihéros, ce sont, en somme des hommes comme vous et moi. Toutefois, ils se distinguent par une force de conviction à toute épreuve dépassant la morale que s’impose la collectivité des hommes. Leur allure sérieuse d’hommes occupés contribuent d’ailleurs à souligner l’importance de leur mission. Ainsi, la première qualité de ce film réside dans le recours à la musique.

Déjà, Johannes Sjärne Nilsson et Ola Simonsson y avaient pensé dans leur court-métrage -Music for One Apartment and Six Drummers-, sorte de prémisses du chef d’oeuvre appelé à naître. La musique, ce langage intemporel et universel, capable d’émouvoir tout un chacun, et de nous rappeler à notre humanité. La musique, comme instrument majeur d’un rappel à l’ordre. Mais également comme outils de protestation, quand les cris, les larmes, les menaces n’opèrent plus, quand les répertoires de l’action collective semblent épuisés.Les danois parviennent ainsi à substituer à notre quotidien les instruments les plus élaborés. Les choses qui nous entourent, celles là même que nous affectionnons tant, sont désacralisées.Partant, la ville devient un terrain de jeu, en l’occurrence le berceau d’une symphonie magistrale. Dès lors, la métaphore est facile -et terriblement séduisante-: oublier ce qui jusqu’alors rythmait nos vies (le travail, l’argent) pour adopter un nouveau métronome.

Somme nous las des puissants de ce monde, super héros fictifs ou magnats de l’industrie? L’effondrement des cours boursiers nous a-t-il fait abandonner nos désirs d’évasion par l’imaginaire, le fantastique ou encore l’exotisme? En un mot, serions nous enfin prêts à affronter la réalité dans toute sa dureté, sa froideur mais aussi son effrayante simplicité? Cette oeuvre dramatique semble répondre par la positive.

Après de longues années de révoltes silencieuses et souvent vaines, ce long-métrage troublant éveille en nous des instincts nouveaux. On en perd nos repères jusqu’à remettre en cause les fondements de notre société. Et si le monde actuel, caractérisé par la surconsommation, n’était pas la finalité en soi? Et si le futur que nous annonce les auteurs de sciences fictions depuis des décennies, un futur sombre et déshumanisé, n’avait pas lieu d’être?
On observe une volonté profonde de changement, de retour à l’ordre. L’homme moderne se tourne de nouveaux vers son foyer. On remet à la mode la cuisine traditionnelle, les remèdes de grands-mères, le tricot ou encore le jardinage. Ne trouve-t-on pas là des signes annonciateurs d’une prise de conscience, il est vrai timide, mais réelle?

Au delà du concept, ce film soulève les bonnes questions et fait réfléchir. Dans un élan de sincérité rare, il semble se tourner vers nous et nous questionner du regard: Vers quel monde allons-nous? Certes il ne propose pas de solutions certaines mais il nous offre des pistes. Voilà ce qui en fait un grand film. Le génie du scénario et de la mise en scène allié à un jeu implacable l’érigent en symbole de notre temps, sans fausse note. En un mot: rafraîchissant. Alors laissons-nous aller un instant aux battements de ce métronome envoûtant.

Le rêve brisé des bleus

"Photo: Ljubomir Rankic (CC)"

Un Michael Llodra s’effondrant en larmes dans les bras du capitaine Guy Forget. C’est l’image que l’on retiendra de cette finale de Coupe Davis où la France est passée à deux doigts de lever le saladier d’argent pour la dixième fois de son histoire. Mais le destin en a voulu autrement, l’homérique victoire samedi du double tricolore n’aura finalement servi à rien. Emmenée par un Djokovic impérial, la Serbie remporte quant à elle sa première Coupe Davis. Retour sur un week-end riche en émotion. Lire la suite »